jeudi 1 octobre 2009

Jésus et la pécheresse




A partir de l’évangile de Jésus selon Luc (7, 36-50)
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Par Eve Fouquet, artise peintre, site: www.etincelledevie.fr


En lisant récemment cet évangile, j’ai été frappée par toute la dimension tantrique de cette situation, ainsi qu’un message clair de Jésus. J’ai pressenti un appel à différentes initiations centrées sur le féminin sacré, ainsi qu’une magnifique allégorie où Jésus nous invite aux noces intérieures du féminin et du masculin.

Empreinte d’une joie éclairant ma passion, cet évangile m’a d’abord traversé en profondeur puis poussé à la plume pour essayer de laisser trace de cette méditation. S’il est vrai que les textes sacrés parlent à chacun de façon différentes, voiçi ce qu’il m’a dit :

Que fait cette femme « pécheresse »qui vient chez le pharisien alors que Jésus est invité à table chez lui ? Elle vient avec un flacon d’albâtre et baigne les pieds de Jésus de ses larmes. Elle pleure et ses larmes sont des larmes d’amour. Elle est femme, et verse l’eau de son féminin profond, l’eau qui lave et purifie le monde, telle la femme de la lame du tarot de Marseille, l’étoile, qui verse l’eau de ses vases sur la terre mère.
la larme est le sang de l’œil, ou le sang à la source. Car celui qui voit et pleure son erreur en descendant vers sa source, celle çi s’ouvre et délivre l’énergie-information inhérente à telle étape. Le don des larmes est une grâce divine qui introduit la joie.” Annick de Souzenelle, Symbolisme du corps humain, p385.

Elle est en amour, son cœur est ouvert et permet cette reconnaissance et ce lien direct avec Jésus. Son cœur ouvert : c’est cette faculté de recevoir dans la coupe du féminin, les informations du divin, et d’être dans cette réceptivité, principe purement féminin, permettant la circulation libre de l’amour. Ainsi c’est avec ses larmes, cette eau, symbole sacré du féminin, qu’elle lave les pieds de Jésus.

Elle fait ce que Jésus a fait à ses apôtres, il leur lave les pieds, pour guérir dans ce symbole la plaie de l’humanité. Les pieds malades, potentiel de tout le corps malade. Dans ce geste d’humilité, lui qui est le Maître, lui le guérisseur, il guérit le corps tout entier (de l’homme et de l’humanité ) et demande à ses apôtres d’en faire autant:
Si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres (Jean, 13 14)
N’est ce pas là une initiation de la guérison du corps de l’homme et de l’humanité par un acte d’amour en même tant qu’un acte symbolique? Ne doit-on pas s’agenouiller au pied de la personne pour lui laver les pieds , symbole d’humilité? C’est le féminin qui peut prendre soin du corps de l’autre, cette partie sensible, capable de se mettre au service de l’autre, comme prolongement de son propre corps, vers le corps collectif dans lequel nous baignons tous.

Cette femme incarne le principe féminin, elle s’abandonne à Jésus dans cet acte d’amour. Puis, elle les essuie avec ses cheveux , les couvre de baisers, répand sur eux du parfum.
  • Les cheveux sont symbole d’énergie vitale, de force, au niveau de la couronne, comme les reins le sont au niveau uro génital. Ils sont les racines célestes, elle n’essuie pas les pieds de Jésus avec un tissu (un corps étranger) mais avec ses cheveux comme elle lave avec l’eau de son corps. Grace à ses cheveux, elle se met en lien avec le divin.
  • Elle couvre ses pieds de baisers, elle aime d’esprit à esprit par sa bouche, lieu du corps ou le souffle divin s’exprime à travers elle.
  • Elle répand le parfum, offrande dont la subtilité est création de Dieu. Ceci fait aussi appel à sa partie sensible, féminine, pour ressentir toute poésie et délicatesse divine. Le parfum n’est il pas là pour ouvrir nos sens ?
  • Elle passe par son corps et toute sa sensualité pour donner ses soins au Maître. Pour cela, elle utilise le sang (ses larmes) , l’énergie vitale (ses cheveux) et le souffle divin qui la traverse (le baiser) . Par cet acte d’amour et d’abandon à Jésus, elle nettoie sa propre âme de ses impuretés , en lui ouvrant son cœur , elle se laisse habiter du divin.
  • Elle devient guérisseuse, c’est à dire principe féminin pur, la coupe qui reçoit la lumière de Dieu pour guérir l’humain, humain représenté par ses propres péchés.
  • Ontologiquement, elle traverse le symbole divin du féminin, la coupe ,et accomplit son être en transmutant ses fautes.
Le pharisien pense :
“si cet homme était un prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est, une pécheresse.” en une phrase cet homme juge à la fois Jésus et la femme. C’est une pensée, il n’a pas parlé, mais Jésus lui répond, il lit dans sa pensée, il connaît l’homme et la femme qui sont là. (il co-naît, il n’est pas séparé, il est en contact avec le visible et l’invisible, l’humain et le divin, le féminin et le masculin.)

