dimanche 9 mai 2010

Etapes vers l'éveil

Le développement spirituel est comme une sorte de jeu video dans lequel on passe de niveau en niveau. Et à chaque niveau, il s'agit d'une nouvelle histoire, d'un nouveau mode relationnel, d'une nouvelle conscience.

1. Initialement, au premier niveau, on vit tranquillement dans un état d'inconscience incroyable.. Tellement incroyable que dans les moments d'éveil et de lucidité, on ne peut pas y croire. Comment as t-on pu passer toute sa vie dans cet état, à appliquer des programmes internes, fruits de conditionnements biologiques et sociaux? Dans ce premier niveau, non seulement on ne sait pas, mais on ne sait pas qu'on ne sait pas. C'est l'état d'orgueil ("moi je sais et je vais vous le dire") ou de victime ("pourquoi tout cela m'arrive à moi"). A ce niveau on ne pense qu'à soi, mais on est tellement imbus et prisonnier de soi qu'on ne réalise même pas qu'on ne pense qu'à soi et que les autres n'existent pas. Ils ne sont que les ressources de nos actions ou les projections de nos désirs. On voudrait être comme la Star de la télé, séduire cette belle femme ou être aimé de ce bel homme, sans voir en quoi nos désirs sont poussés par des pulsions inconscientes.

On se croit libre, et on devient vite piégé dans des addictions incroyablement puissantes (cigarette, drogue, alcool, sexe, télé, jeux videos, livres, etc..) dont on ne voit la puissance que lorsqu'on est sevré de notre drogue. On est alors comme Bilbo dans le film "Le Seigneur des Anneaux" qui repense toujours à son "précieux".. Ce que l'on croyait être notre liberté ("je fais cela parce que j'en ai envie") était en fait un programme fonctionnant en boucle, une tentation du démon. On croit que l'on est quelqu'un, mais on se rend compte qu'il y a des sortes de "bugs" dans notre fonctionnement.

Etonnamment, heureusement, qu'il y a la souffrance. C'est bête à dire, mais sans la souffrance nous ne bougerions pas, et l'on resterait ainsi à reboucler nos programmes comportementaux.. Envie, souffrance, envie, souffrance, etc.. sans être jamais satisfait ni réellement heureux. C'est le Samsara bouddhiste dans lequel nous cherchons juste à combler nos manques (désir d'être aimé, reconnu, valorisé, .. peur d'être abandonné, abusé, trahi, rejeté, nié, de ne pas être à la hauteur, etc.. ) sans se rendre compte que nos actions conduisent généralement à augmenter les problèmes et à nous placer dans des situations où soit nous souffrons encore plus, soit nous vivotons pour ne pas souffrir. Mais la prise de conscience de cet état, grâce à la souffrance, nous fait avancer. On se tourne vers la psychothérapie, le développement personnel ou le chemin spirituel pour mieux comprendre nos mécanismes et sortir de notre souffrance. Initialement, on cherche à moins souffrir, à être moins seul, à être quelqu'un, à exister, à panser des blessures ou à avoir un peu de succès dans le monde. On était "mal" et voudrait "aller mieux"... et cela nous fait passer au niveau suivant. C'est pour cela que Yeshua parlait aux gens simples et souffrant: ce sont eux qui peuvent entendre le message du divin, car ils ont l'impression que, de toutes façons, ils n'ont plus rien à perdre, alors que ceux qui ont tout sont sourds à sont appel. C'est en cela que "les premiers seront les derniers". C'est par les défauts de notre cuirasse, et par les fracas de la vie que l'on peut recevoir la lumière.

2. Au deuxième niveau, on se rend compte qu'il y a quelque chose d'autre.. On commence le chemin, nos yeux se décillent un peu. "Un voile épais me cachait les yeux, et j'ai vu une vague lueur là bas, loin, très loin.. et j'ai frappé à la porte", disent certains rituels ésotériques. Alors on commence le chemin, avec des moments d'extase et de révélation, et des moments de tristesse, de déchirement.. On se libère peu à peu des voiles, peu à peu de nos armures et de nos valises si lourdes à porter.. Mais cela ne se fait généralement pas facilement, car nous sommes attachés à nos biens, attachés à nos relations, attachés à nos identités..

