jeudi 1 octobre 2009

Jésus et la pécheresse




A partir de l’évangile de Jésus selon Luc (7, 36-50)
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Par Eve Fouquet, artise peintre, site: www.etincelledevie.fr


En lisant récemment cet évangile, j’ai été frappée par toute la dimension tantrique de cette situation, ainsi qu’un message clair de Jésus. J’ai pressenti un appel à différentes initiations centrées sur le féminin sacré, ainsi qu’une magnifique allégorie où Jésus nous invite aux noces intérieures du féminin et du masculin.

Empreinte d’une joie éclairant ma passion, cet évangile m’a d’abord traversé en profondeur puis poussé à la plume pour essayer de laisser trace de cette méditation. S’il est vrai que les textes sacrés parlent à chacun de façon différentes, voiçi ce qu’il m’a dit :

Que fait cette femme « pécheresse »qui vient chez le pharisien alors que Jésus est invité à table chez lui ? Elle vient avec un flacon d’albâtre et baigne les pieds de Jésus de ses larmes. Elle pleure et ses larmes sont des larmes d’amour. Elle est femme, et verse l’eau de son féminin profond, l’eau qui lave et purifie le monde, telle la femme de la lame du tarot de Marseille, l’étoile, qui verse l’eau de ses vases sur la terre mère.
la larme est le sang de l’œil, ou le sang à la source. Car celui qui voit et pleure son erreur en descendant vers sa source, celle çi s’ouvre et délivre l’énergie-information inhérente à telle étape. Le don des larmes est une grâce divine qui introduit la joie.” Annick de Souzenelle, Symbolisme du corps humain, p385.

Elle est en amour, son cœur est ouvert et permet cette reconnaissance et ce lien direct avec Jésus. Son cœur ouvert : c’est cette faculté de recevoir dans la coupe du féminin, les informations du divin, et d’être dans cette réceptivité, principe purement féminin, permettant la circulation libre de l’amour. Ainsi c’est avec ses larmes, cette eau, symbole sacré du féminin, qu’elle lave les pieds de Jésus.

Elle fait ce que Jésus a fait à ses apôtres, il leur lave les pieds, pour guérir dans ce symbole la plaie de l’humanité. Les pieds malades, potentiel de tout le corps malade. Dans ce geste d’humilité, lui qui est le Maître, lui le guérisseur, il guérit le corps tout entier (de l’homme et de l’humanité ) et demande à ses apôtres d’en faire autant:
Si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres (Jean, 13 14)
N’est ce pas là une initiation de la guérison du corps de l’homme et de l’humanité par un acte d’amour en même tant qu’un acte symbolique? Ne doit-on pas s’agenouiller au pied de la personne pour lui laver les pieds , symbole d’humilité? C’est le féminin qui peut prendre soin du corps de l’autre, cette partie sensible, capable de se mettre au service de l’autre, comme prolongement de son propre corps, vers le corps collectif dans lequel nous baignons tous.

Cette femme incarne le principe féminin, elle s’abandonne à Jésus dans cet acte d’amour. Puis, elle les essuie avec ses cheveux , les couvre de baisers, répand sur eux du parfum.
  • Les cheveux sont symbole d’énergie vitale, de force, au niveau de la couronne, comme les reins le sont au niveau uro génital. Ils sont les racines célestes, elle n’essuie pas les pieds de Jésus avec un tissu (un corps étranger) mais avec ses cheveux comme elle lave avec l’eau de son corps. Grace à ses cheveux, elle se met en lien avec le divin.
  • Elle couvre ses pieds de baisers, elle aime d’esprit à esprit par sa bouche, lieu du corps ou le souffle divin s’exprime à travers elle.
  • Elle répand le parfum, offrande dont la subtilité est création de Dieu. Ceci fait aussi appel à sa partie sensible, féminine, pour ressentir toute poésie et délicatesse divine. Le parfum n’est il pas là pour ouvrir nos sens ?
  • Elle passe par son corps et toute sa sensualité pour donner ses soins au Maître. Pour cela, elle utilise le sang (ses larmes) , l’énergie vitale (ses cheveux) et le souffle divin qui la traverse (le baiser) . Par cet acte d’amour et d’abandon à Jésus, elle nettoie sa propre âme de ses impuretés , en lui ouvrant son cœur , elle se laisse habiter du divin.
  • Elle devient guérisseuse, c’est à dire principe féminin pur, la coupe qui reçoit la lumière de Dieu pour guérir l’humain, humain représenté par ses propres péchés.
  • Ontologiquement, elle traverse le symbole divin du féminin, la coupe ,et accomplit son être en transmutant ses fautes.
Le pharisien pense :
“si cet homme était un prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est, une pécheresse.” en une phrase cet homme juge à la fois Jésus et la femme. C’est une pensée, il n’a pas parlé, mais Jésus lui répond, il lit dans sa pensée, il connaît l’homme et la femme qui sont là. (il co-naît, il n’est pas séparé, il est en contact avec le visible et l’invisible, l’humain et le divin, le féminin et le masculin.)