Jésus répond à la pensée du pharisien par une parabole: Deux hommes ont une dette insolvable. Le créancier fait grâce des deux dettes. Jésus demande lequel des deux aimera le plus le créancier, celui qui devait plus ou celui qui devait moins. Le pharisien répond celui qui devait plus.
“tu as bien jugé” lui dit Jésus
Par cette réponse Jésus reconnaît la faculté de raisonnement du pharisien et sa capacité à poser loi et jugement. Il reconnaît en lui le principe masculin. Mais il lui nomme tout ce qu’il n’a pas fait par amour et que la femme a su donner à Jésus. Il lui montre comment son jugement alors est perverti. En d’autres termes, il lui pointe qu’il n’est pas en contact avec sa partie féminine, il n’a donc pas reçu Jésus dans son cœur et son âme, dans l’abandon du féminin, ce qui a asséché sa partie masculine (sans eau) , restée au rang de loi des hommes, au lieu d’être au service (féminin) ,de la loi (masculin) de Dieu.

Il n’a pas fait le mariage intérieur du principe masculin-féminin, ce qui a pour effet de le laisser dans une illusion de la loi rigide et mortifère, dans son niveau égotique. N’ayant pas fait ce travail, il n’a pas encore accompli son moi et ne peut accéder au Soi, à l’Etre. Il a reçu Jésus dans sa maison, mais pas dans son corps. Son corps n’est pas encore son temple, abritant le divin, dans lequel il est libre et dont il est le maître, mais un lieu profane et commun, par lequel il est aliéné. Il n’est pas libre, mais plein de jugements.

Qu’en est il de la pécheresse? Elle non plus n’a pas fait le mariage intérieur car il est dit qu’elle est pécheresse, c'est-à-dire qu’elle est coupée de Dieu. On peut par là comprendre qu’elle n’a pas intégré la loi (masculin). Ainsi son principe d’amour (féminin) divague ça et la dans la nuit noire de son âme. On peut supposer qu’elle a dispensé son amour qu’elle maîtrise par son corps et son cœur en frappant aux mauvaises portes, au service de l’égo au lieu d’être au service de l’être. De fait elle est aussi dans l’aliénation du cœur et de l’âme. Elle est séparée.

Mais Jésus lui pardonne ses péchés et lui dit “va en paix”. Parce qu’en venant au prés de Jésus pour donner son amour, elle relie cet amour à la loi divine, elle fait le passage. Elle transmute ses fautes, c'est-à-dire qu’elle passe du moi profane au soi supérieur. Elle intègre le féminin et le masculin en elle, elle est justement en train de célébrer ses noces intérieures. Elle a la foi, c'est-à-dire qu’elle ne se base pas sur la loi des hommes, d’ailleurs elle rentre chez le pharisien dont on peut dire que son lieu est profane, pour aller en contact avec la loi de Dieu par Jésus. Elle n’écoute plus le pouvoir asséché de l’homme non accompli, elle va rencontrer la puissance douce de Dieu par Jésus.

Jésus l’accueille dans les soins d’amour qu’elle lui donne, dans leurs pouvoirs guérisseurs issus de l’expression libre de son corps, il ne la juge pas comme une prostituée (connotation fréquente pour une pécheresse) mais comme une femme accomplissant le lien du corps, du cœur et de l’âme, l’amour sans évitements. Par lui, et par cette pratique, elle devient une femme initiée dans l’accomplissement de l’être.

Les convives ne comprennent pas et disent :
Qui est cet homme qui va jusqu’à pardonner les péchés ?
Symbole d’une humanité qui ne voit pas, n’entend pas, ne ressent pas ,et reste bloquée dans sa dualité, dans son complexe de séparation, en dehors de son corps humain et divin.

On peut voir aussi que Jésus pardonne au féminin et non au masculin, symboliquement dans le texte, plutôt à la femme qu’à l’homme. Nouvelle initiation que Jésus propose, pour guérir l’humanité, il invite à passer par ce principe féminin, celui de l’amour et de l’abandon plutôt que par les armes du respect de la loi pervertie des hommes (la racine perverse de l’homme non accompli, en rupture avec le numineux). En d’autres termes, il invite à transmuter le pouvoir égotique en énergie d’amour, reliée dans le soi Supérieur. Là est la guérison.

Jésus dit aussi :
Celui à qui on pardonne peu, donne peu d’amour.
Autrement dit, celui qui a peu de péchés (parce qu’il est déjà sur le chemin) peut s’endormir, ou tomber dans l’inflation, ou bien passer à coté de la véritable ouverture du cœur. Celui qui porte le plus de péchés, le plus de souffrances et d’ombres, est le plus enclin à ouvrir son cœur. Parce que le poids de la douleur appelle la délivrance, et cet appel nous invite à voir nos ombres, les traverser et les transmuter en amour. L’amour est le chemin de la délivrance. L’amour est lumière qui baigne nos cellules et nous rend divinement vivants, sans amour, nous ne sommes que biologiquement vivants. Lorsque l’homme descend suffisamment dans les profondeurs de sa nuit, grâce à son principe féminin d’abandon, alors ,il peut trouver la grâce et être guéri . Il a fait sa part de la marche, il a posé les armes.