Nous cherchons la sécurité, bien que nous sachions que la mort nous attend. Parfois, dans des éclairs de lucidité, nous voyons l'enfer sur Terre, le rouleau compresseur de la Vie. Parfois même, en nous tournant vers Dieu, nous pouvons même en venir à le maudire, lui qui nous a fait venir sur Terre ainsi. "Comment peux tu te prétendre bon, alors qu'il n'y a que souffrance autour de nous?", "comment peux tu dire que tu est amour, alors que je ne vois que l'ego et la haine".. Alors il répond tout doucement: "tu n'as pas assez bien regardé. Tu vois mieux qu'avant, certains voiles ont été enlevés, et tu peux sentir la souffrance de chacun, mais tu n'as pas encore été assez loin.. Regarde mieux en ouvrant encore plus ton coeur".. Et on commence à regarder avec ce regard nouveau, dont les lunettes s'appelle Amour. Amour inconditionnel, sans aucune raison, ni objet, mais amour pour tout ce qui est.. Et l'on voit alors la lumière dans chaque coeur, et en quoi nous faisons tout pour ne pas la voir à l'intérieur de nous, comment nous refusons sa présence bienfaisante, comment nous résistons à son appel.. Et là on découvre que les sécurités n'en sont pas; que la richesse, si elle permet d'avoir un peu de confort, ne nourrit pas intérieurement l'âme, et qu'on peut se trouver aussi désemparé riche que pauvre. Disons, que la tristesse, la solitude et le manque d'amour sont un peu plus facile à vivre riche que pauvre, mais dans les deux cas, il ne s'agit pas de bonheur..

Alors on écoute encore plus cette voix qui vient de l'intérieur de l'être, cette voix qui vient du coeur et qui dit: "abandonne toi à moi". Cette voix est douce et pleine d'amour, mais elle fait néanmoins peur, car elle n'offre aucune garantie.. Elle dit juste "fais confiance, tu verras...".. Et là le moi est pris de panique.. Si vous êtes introverti, cette voix est effrayante car elle demande d'aller au grand jour, de rencontrer la lumière, de déchirer cette séparation d'avec la Vie qui s'est construite peu à peu. Si vous êtes introverti, elle vous demande d'arrêter de courir après les choses du monde pour aller à la rencontre de vous même, d'aller dans l'intimité de votre coeur. En gros, elle nous demande d'intégrer cet aspect de nous mêmes que nous avons évité toute notre vie. "Va là où tu n'as jamais été, va là où tu ne veux surtout pas aller." Non pas par défi ni provocation, mais juste pour être réellement plein et vivre la liberté de l'être, qui ne peut arriver que si l'on est totalement soi..

3. Une fois qu'on a fait ce travail, un jour, après une épreuve difficile qui nous a fait ouvrir les yeux, et permis de supprimer un ensemble de peurs, on passe au troisième niveau et on se retrouve au contact de son âme. C'est elle qui prend les rênes, qui décide. Le "petit moi" n'est plus le tyran qu'il était, et quand il réapparaît cela faire rire, car il est si petit et ses désirs sont si mesquins comparé à l'étendue du monde! Alors, sans même y penser, nos actes se tournent vers l'humanité et nous nous engageons au service de la Vie. Non pas tant pour "faire le bien" que pour se réjouir de chaque instant, pour être totalement et avec enthousiaste dans ce que l'on fait. La meilleure boussole de l'âme, c'est l'enthousiasme, car il indique notre alignement avec le désir puissant de notre âme, ce que l'on appelle parfois "notre mission".