Jésus répond à la pensée du pharisien par une parabole: Deux hommes ont une dette insolvable. Le créancier fait grâce des deux dettes. Jésus demande lequel des deux aimera le plus le créancier, celui qui devait plus ou celui qui devait moins. Le pharisien répond celui qui devait plus.
“tu as bien jugé” lui dit Jésus
Par cette réponse Jésus reconnaît la faculté de raisonnement du pharisien et sa capacité à poser loi et jugement. Il reconnaît en lui le principe masculin. Mais il lui nomme tout ce qu’il n’a pas fait par amour et que la femme a su donner à Jésus. Il lui montre comment son jugement alors est perverti. En d’autres termes, il lui pointe qu’il n’est pas en contact avec sa partie féminine, il n’a donc pas reçu Jésus dans son cœur et son âme, dans l’abandon du féminin, ce qui a asséché sa partie masculine (sans eau) , restée au rang de loi des hommes, au lieu d’être au service (féminin) ,de la loi (masculin) de Dieu.

Il n’a pas fait le mariage intérieur du principe masculin-féminin, ce qui a pour effet de le laisser dans une illusion de la loi rigide et mortifère, dans son niveau égotique. N’ayant pas fait ce travail, il n’a pas encore accompli son moi et ne peut accéder au Soi, à l’Etre. Il a reçu Jésus dans sa maison, mais pas dans son corps. Son corps n’est pas encore son temple, abritant le divin, dans lequel il est libre et dont il est le maître, mais un lieu profane et commun, par lequel il est aliéné. Il n’est pas libre, mais plein de jugements.

Qu’en est il de la pécheresse? Elle non plus n’a pas fait le mariage intérieur car il est dit qu’elle est pécheresse, c'est-à-dire qu’elle est coupée de Dieu. On peut par là comprendre qu’elle n’a pas intégré la loi (masculin). Ainsi son principe d’amour (féminin) divague ça et la dans la nuit noire de son âme. On peut supposer qu’elle a dispensé son amour qu’elle maîtrise par son corps et son cœur en frappant aux mauvaises portes, au service de l’égo au lieu d’être au service de l’être. De fait elle est aussi dans l’aliénation du cœur et de l’âme. Elle est séparée.

Mais Jésus lui pardonne ses péchés et lui dit “va en paix”. Parce qu’en venant au prés de Jésus pour donner son amour, elle relie cet amour à la loi divine, elle fait le passage. Elle transmute ses fautes, c'est-à-dire qu’elle passe du moi profane au soi supérieur. Elle intègre le féminin et le masculin en elle, elle est justement en train de célébrer ses noces intérieures. Elle a la foi, c'est-à-dire qu’elle ne se base pas sur la loi des hommes, d’ailleurs elle rentre chez le pharisien dont on peut dire que son lieu est profane, pour aller en contact avec la loi de Dieu par Jésus. Elle n’écoute plus le pouvoir asséché de l’homme non accompli, elle va rencontrer la puissance douce de Dieu par Jésus.

Jésus l’accueille dans les soins d’amour qu’elle lui donne, dans leurs pouvoirs guérisseurs issus de l’expression libre de son corps, il ne la juge pas comme une prostituée (connotation fréquente pour une pécheresse) mais comme une femme accomplissant le lien du corps, du cœur et de l’âme, l’amour sans évitements. Par lui, et par cette pratique, elle devient une femme initiée dans l’accomplissement de l’être.

Les convives ne comprennent pas et disent :
Qui est cet homme qui va jusqu’à pardonner les péchés ?
Symbole d’une humanité qui ne voit pas, n’entend pas, ne ressent pas ,et reste bloquée dans sa dualité, dans son complexe de séparation, en dehors de son corps humain et divin.