Son expérience, est d’ouvrir son cœur, et de trouver la vacuité au delà de l’égo. C’est cette disposition à être au monde qui peut recevoir la grâce de Dieu, la véritable initiation. C’est le chemin de l’unité retrouvée, vers l’être androgyne. Mais cela est laissé au libre arbitre de chacun, de telle sorte que d’aucuns ne trouveront la délivrance s’ils ne la cherchent pas. Et cette grande marge de l’humanité laissée à son ignorance sert d’humus à l’expérience de chacun, s’il le désire. Aussi, à quoi bon juger, c’est cette ombre jetée sur le monde qui permet de faire le travail intérieur pour éclairer les replis les plus profond de notre âme. La guérison de l’humanité ne passe pas par des projections sur les autres (personnes, groupes, nations, races), mais par ce long processus du cheminement intérieur, dans le corps, reliant sexe-cœur-esprit.

Sexe : la sexualité profane transmutée en sexualité sacrée libère l’énergie de vie et guérie des pulsions, elle ouvre la voie du cœur.
Cœur :le cœur asséché transmuté par l’équilibre du principe féminin-masculin délivre de la souffrance et permet d’accéder au corps de lumière.
Esprit : la rupture avec le divin (le péché) transformée en reliance à Dieu ouvre le chemin vers l’homme accompli, (l’éveil).

Ces trois passages initiatiques de l’homme visent à sa verticalisation. Pour cela il peut faire toutes les expériences dans l’horizontalité c'est-à-dire dans sa relation aux autres afin de se découvrir et devenir un homme debout. Ces passages passent par des morts et des renaissances successives. Alors que nous avons à les vivre symboliquement, le Christ l’a vécu dans sa chair pour nous montrer le chemin afin que nous puissions comprendre au cœur même de nos cellules toute la dimension ontologique de la vie.

L’homme accompli est à la fois vertical et horizontal.
Vertical : en contact réel entre la terre mère et le céleste, entre la matière et l’esprit, le féminin et le masculin.
Horizontal :Il est aussi en harmonie dans sa relation au monde et avec les autres humains.
Alors, seulement, il peut traverser et intégrer le symbole de la croix.

N’est ce pas ce en quoi Jésus cherche à ouvrir nos yeux et nous initier par cette parole?

Eve

P.S. Je tiens à remercier Eve d’avoir fait cadeau à ce blog de ce merveilleux texte qui me touche profondément.. Par cette relecture du texte de Luc, elle nous relie à nos racines culturelle tout en nous faisant évoluer sur le chemin de la compréhension profonde de ce que nous sommes.. Merci encore.. Jako

L'illustration de ce billet est un tableau, harmonie, de Eve..

mardi 8 septembre 2009

Une vision hormonale de nos relations

Nous avons de plus en plus de connaissances sur ce qui se passe dans notre crâne lors de nos relations amoureuses. J’ai trouvé ce texte présenté ici, sur le web. Il date de 2005, mais il présente les choses avec simplicité et je trouve un peu d’humour.. Du point de vue la Spirale Dynamique, cette vision est très Orange, en mettant l’accent non pas sur ce qu’on vit mais sur les mécanismes physiologiques qui supportent ce qu’on vit, c’est à dire, si l’on reprend la terminologie d’AQAL (la pensée Intégrale de Wilber, cf. le blog www.visionsintegrales.com), sur le quadrant individuel-extérieur (en haut à droite).

Le texte qui suit représente une vision assez mécaniste de notre fonctionnement. Mais en même temps, il est fondamental de reconnaître cela en nous, car cela fait partie intégrante de notre mode de fonctionnement.. Nous sommes gouvernés par nos hormones (nous sommes addictés à certaines hormones qui dirigent notre comportement) et ce sont nos neurones qui font que nous percevons, raisonnons, prenons des décisions, etc.. Nous ne sommes pas autre chose que notre corps d’un certain point de vue. Si l’on en prend totalement conscience, et si l’on va jusqu’aux conséquences ultime de ce point de vue, cette perspective constitue d’après moi une voie d’éveil menant directement à la pensée non-duale de l’Advaita Vedanta (Shankara, Ramana Maharshi. Voir aussi de manière très moderne et très occidental, De la prison à l’éveil de Satyam Nadeen).
Mais bon, si le lien entre les hormones et l’éveil à la non-dualité ne vous semble pas évident ☺, dites le moi...

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Copie du message édité par Ellimac_zero le 08-03-2005 à 21:08:10. Lien: http://forum.doctissimo.fr/psychologie/jalousie/cocktail-hormonal-sujet_139047_1.htm. Corrigé, annoté et très légèrement modifié par J. Ferber.