Ce qui enthousiasme l'âme, c'est toujours en relation avec la créativité, la rencontre, le soin, le fait de s'occuper des autres, des animaux, des plantes, du monde. C'est aussi en lien avec la compréhension, la recherche de la Vérité et de la Connaissance, le désir d'explorer des espaces nouveaux. Il peut s'agit de dépassement de soi, (quand ce dépassement de soi sert l'être humain), ou de monter des projets réalisés avec conscience, pour le bien du monde. C'est ça l'âme. Elle n'y peut rien. Elle ne s'enthousiasme que pour cela, car elle est en contact avec toutes les autres âmes. Il n'y a que le moi pour ne pas voir que nous ne sommes pas séparés. Elle est naturellement bodhisattva, aidante, aimante, préoccupée de la totalité des êtres, l'intégralité de l'Etre. Alors, à ce niveau, on donne, on crée, on fait. Non pas pour obtenir, mais par empathie, pour le plaisir de donner, sans chercher à recevoir. Si l'on donne une pièce à un mendiant, c'est un peu pour lui, mais aussi pour soi. Non pas pour recevoir des remerciements, mais simplement parce que donner ouvre le coeur et nous rapproche de Dieu. C'est ce qu'on appelle "l'Egoïsme Divin" (divine selfishness) qui fait que, si on ne le cherche pas spécifiquement (sinon, cela ne marche pas, Dieu déteste les marchandages..), plus on donne, plus on reçoit. Nous passons parfois en amour inconditionnel et recevons l'extase naturelle qui en découle.

Il y a encore d'autres niveaux, mais cela sera pour une autre fois..

Aaron

mardi 4 mai 2010

Conscience, Coeur et Puissance..

Il existe tout un ensemble de voies spirituelles, mais il me semble qu'il en existe trois essentielles qui correspondent aux centres énergétiques fondamentaux de l'être: la voie de la conscience (3ème oeil), la voie de l'amour et du sacrifice (le coeur), la voie de la transmutation et de la puissance (le hara/Grotte Sacrée, sexe).

La voie de la conscience a été particulièrement développée dans le bouddhisme: la cessation de la souffrance du moi, par l'arrêt des désirs, mais aussi l'arrêt des pensées dans le calme absolu de la Nature essentielle de l'Esprit. Les techniques de méditation de type Vipassana ou de claire conscience consistent à être le témoin non interventionniste de tout ce qui se passe à l'intérieur et à l'extérieur de nous. Dans ce calme, l'individu se dissout pour devenir une simple présence "je suis", totalement désidentifié de sa propre personnalité, et atteindre l'état de Śūnyatā, dans lequel il n'y a plus de différence sujet / objet.

La voie de l'amour et du sacrifice a été incarnée par Yeshua, le christ. Il s'agit d'abord et avant de reconnaître le lien que nous avons avec toute chose et l'amour inconditionnel qui en résulte. Il n'y a pas de séparation, il n'y a pas d'être séparé. Dans ce cas, l'amour pour chacun, et pour chaque chose, m'inonde, puisqu'il n'y a plus de peurs à avoir vis à vis de l'autre. Mais pour vivre pleinement cet amour, pour ne pas en rester à un amour d'ego à égo, où à la fois j'aime mais je veux obtenir quelque chose en retour, il s'agit de sacrifier cet ego à l'autel du divin. C'est pourquoi la voie christique est celle du sacrifice: le sacrifice de l'ego, des désirs, des attachements, de la personne. Ici aussi, dans cette voie, on atteint la pure présence du "je suis", le "Eyeh Esher Eyeh" de Dieu qui nous emplit de sa Grâce, et nous vivre l'amour absolu et inconditionnel.

Il existe enfin une troisième voie, la voie de la transmutation, qui a été moins connue et qui n'a pas donné lieu à des religions exotériques (c'est à dire des religions pour tout le monde, comme le sont le Christianisme, l'Islam, le Judaïsme, l'Hindouisme et le Bouddhisme). Elle prend sa source dans la transmutation de la matière, à partir de la fusion des énergies féminines et masculines. En occident, cette voie a été développée par l'alchimie, la magie et les pratiques occultes (Hermès Trismégiste, culture d'Isis), et en orient, ce sont les traditions tantrique et taoïste qui en ont été les porteuses. Elle prend sa source dans la puissance sexuelle et sa transmutation par le Coeur et la Conscience.

Chacune de ces voies, conduit à la suppression et à la transmutation de la souffrance: la voie bouddhique supprime le désir et développe la conscience (awareness) et la Sagesse, la voie christique transcende la souffrance dans le sacrifice de sa personne et dans l'amour inconditionnel, la voie alchimique transmute la matière dans l'action.

