mardi 8 juin 2010

Expérience divine

Par Eve Fouquet, artise peintre, site: www.etincelledevie.fr

J’arrivais au bord du monde, bien après les dernières terres, aux confins d’un néant lumineux, fine lame horizontale, promesse irisée d’un espace à venir, à créer, s’agissait il d’un futur ? D’une rencontre de l’espace et du temps dans leur cristallisation dorée?

Des ombres promenaient leurs formes étranges et ciselées sur le sable noir comme un miroir de nuit. Des éclats diamantaires de lunes pleines, liquides, sur le bout des vagues nocturnes, accrochaient la grève comme pour enlacer le sable avant qu’il ne les absorbe.

A l’est, se leva le Dieu ancestral, immense boule de feu, mon corps, dans l’eau lumière, se répandit comme un désir assouvi,  déesse des eaux, mémoire retrouvée, quintessence  de noces alchimiques. Au fil des eaux tièdes, parée de dentelle  d’écume, je me laissais dériver. Abandonnée, je devins  courrant,  houle, puis flux et  reflux, vague, à la fin, je m’allongeais en mousse pétillante sur le sable noir, qui m’absorbait dans son infinitude.

Je  revenais plus haut, transmutée en fines gouttelettes, brume argentée emportant avec elle les prières des humains. Unie aux nuages, mue par le souffle divin, j’étais mais n’étais plus, touchant irrésistiblement du corps et de l’âme un sentiment d’unité.

J’atteignis ces terres oubliées de l’âme, ces terres vierges ou en jachère depuis tant et tant…Comment cette nature généreuse et puissante me ramenait elle à ma nature profonde? À l’être. Peut être était ce que plus rien n’arrêtait le regard, seules les lumières éclairaient les sentiments, seules les textures des eaux appelaient à des futurs en germe, aux portes de l’imaginaire.

Eve
Janvier 2010
Tahiti

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