Je viens de finir les 4 john gray (mars et venus) et 2 livres de psycho du meme type. Selon cette theorie...
le comportement humain serait lié principalement a 4 hormones:

  • l'endorphine: C'est la récompense sous forme de plaisir du sport et des rapports sexuels. Elle peut être aussi apportée par la cockaine et l'héroïne.
  • l'ocytocine: C'est l'hormone de l'attachement ("Avec toi, je suis bien, mais je sais pas pourquoi" ). Elle favorise la production d'oestrogènes. Elle est produite lorsqu'on reçoit des cadeaux, du temps, de l'attention, de la communication et aussi du sexe, de la part d'une personne proche.
  • l'adrénaline: Une dose forte d'adrénaline dans un temps tres cours permet de "booster" le corps et de reagir plus rapidement. De petites doses repetees creent un sentiment d' "emulation psychique", le sentiment de se sentir superieur, invincible, mais peut aussi creer un sentiment de "surchauffe". Elle cre en fait le "stress positif". Une grande dose d'adrénaline est produite par un stimulis fort, rapide et brutal. Des petites doses sont aussi produites lors d'encouragements, félicitations, affection, valorisation, buts atteints et passions.
  • la testosterone: Cette hormone provoque un comportement de combat ou fuite. Elle génère un besoin de compétition, quelque soit le domaine. Elle favorise aussi l'isolement des problemes negatifs (ne pas parler des difficultes, regler ses pb soi-meme, etc...). En revanche, elle cree un besoin d'affection non-personnalisee (reconnaissance), augmente la pilosite et accelere la chute des cheveux.
De cela, plusieurs sentiments peuvent êtres regardes sous un nouvel angle.

La drague: Chez l'homme, quand il voit une fille qui lui plaît, il la trouve belle. Si elle répond a ses avances, son taux d'adrénaline va monter d'un coup ! Il va essayer a travers elle d'obtenir de l'endorphine (hormone du plaisir) et de l'adrénaline. Ce n'est que plus tard que la production d'ocytocine va démarrer.
Chez la femme, quand elle voit un homme qui lui plait, c'est d'abord son ocytocine aui va monter graduellement au fil des mois et des sorties avec lui.

L'attachement: Chez la femme, l'attachement est lié a son taux d'ocytocine. Dans le couple, elle est stimulée par les cadeaux, l'attention et les rapports sexuels. Ainsi, la masturbation feminine peut induire un sentiment d'attachement alors qu'il n'y a personne d'autre dans la piece. La femme ressent toujours un manque de cette hormone, car la dose "à atteindre" est tellement grande qu'elle ne sera jamais atteinte. Pire, lorsque la production de celle-ci baissera au bout d'un an ou deux, elle provoquera une "frustration inexpliquée de manque d'attachement". Elle peut atteindre un niveau exceptionnel à la naissance d'un enfant, et ne baisse que 3 a 6 mois ensuite.

Chez l'homme, la production d'ocytocine suis la meme courbe, mais avec beaucoup moins d'amplitude. L'attachement chez l'homme s'explique plus par l'endorphine (sexe) et l’adrénaline (affection). Cela explique que l'homme s'attache plus rapidement, mais souvent "moins fort". Son attachement semble plus "rationnel" et "terre a terre". L'ocytocine est une hormone dite "personnalisée" (produite à la présence d'un ou quelques individus bien précis) alors que que l'adrénaline n'est pas personnalisée. Cela explique certains comportements: quand l'homme n'a pas sa dose d'affection aupres d'une femme, il est tenté d'en chercher aussi chez une autre : sa mère (source intarissable d'affection), une autre femme, une amie, une collègue, etc...

le mariage: On oublie souvent, trop souvent que le mariage est une espece de contrat chimique (ou financier, mais c'est un autre debat.):
  • Homme: donne moi du sexe et de l'affection (endorphine et adrenaline)
  • Femme: soit présent aupres de moi (ocytocine)
Ce qu'on oublie, c'est que le besoin en ocytocine n'est jamais comblé chez la femme, il lui en faut toujours plus (“aime moi encore plus fort, soit encore plus attentionné”) !! De plus, lorsqu'apres un an ou deux la production baisse, mais que la demande reste la même, il en résulte une frustration chez la femme. Celle ci, peut réagir en sollicitant son mari, mais le plus souvent, la réponse à une frustration consiste à provoquer chez l'autre une frustration plus grande (critiques acides et faciles par exemple).
L'homme a aussi sa part de tort dans l’histoire : sa testostérone le pousse a agir sans trop réfléchir (c’est son côté “gros bourrin”), et surtout sans trop écouter les conseils de sa femme.

Dans le couple "longue durée", certains problèmes peuvent survenir (manque de reconnaissance chez l'homme, manque de sexe, manque de présence ou baisse de production d'ocytocine chez la femme, etc...). De là, plusieurs scénarios peuvent intervenir:
  • scénario catastrophe: La femme frustrée critiquera constamment son mari ou se tournera exclusivement vers ses enfants. De ce fait, l'homme ayant moins d'affection se renfermera sur lui même dans un premier temps (il va dans sa caverne), puis essaiera de se tourner vers l’extérieur pour compenser (gratitude des collègues, affection de sa mère ou d'une autre femme, recherche de sexe à l’extérieur du couple, etc...)
  • scénario idéal: L'homme s'occupe de sa femme et la contente du mieux qu'il peut, en lui donnant le sentiment d’être l’unique. La femme lui donne de l'affection, du sexe, encouragements/felicitations, le fait de sentir utile, compétent, supérieur...
[note JF: il y a d’autres scénarios, notamment le scénario mère/enfant ou père/fille entre couples qui, s’il n’est pas idéal tient assez longtemps avant d’engendrer la catastrophe.. Mais là c’est une autre histoire..]