Evidemment, chacune de ces voies emprunte aux autres: dans le Mahayana, l'amour et le sacrifice du Bodhisattva est une incarnation de la voie du coeur. La voie alchimique mets aussi l'accent sur la conscience, la sagesse et l'amour, et il semblerait que certains aspects ésotériques de la voie christique ait pu rencontrer l'alchimie de la transmutation des âmes par la rencontre sexuelle avec le bien aimé (qu'il s'agisse du divin ou de l'être cher avec lequel s'effectue le Mariage Sacré). Ces dernières années on a pu voir ainsi un rapprochement essentiel entre la voie christique et le tantra par l'importance nouvelle que prend Marie-Madeleine dans les nouveaux courants spirituels, considérée comme la compagne de Yeshua, celle qui lui enseigne la sexualité sacrée (voir à ce sujet "Le manuscrit de Marie-Madeleine", et les livres, plus réservés néanmoins, de J.-Y. Leloup (On pourra lire avec bonheur son roman qui n'en est pas tout à fait un: "Une femme innombrable"))

Mais ces trois voies en nécessitent finalement une quatrième, qui n'a été révélée que récemment, et que j'appellerai la Voie Luciférienne.. Je reviendrai un jour sur Lucifer, le porteur de Lumière, prince de la dualité, qui a souvent pris le visage de Satan (l'accusateur) et du Diable (celui qui divise). Cette voie, qui s'intègre naturellement aux autres, porte sur le travail de l'Ombre, sur tout ce que nous ne voulons pas voir en nous, sur tout ce qui devient la source de nos angoisses et de nos répulsions. Elle a été découverte en Occident, par le travail psychothérapeutique, notamment par Freud, mais surtout par Jung qui en a donné une vision claire en reliant cette ombre individuelle à l'ombre collective inconsciente de nos sociétés, et plus généralement de toute l'espère humaine. Il ne s'agit pas de suivre Lucifer, mais de reconnaître, de pardonner, et d'intégrer, en la transmutant en Lumière, cette part d'ombre qui est en nous.

Il me semble qu'il existe en ce moment une synthèse qui commence à prendre forme entre ces différentes voies, afin de former l'union de l'Incarnation, du Coeur et de l'Esprit et d'une manière générale, l'union "intégrale": alliance du masculin et du féminin (en soi et en couple), union de l'action et de la sagesse, de la relation verticale (vers le divin) et action horizontale (action dans le monde).
Cette synthèse, en reliant au plus profond des traditions a priori séparées mais pourtant soeurs, permet d'accélérer le développement individuel et collectif de l'humanité.

L'approche intégrale, celle dont il est fait mention dans le blog www.visionsintegrales.com, s'effectue d'abord à l'intérieur de soi, au plus profond de son être, en reliant tout ce qui est vécu comme séparé et distinct, en réunissant ce qui a été disjoint, voire dissocié. Relier le sexe (et le ventre) au coeur et au troisième oeil, relier la base vitale de notre survie immédiate et l'aspiration au divin, aller au delà de l'ego pour atteindre la reliance du coeur, et intégrer cette ombre à nous mêmes, afin de diminuer le mécanisme de projection, source des peurs et des exclusions de toute nature... Ensuite, à partir de ce lieu où la Puissance, l'Amour et la Sagesse ne font plus qu'un, il est possible d'amener le travail à l'extérieur de ce temple et ainsi de transformer le monde.

Ceci est le travail d'un certain nombre d'auteurs.. En premier lieu Padma Aon Prakasha (voir son site: www.christblueprint.com) ou celui de Robert Budd (www.genekeys.net), et bien entendu le travail de Ken Wilber (integrallife.com). Malheureusement, je ne connais pas d'auteur en français qui, explicitement, explique cette intégration des trois voies (plus l'ombre). Du travail en perspective ☺

Au fait, j'espère que vous aimerez le symbole que j'ai dessiné (en fait que j'ai reçu) qui exprime cette synthèse (il manque un petit quelque chose, qui porte sur la part d'ombre, mais je n'ai pas encore pris le temps de le dessiner).

Aaron / Jacques