On peut voir aussi que Jésus pardonne au féminin et non au masculin, symboliquement dans le texte, plutôt à la femme qu’à l’homme. Nouvelle initiation que Jésus propose, pour guérir l’humanité, il invite à passer par ce principe féminin, celui de l’amour et de l’abandon plutôt que par les armes du respect de la loi pervertie des hommes (la racine perverse de l’homme non accompli, en rupture avec le numineux). En d’autres termes, il invite à transmuter le pouvoir égotique en énergie d’amour, reliée dans le soi Supérieur. Là est la guérison.

Jésus dit aussi :
Celui à qui on pardonne peu, donne peu d’amour.
Autrement dit, celui qui a peu de péchés (parce qu’il est déjà sur le chemin) peut s’endormir, ou tomber dans l’inflation, ou bien passer à coté de la véritable ouverture du cœur. Celui qui porte le plus de péchés, le plus de souffrances et d’ombres, est le plus enclin à ouvrir son cœur. Parce que le poids de la douleur appelle la délivrance, et cet appel nous invite à voir nos ombres, les traverser et les transmuter en amour. L’amour est le chemin de la délivrance. L’amour est lumière qui baigne nos cellules et nous rend divinement vivants, sans amour, nous ne sommes que biologiquement vivants. Lorsque l’homme descend suffisamment dans les profondeurs de sa nuit, grâce à son principe féminin d’abandon, alors ,il peut trouver la grâce et être guéri . Il a fait sa part de la marche, il a posé les armes.

Son expérience, est d’ouvrir son cœur, et de trouver la vacuité au delà de l’égo. C’est cette disposition à être au monde qui peut recevoir la grâce de Dieu, la véritable initiation. C’est le chemin de l’unité retrouvée, vers l’être androgyne. Mais cela est laissé au libre arbitre de chacun, de telle sorte que d’aucuns ne trouveront la délivrance s’ils ne la cherchent pas. Et cette grande marge de l’humanité laissée à son ignorance sert d’humus à l’expérience de chacun, s’il le désire. Aussi, à quoi bon juger, c’est cette ombre jetée sur le monde qui permet de faire le travail intérieur pour éclairer les replis les plus profond de notre âme. La guérison de l’humanité ne passe pas par des projections sur les autres (personnes, groupes, nations, races), mais par ce long processus du cheminement intérieur, dans le corps, reliant sexe-cœur-esprit.

Sexe : la sexualité profane transmutée en sexualité sacrée libère l’énergie de vie et guérie des pulsions, elle ouvre la voie du cœur.
Cœur :le cœur asséché transmuté par l’équilibre du principe féminin-masculin délivre de la souffrance et permet d’accéder au corps de lumière.
Esprit : la rupture avec le divin (le péché) transformée en reliance à Dieu ouvre le chemin vers l’homme accompli, (l’éveil).

Ces trois passages initiatiques de l’homme visent à sa verticalisation. Pour cela il peut faire toutes les expériences dans l’horizontalité c'est-à-dire dans sa relation aux autres afin de se découvrir et devenir un homme debout. Ces passages passent par des morts et des renaissances successives. Alors que nous avons à les vivre symboliquement, le Christ l’a vécu dans sa chair pour nous montrer le chemin afin que nous puissions comprendre au cœur même de nos cellules toute la dimension ontologique de la vie.

L’homme accompli est à la fois vertical et horizontal.
Vertical : en contact réel entre la terre mère et le céleste, entre la matière et l’esprit, le féminin et le masculin.
Horizontal :Il est aussi en harmonie dans sa relation au monde et avec les autres humains.
Alors, seulement, il peut traverser et intégrer le symbole de la croix.

N’est ce pas ce en quoi Jésus cherche à ouvrir nos yeux et nous initier par cette parole?

Eve

P.S. Je tiens à remercier Eve d’avoir fait cadeau à ce blog de ce merveilleux texte qui me touche profondément.. Par cette relecture du texte de Luc, elle nous relie à nos racines culturelle tout en nous faisant évoluer sur le chemin de la compréhension profonde de ce que nous sommes.. Merci encore.. Jako

L'illustration de ce billet est un tableau, harmonie, de Eve..

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