la possessivité:
  • chez la femme: "Ne va pas vers une autre: si tu t'en vas, je risquerais de ne plus avoir ma dose d'ocytocine et ça serait dramatique. Pour être sûr que tu ne partes pas, je te manipule pour te faire croire que tu es supérieur, alors qu’en fait c’est moi qui dirige par en dessous"
  • chez l'homme: "je t'aime, tu es ma femme et ça m'arrange pour mon image en société tant que tu me donnes ma dose d'endorphine et d'adrénaline. J'ai pas envie d'en chercher une autre alors je t'enferme. Pour être sur que tu ne partes pas, je te manipule pour te faire perdre confiance en toi."
la dépendance affective:
-chez la femme: "donne moi ma dose d'ocytocine !"
-chez l'homme: "donne moi mon adrenaline !"

le piège de l'amour passion: L'amour-passion chez l'homme est une notion assez abstraite, elle correspon en éeneral au contentement de ses besoins en terme d'endorphine, adrénaline, et le peut d'ocytocine qu'il a besoin. [Note JF: en fait, il y a d’autres mécanismes qui explique l’amour passion et notamment la baisse de sérotonine. Voir notamment Helen Fisher.. et un bon résumé sur ce site]

Chez la femme, la production d'ocytocine génerée par l'amour passion a l'effet d'un "shoot" permanent, entraînant une dépendance à l'autre grandissante. Elle s'oublie, l'autre deviens tout, trop besoin de cette drogue à laquelle elle s'est accoutumée. Quand la production de celle-ci diminue ou que l'homme s'éloigne, la sensation de manque est telle que c'est la crise, l'hysterie ! L'idée même que l'homme s'en aille, que la production baisse est intolerable, entraine bcp d'angoisse et de possesivite ! [Note JF: l’amoureux devient alors une addiction et son éloignement vécu comme une phase de sevrage très douloureux]

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Commentaire: en fait cette théorie est sur-simplifiée, car tout en restant dans le domaine hormonal, c’est un peu plus compliqué. En particulier le rôle de la dopamine, l’hormone du désir, n’est pas décrit ici. L’évolution différenciée de la testorérone chez l’homme et la femme non plus (dans l’acte sexuel, l’homme voit son taux de testostérone diminuer et celui de la femme augmenter, ce qui expliquerait les ardeurs de plus en plus fortes des femmes et la diminution de celle de l’homme).

Mais ce qui est intéressant c’est de voir que les relations amoureuses sont essentiellement des relations d’addiction. On va vers l’autre parce qu’on est en état de manque.. Ce qui est intéressant, c’est que si l’on est vraiment à l’écoute de ses désirs, et de ce qui se passe en nous, on peut sentir la montée et la baisse d’hormones: le manque qui pousse vers l’autre, et inversement la satisfaction (le coktail endorphine / ocytocine qui crée la fusion après l’amour, etc..) qui en résulte..

Cela ne résume pas la relation amoureuse, simplement c’est l’un des aspects.. On a souvent très envie de balayer ce type d’explication, car on préfère de loin les versions romantiques nourries de préjugés (“je l’aime il est tout pour moi; nous nous aimons et cela durera toute la vie ainsi; il ne m’aime plus, c’est un goujat; il ou elle m’a trompé(e); on ne peut pas avoir confiance dans les hommes; les femmes sont chiantes avec leur besoin d’attention”, etc..) et de croire que nos comportements sont le résultat de notre libre arbitre. Mais ce que montrent ces études, c’est que notre comportement et nos émotions (nos joies et nos souffrances) sont avant tout le résultat de comportements aussi rationnels que le fumeur qui fait 20km à minuit alors qu’il fait froid et qu’il pleut pour trouver un paquet de cigarettes et qui explique son geste en disant “j’aime fumer, cela me fait plaisir”.. Il s’agit simplement de voir que nous sommes dépendants à l’autre parce que notre comportement est régi par ce cocktail hormonal qui nous pousse à agir..

C’est là que les enseignements spirituels deviennent intéressants, car il nous pousse à essayer de se déconditionner, c’est à dire à sortir de ces liens qui nous empêchent d’être libre (comme toute dépendance addictive). Dans ce contexte, il s’agit, comme le préconise la voie tantrique, de prendre conscience et de voir cette dépendance, sans la renier (car cela nous met tout aussi en dépendance), pour simplement observer tout cela, sans en être dupe, en constatant qu’il s’agit ni plus ni moins du jeu de la Vie en nous. Cela nous fait descendre de notre piédestal de superbe (“nous ne sommes tout de même pas des animaux”... ben... si!) et nous permet d’être plus proche de chacun, d’être plus empreint de compassion vis à vis des jeux relationnels que nous jouons et des souffrances qui en résultent. Le Samsara, c’est juste un jeu d’hormones...

samedi 25 avril 2009

L'homme est il condamné à désirer

Le désir est un élément essentiel de la sexualité. Voici un texte issu d’un devoir de philo d’un lycéen de terminale S, Henrax, 16 ans. Le sujet était simplement “l’homme est-il condamné à désirer”. J’ai trouvé le texte si pénétrant et le développement tellement bien fait pour un jeune de cet âge, que je lui ai demandé la permission de le mettre sur ce blog.. Une remarque: il faut interpréter “l’homme” comme “l’être humain”... J’aurais ensuite deux ou trois petites remarques que je publierai dans un autre billet sur ce blog..

