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lundi 28 avril 2008

Impulsion évolutive - sexe, coeur, esprit


L’amour et le désir sexuel sont ils deux forces différentes ? l’une qui est définie par l’autre ? ou des forces de vie distinctes ? Quelle est la différence qui existe entre amour et sexualité ? Si l’on appelle "forme relationnelles" ce qui relie deux personnes, alors l'amour et la sexualité induisent des formes relationnelles importantes.

Si l'on reprend les choses à la base, la relation à l'autre suit une évolution, et cette évolution se calque globalement sur l'évolution de l'individu, du bébé à l'âge adulte (et au delà), ou sur celle de l'humanité dans son ensemble (avec l'idée générale assez classique que l'ontogenèse récapitule dans ses grandes lignes la phylogenèse).
Même si on a de plus en plus tendance à l'oublier de nos jours, il faut garder à l'esprit que la sexualité et l’amour sont liés à la reproduction : si nos ancêtres ne s’étaient pas désirés, nous ne serions pas là pour en discuter. On peut même dire que les formes amoureuses sont les corrélats psychiques de cette nécessité pour l’espèce de se perpétuer, et en cela il s’agit d’un drive puissant, d’une impulsion évolutive fondamentale. Le désir sexuel et amoureux n’est pas un besoin individuel, au sens où l’on a besoin d’eau et de nourriture pour survivre individuellement. On peut très bien vivre sans sexualité (cf. les moines), on peut même vivre sans relation amoureuse. Il s’agit donc plus d’un besoin de l’espèce et du groupe pour se perpétuer. Mais bien qu'il ne s'agisse pas d'un besoin, individuellement, chacun vit cette impulsion évolutive comme une pulsion, sous la forme de désir et d'amour, alors qu’il s’agit de quelque chose qui nous dépasse, dont la nécessité est au delà de nous mêmes.
Mais cette impulsion qui nous dépasse n'est pas seulement celles du sexe et du cœur: il existe aussi un autre désir qui habite certains d'entre nous, et que l'on pourrait appeler le désir du spirituel, ce désir de donner un sens à sa vie, en s’interrogeant sur sa présence au monde et une transcendance possible. Cette impulsion, d'une manière ou une autre, notamment sous la forme de religions, a été au cœur du développement de notre humanité.

De ce fait, on peut dire qu'il existe trois pulsions liées à l'impulsion évolutive : celle du sexe, celle du cœur, et celle de l’esprit (ou du spirituel). La première est la plus forte car elle est à la base de notre survie, elle nous pousse les uns vers les autres avec une puissance extraordinaire. Il suffit de regarder l'Histoire ou de voir combien ceux qui renoncent à toute sexualité vivent finalement assez difficilement ce renoncement qui est inscrit au cœur de notre être, dans chacune de nos cellules.

Pour certains, le cœur, est une force puissante, qui relie les êtres par un amour qui va bien au delà des dépendances. Amour de la mère ou du père pour son enfant, amour fraternelle (philia), amour passionnelle entre amants, etc. J.-Y. LeLoup et Catherine Bensaïd ont proposé une échelle de l’amour qui intègre la sexualité dans leur livre "Qui aime quand je t’aime".
Cette échelle est très intéressante car elle permet de montrer qu’il existe des formes relationnelles différentes et que ces formes relationnelles s’expriment comme des formes d’amour. On le sait le langage amoureux est pauvre par rapport à l’ensemble des états que l’on vit, mais ces auteurs, en définissant cette échelle et en donnant un nom à chacun de ses niveaux, permettent d’avoir une vue plus claire de ce qu’est l’amour et la sexualité (même si certains aspects ne me semblent pas encore suffisants, ils proposent en tout cas une première piste féconde pour mieux comprendre les différentes formes d'amour, qui intègre le sexuel (porneia, eros) et le spirituel (agape)).

Enfin, le spirituel est aussi une pulsion qui nous met hors de nous mêmes, au delà de notre ego, elle nous pousse à aller vers la source, à nous élever vers l’Esprit, et pour cela elle se rattache aux autres pulsions.
Plus on monte dans ces impulsions (sexe, cœur, esprit), moins la pulsion d’espèce est présente, plus elle est transformée par une autre force plus élevée, une force qui vient d’en haut et qui tente de nous élever vers plus de conscience.
Ces trois pulsions relationnelles sont liées à deux formes d’élans. La première est la force de la Terre, du fondement, qui par les différentes formes d’exploration sélective fait émerger de nouvelles structures, de nouveaux mécanismes. C’est cette force ou ce mécanisme, qui est à l’origine de notre reproduction et donc de nos attirances sexuelles. Mais il y a aussi une autre force me semble-t-il, qui n’a pas de corrélat physique, et qui vient d’en haut. Cette force là, elle nous tire toujours vers le haut, vers la transcendance, vers un dépassement de notre propre biologie, tout en étant totalement plongé dans cette biologie. Cette force là, on peut l’appeler Dieu si l’on est croyant, ou on peut dire avec Hegel, que c’est l’Esprit qui tente de se rencontrer lui-même.. Et ces deux forces, ces deux tendances, ces deux aspects de la Vie dans sa totalité, se retrouvent individuellement dans le cœur et l’amour. De ce fait si le sexe est plutôt poussé par la sélection naturelle, par la Terre, et l’esprit par la transcendance, le cœur est lié aux deux et constitue le creuset de cette rencontre : l’endroit où Shakti rencontre Shiva, le lieu à partir duquel la totalité de l’être est unie.