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Le désir est un sujet qui, depuis l’aube de la philosophie, porte singulièrement à controverses. Bien que certains, tels Calliclès, opposés à Socrate dans le Gorgias de Platon, prônent le désir et le fait de « donner à chaque désir qui pourra lui venir la plénitude des satisfactions », le désir, généralement considéré comme l’expression d’un manque, est couramment critiqué et combattu par les sagesses et philosophies de l’Histoire. Ainsi, Schopenhauer affirmait dans son ouvrage Le Monde comme volonté et comme représentation : « Tant que nous sommes sujet du vouloir, il n’y a pour nous ni bonheur durable ni repos ».
Nous allons voir ici si ce combat a raison d’être et s’il peut être remporté, c’est-à-dire si l’homme peut s’échapper du désir ou s’il est condamné à désirer, et dans ce dernier cas, quelles sont les modalités de cette condamnation et en quoi ce terme est à nuancer. Nous verrons dans un premier temps en quoi l’anéantissement du désir est un objectif raisonnable, puis en quoi le désir est fondamental chez l’homme. Enfin, nous verrons dans quelle mesure il est possible de le maîtriser et le dépasser pour agir selon le bien et accéder au bonheur.

Avant toute chose, il convient de définir le désir, et de le séparer de termes que le langage courant a tendance à lier. Dans une lettre adressée à Ménécée, Epicure écrivit : « Il faut se rendre compte que parmi nos désirs les uns sont naturels, les autres vains, et que, parmi les désirs naturels les uns sont nécessaires et les autres sont naturels seulement. » La distinction se fait donc dans le rapport à la nature, à l’être en-soi constitutif de l’homme. Les désirs naturels sont ceux de ce dernier, c’est-à-dire les besoins. Ceux-là nous sont salutaires et les nier n’aboutirait qu’à notre mort. De plus, ils sont limités par leur propre réalisation, ils n’ont comme seule fonction que de provoquer le rétablissement de l’équilibre du corps.
A eux s’opposent les désirs, ou désirs vains selon Epicure, qui sont quand à eux motivés par nos émotions, notre raison, en d’autres termes notre conscience. C’est celle-là, intentionnelle comme le montre Husserl dans ses méditations, qui nous pousse à désirer. On retrouve cette idée dans l’idée de « cristallisation » expliquée par Stendhal dans son roman De l’Amour : ce sont les projections de notre esprit qui confèrent aux objets la capacité de nous satisfaire. L’exemple qu’utilise Sartre dans l’Être et le Néant est très parlant : « C’est parce que je m’attends à trouver quinze cents francs que je n’en trouve que treize cents ». Encore une fois c’est l’intentionnalité de la conscience qui provoque en moi des attentes desquelles découlent des déceptions.C’est donc sur cet aspect du désir, spécifique à l’être humain, que notre réflexion va se porter.

Il est possible de considérer ce type de désir comme un obstacle vers le bonheur. En effet, Pascal dans sa pensée 172 écrit : « Ainsi, nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais ». En effet, le désir est continuellement tourné vers l’avenir, et par là même passe à côté du bonheur, qui lui ne peut être vécu que dans le présent. En créant une distorsion temporelle avec la réalité, le désir m’éloigne de moi-même et me projette, d’où une tristesse quand je me rends compte que les choses ne se passent pas comme je l’avais imaginé.
Epicure prône également le rejet pur et simple du désir (tel que nous l’entendons). En effet, selon lui, le malheur de l’Homme est la conséquence des deux fléaux que sont le désir et la peur. Il lui suffit de se rendre compte que ces troubles sont des productions imaginaires pour être guéri. C’est la fonction de la philosophie selon Epicure, et donc un esprit philosophe est heureux, épanoui, dénué de tout désir. En ne satisfaisant que les besoins naturels nécessaires, le sujet est en aponie, c’est-à-dire la plénitude totale d’un corps satisfait : « toute l’agitation de l’âme tombe, l’être vivant n’ayant plus à s’acheminer vers quelque chose qui lui manque, ni à chercher autre chose pour parfaire le bien-être de l’âme et celui du corps ». Il suffit donc pour lui de se rendre compte et d’être convaincu que les désirs sont vains (vides de sens) pour en être détaché, et pouvoir atteindre la plénitude.

Le bouddhisme est nettement plus radical à propos du désir puisqu’il recommande le non-désir, c’est-à-dire le détachement total vis-à-vis du monde. Le désir, ou Samudaya, est une des « Quatre nobles vérités » qui constituent l’enseignement de Bouddha. Or, elle à l’origine de la Dukkha, ou souffrance. Cette dernière représente l’impermanence du monde, à laquelle le désir s’attache et qui implique nécessairement des déceptions puisque rien ne reste dans ce qui est. Walpola Rahula, dans son ouvrage L’enseignement du Bouddha fait la description suivante du bouddhiste réalisé : « Un vrai bouddhiste est le plus heureux des êtres. Il n’a ni crainte ni anxiété. Il est toujours calme et serein. Ni les bouleversements, ni les calamités ne peuvent le troubler. » La vision bouddhiste s’approche de celle de Pascal puisque la Samudaya naît de la projection de nos désirs dans le futur qui se font aux dépends de la vie présente, que le bouddhisme tente de retrouver.

Le désir peut donc être considéré comme un obstacle à supprimer ou à dépasser pour atteindre le bonheur, la sérenité, le Bien. Cependant, cela peut s’avérer compliqué voire impossible car le désir est fondamental chez l’Homme, et ce dernier ne peut s’en détacher. Nous allons voir dans quelle mesure le désir est consubstantiel à l’être humain.
Le principal défenseur du désir en tant que essence de l’Homme est Spinoza. En effet, selon lui, toute existence tend à persévérer, c’est-à-dire à se maintenir dans son être. A l’origine de cela est le conatus, dont le désir est une détermination particulière (puisqu’il est conscient de lui-même). C’est donc une pulsion de vie, essentielle dans la vision déterministe de Spinoza. Or selon lui le conatus de chaque chose est ce qui fait son essence, il écrit ainsi dans Ethique III : « L’effort par lequel toute chose tente de persévérer dans son être n’est rien de plus que l’essence actuelle de cette chose. » De fait, le désir étant une détermination de cet « effort de persévérer dans son être » propre à l’homme, on peut lire dans le même ouvrage : « Le désir est l’essence même de l’homme, en tant qu’elle est conçue comme déterminée, par une quelconque affection d’elle-même, à faire quelque chose. » Le désir est donc ce qui définit l’homme en tant que tel. Nous retrouvons cette pensée chez le spinoziste André Compte-Sponville, qui écrit dans son Dictionnaire philosophique : « Le désir n’est pas un accident, ni une faculté parmi d’autres. C’est notre être même, considéré dans « sa puissance d’agir et sa force d’exister ». C’est dire qu’il serait absurde ou mortifère de vouloir supprimer le désir. »

Cependant, cette vision du désir n’est pas uniquement déterministe puisqu’on la retrouve chez Sartre, qui lui aussi la considère comme partie intégrante de la condition humaine. En effet, nous avons déjà dit que le désir est la conséquence de l’intentionnalité de la conscience. Or celle-ci est tendue vers l’en-soi, qui manque à l’être-pour-soi. Il est dit dans l’Être et le Néant : « Le pour-soi est l’être qui est à soi-même son propre manque d’être. Et l’être dont manque le pour-soi, c’est l’en-soi. » la conscience désire avoir la réalité effective de l’en-soi tout en restant libre et consciente. En d’autres termes, elle vise l’en-soi-pour-soi. Sartre écrit dans le même ouvrage : « C’est pourquoi le possible est pro-jeté en général comme ce qui manque au pour-soi pour devenir en-soi-pour-soi, c’est-à-dire l’idéal d’une conscience qui serait fondement de son propre être-en-soi par la pure conscience qu’elle prendrait d’elle-même ». Or cet idéal est ce que l’on appelle Dieu : « L’homme est fondamentalement désir d’être Dieu ». Le désir est donc fondamental chez le pour-soi, donc chez l’humain, car indissociable de la conscience qui tend vers la perfection, à la recherche de son complément, à savoir l’en-soi. Cette vision d’un désir comme marque de ma nature imparfaite visant la perfection du divin peut se rapprocher de celle de Descartes, qui écrit dans ses Méditations métaphysiques : « Comment serait-il possible que je doute et je désire, c’est-à-dire qu’il me manque quelque chose, si je n’avais en moi l’idée d’un être plus parfait que le mien, par la comparaison duquel je connaîtrais le défaut de ma nature. » à laquelle Sartre ajoute l’intentionnalité de la conscience husserlienne.

Enfin, on peut constater l’idée du désir comme essence de l’Homme dans la psychologie. En effet, Freud écrit dans son ouvrage L’interprétation des rêves que « seul le désir peut pousser au travail notre appareil psychique ». Il décrit donc lui aussi le désir comme étant le moteur qui nous permet d’agir et qui donc définit l’être-pour-soi. Cependant, selon lui, le désir est un désir de retour à l’inanimé, à la mort, et c’est ce qu’il désigne sous le terme de pulsion. Ce désir de mort est irréductible à la vie psychique, et donc à l’humanité. Leibniz défend lui aussi la thèse du désir comme moteur de l’activité humaine et donc de sa dissociation du reste du vivant. Il écrit dans Nouveaux essais sur l’entendement humain « L’inquiétude qu’un homme ressent en lui-même par l’absence d’une chose qui lui donnerait du plaisir si elle étant présente, c’est ce qu’on nomme désir. L’inquiétude est le principal pour ne pas dire le seul aiguillon qui excite l’industrie et l’activité des hommes ». La publicité par exemple, sollicite notre désir dans le dessein de nous faire agir afin d’acquérir tel objet. Sans désir, sans effort de combler le manque créé par l’esprit, il n’y a pas d’action : « il ne sent pour cette action qu’une pure velléité ».