Cela ne signifie pas que cette force ascentionnelle n'est pas présente physiquement: en fait elle est inscrite au cœur même des constantes physiques! Elle est seulement vécue comme quelque chose qui vient d'en haut, qui nous entraîne vers une plus grande transcendance. C'est finalement l'émergence de la conscience dans le vivant qui est responsable alors de cette élévation.

Finalement, c'est justement cette unité entre le sexe, le coeur et le spirituel, qui justifie la présence de ce blog...

jeudi 17 janvier 2008

Le bonheur d'être une femme et l'amant tantrique

J'ai le bonheur d'être un homme... Mais il existe un merveilleux blog qui s'intitule "le bonheur d'être une femme".. Gros bourrins machos et mecs qui cherchent une maman, passez votre chemin... Tout y est délicatement dit: la quête est ici autant spirituelle que sexuelle, elle réside autant dans la passion du coeur que la rencontre de l'âme...

Et dans ce blog il y a un article qui m'a profondément ému.. Il parle de l'importance que mon livre ("l'amant tantrique") a eu dans le développement de Janebella, l'auteure du blog.. J'ai été extrêmement touché par ce texte et cette histoire qui est si bien racontée par une femme d'une grande qualité.. Elle y parle notamment d'une rencontre avec un tantrika qui lui a ouvert le coeur et qui l'a profondément bouleversée... La rencontre tantrique n'est pas anodine, effectivement!

mardi 6 novembre 2007

Atman Project and Mind

Lu dans une présentation de Integral Spiritual Center, à propos d'une méditation guidée de Mahamudra.. il s'agit d'un lien entre méditation et le Atman Project (dont j'ai parlé ici)

As human beings, most of us take up an identity or selfing project—what Ken Wilber calls "The Atman Project"—which, unfortunately, obscures the gentle, subtle, delicate quality of knowing. The first step into the Mandala of Awakening is to go to the root of the whole situation, and look deeply at how we are related to our minds. Are we grasping onto the contents of our minds, and then turning them into the basis of self-identity? Or are we able to be freely with what is arising? Are we glued to samsara, wedded to the perception of being inside a human body and looking out at the world? Are we reacting against what is happening in this moment, or opening to it? Are we contracting along some story line internally, and externally, latching onto only one set of sense perceptions?

L'élément essentiel est ici, comme dans toutes les méditations portant sur la clarté de l'esprit (mindfullness) de se rendre compte profondément du fait que lorsque nous sommes "dans nos pensées" nous sommes comme séparés de nous mêmes et de la vie.. Lorsqu'on arrive à distinguer le "je" réflexif, le "je" auquel nous nous identifions d'habitude lorsque nous disons "je suis ceci", "je fais cela", "j'ai décidé de", ou "moi, je suis comme ça", de la Conscience claire qui est simplement ce qui vit et qui est témoin de toutes ces activités extérieures et intérieures (le fonctionnement du mental), alors un réel sentiment de liberté apparaît..

samedi 3 novembre 2007

Schéma général de développement spirituel

Voici une synthèse et une réflexion concernant le développement spirituel intégral, à partir évidemment de Wilber + quelques apports et expressions personnelles... (ce message aurait pu tout aussi bien être posté sur mon autre blog (Visions Intégrales), mais j'ai hésité..

En voici, brossé à grands traits le schéma général:

  1. Le développement spirituel est fondé sur deux piliers : conscience et amour (ou compassion ou relation)
  2. Au niveau le plus haut, au niveau absolu, la conscience correspond à une
    vision non duale, dans laquelle on constate :
    1. Que l’on appartient à une évolution qui nous dépasse : on est seulement une petite « cellule » dans le grand tout.
    2. Cette évolution est liée à deux mécanismes : différenciation et intégration.
    3. L’amour est la partie qui relie (eros et agape dans la terminologie de Wilber) les êtres à différents niveaux.
    4. Chacun est porteur de lumière (conscience et amour), avec pour « mission » d’avancer dans cette voie et de participer à cette évolution Kosmique (cf. Hegel: L’Esprit qui se reconnaît lui-même), que l’on pourrait appeler le projet Kosmique, sauf qu’il ne s’agit pas d’un projet au sens classique du terme (il n'y a pas d'intention, au sens classique du terme, ce qui ferait revenir à un Dieu mythique
      fondée à l'image de l'homme).
    5. Au niveau le plus haut, il y a donc à la fois totalement perte de la notion de l’individu comme être séparé, et en même temps union de Soi à Dieu dans un sentiment de liberté fondamental : la vraie liberté c’est d’être le porteur conscient, et engagé du projet de la Vie (je ne suis pas sûr que ce soit le niveau le plus haut: l'idée d'union de soi à Dieu me semble appartenir au niveau subtil, mais bon, les niveaux supérieurs: Dieu et moi sont un ne me sont pas encore directement perceptibles..
  3. Il est possible de percevoir le Kosmos à son niveau le plus haut (Conscience et amour au niveau non dual) et pas seulement de l'appréhender intellectuellement.
  4. La prise de conscience de tout cela est relativement simple à faire intellectuellement. Finalement on a pratiquement tout ce qu’il faut dans le domaine scientifique (physique, biologie, anthropologie, histoire, sociologie, psychologie, philosophie) pour comprendre cela. Mais il ne s’agit pas de le comprendre intellectuellement, mais de le percevoir directement.
  5. La prise de conscience perceptive (conscience) s’effectue par un ensemble de strates de mise à distance, de décentrations, qui nous font réaliser de plus en plus ce que nous sommes. Réaliser signifie en fait « percevoir », voir au même titre
    qu’on voit des choses habituellement.. La spiritualité est un mouvement
    de développement en général (différences entre étapes (stages) et états (states) à la Wilber)

    Etapes importantes dans la vie spirituelle :
    1. Il existe un « autre monde » constitué d’énergies, que l’on peut percevoir éventuellement sous forme d’êtres, d’esprits (entités, divinités, anges, etc..). Ce
      monde est en grande partie le fruit d'une projection de notre propre intériorité, mais n'est pas vécu initialement comme tel (on croit qu'il est "vrai").
    2. Prise de conscience que nous ne sommes pas le tout : existence d’une transcendence qui nous dépasse et qu’on vit comme un tout autre (Dieu, la Déesse)
    3. Dépassement de l’ego et prise de conscience de l’aspect divin qui existe à l’intérieur de nous.. Malheureusement très facilement repris par l’ego, ce niveau est très « dangereux » s’il n’a pas été nourri par le niveau précédent, s’il n’y a pas une prise de conscience fondamentale que Dieu est aussi totalement le « tout autre ». Débouche sur le vide (et non pas sur « l’autre monde » énérgétique du niveau a, sinon c’est qu’on a récupéré tout cela par l’ego qui est très, très fort..)
  6. La notion de soi séparé est liée, entre autre, à un mécanisme neuronal qui tend en permanence à nous faire croire qu'il existe une distinction entre soi et l'environnement. En d'autres termes, l'idée d'un soi séparé est un construit qui dépend très profondément de certains systèmes neuronaux. Ce n'est donc pas un donné..
  7. Au niveau subtile : l’amour divin est vécu comme une gratitude, gratitude envers la Vie, gratitude envers tout ce qui nous entoure..
  8. La mort fait partie du Plan, fait partie de la Vie.. Pour la Vie, la mort n’est rien, qu’un élément du Processus général.. et plus exactement, la mort fait partie de l’aspect regénération et dissolution de la Vie. (La vie comporte deux aspects : un aspect Eros qui est croissance, foisonnement, exubérance,..) et un aspect Thanatos qui est dissolution, régénération par mort et recombinaison. Mais pour le « moi », c’est la peur totale. Comme l’exprime Wilber, une grande partie de notre culture consiste à vouloir jouir de la partie Eros en refusant Thanatos.. Mais en refusant Thanatos, on refuse l’accès aux niveaux transcendants (et en particulier les niveaux subtils et causals).
  9. L’importance de « tout se passe comme si ». Différenciation entre intérieur et extérieur. Analyse des choses de l’extérieur et de l’intérieur..
  10. La voie de la Conscience passe par la décentration, l’appréhension (awareness), la réalisation (au sens cognitif, « je réalise que ») et donc la méditation et la compréhension; la voie de l’Amour passe par l’absorption, la relation, le contact, l’immersion, l’intégration, et donc le mouvement, le corps, les sensations, le vécu immédiat, le rapport à l’autre (empathie, etc..). Les deux sont effectivement reliés à un certain niveau : il y a conscience de l’amour, et réalisation que l’amour entraîne la conscience. L’amour de l’autre est lié à l’empathie qui suppose une certaine appréhension de l’autre (même si au début cette appréhension est inconsciente, comme dans la fusion émotionnelle) et la conscience entraîne la compassion..