Nous avons donc vu que le désir est fondamental chez l’homme car il est le moteur de son activité, et donc constituant de la condition humaine. L’homme est donc fondamentalement désirant. Cependant, le terme « condamné à désirer » impliquerait qu’il n’a pas de contrôle, qu’il doit se plier à ce désir qui le dépasse, qu’il n’y a pas de liberté et de bonheur possible. Or nous allons voir dans quelle mesure il est possible et important de maîtriser ce désir, ou comme le dit Compte-Sponville dans son Dictionnaire philosophique « le transformer, l’orienter, le sublimer parfois ».
Nous avons vu que le désir est fondamental dans son sens de « poussée », de moteur de l’humanité. Or les désirs ne portent pas nécessairement sur des objets qui dépendent de nous, c’est-à-dire qui nous permettent d’influer sur la satisfaction ou non de ce désir. Désirer un objet qui ne m’est pas accessible, c’est se livrer à la souffrance et constitue un obstacle au bonheur. C’est ce contre quoi lutte le Stoïcisme et Epictète écrit dans ses Pensées « si tu désires quelqu’une des choses qui ne sont pas en notre pouvoir, tu seras nécessairement malheureux ». C’est également ce que préconise Descartes dans son Discours de la méthode en écrivant « Tâcher plutôt à me vaincre que la fortune et changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde ». La souffrance inhérente au désir n’est donc pas une fatalité puisque si j’accepte les faits en estimant avoir fait ce dont j’étais capable, je ne serais plus déçu car je ne m’en remets plus au sort mais à moi-même, et ainsi je suis tributaire de mon propre bonheur. Le désir, ainsi maîtrisé, peut mener au bonheur.
Ensuite, il est possible d’orienter son désir. Platon distingue deux aspirations chez l’Homme dans son ouvrage Phèdre : l’une vers le plaisir (innée et déraisonnable) et l’autre vers le meilleur (acquise et rationnelle). Or il faut équilibrer ces deux aspirations, afin de ne pas oublier le plaisir (qui, selon Epicure, correspond au bonheur) sans lequel la vie perd nettement de sa saveur et de ne pas non plus y céder. La raison est d’ailleurs le maître mot lorsqu’il s’agit de tempérer le désir. Kant notamment écrit dans Conjectures sur les débuts de l’histoire humaine « Le fait de rendre une inclination plus forte et plus durable, en retirant son objet aux sens, dénote déjà une suprématie consciente de la raison sur les inclinations ». La raison est donc ce qui permet de dominer le désir, et de le sublimer puisqu’il écrit par la suite « le refus fut l’habile artifice qui conduisit l’homme des excitations purement sensuelles vers les excitations idéales, et peu à peu du désir animal à l’amour. » Le désir, s’il est sujet à la raison, est donc un témoin de la supériorité humaine, par tous les procédés qu’il implique. Enfin, pour Spinoza, seul le désir issu de la raison est valable, puisqu’il est toujours désir du bien. En effet il écrit dans Ethique III « sous la conduite de la Raison, nous recherchons de deux biens le plus grands, et de deux mots le moindre » et « Par le Désir qui nait de la Raison, nous poursuivons le bien directement et nous fuyons le mal indirectement ». Sous l’éclairage de la raison, l’homme n’est plus tant dans les plaisirs que dans la joie et la béatitude, celle du sage, de l’homme adéquat de Spinoza.

Nous voyons donc que, non content de dénuer le désir de toute la souffrance qu’il tend à infliger, il est également possible de l’assujettir et de l’orienter vers le Bien, collectif ou individuel, et vers le bonheur. Il est même possible de dépasser ce désir et de se libérer de son emprise, non pas en tant que telle, mais en prenant conscience de sa nature illusoire. C’est notamment le cas de Swâmi prajnânpad, un sage Indien du 20ème siècle, qui s’inscrit dans les sagesses traditionnelles tout en prenant en compte les travaux de Freud. Il ne nie donc pas la nature essentielle du désir, mais selon lui, il faut aller jusqu’au bout de la satisfaction, le satisfaire complètement et en conscience, afin d’en être libéré. Son élève Daniel Roumanoff écrit dans Svâmi Pajnândad, un maître contemporain : « Essayez de satisfaire le désir le plus que vous pouvez. Si vous pouviez vous donner entièrement, fût-ce une fois, vous seriez libre immédiatement ». La satisfaction d’un seul désir nous permet de nous rendre compte de sa nature illusoire et de s’en détacher. Cela permet de retrouver un lien avec le présent, de sortir de ce que critiquait Pascal, de vivre perpétuellement dans le futur ou en regrettant le passé. C’est ainsi que nait la sagesse, en dépassant le désir, en perçant sa nature illusoire. Bien entendu, le désir sommeille toujours en nous et nous pousse à agir comme nous l’avons déjà vu, la pulsion de vie reste présente, mais le sage est comme quelqu’un qui serait toujours agréablement surpris, qui n’attend rien de la vie mais qui tend vers, en étant détaché vis-à-vis du monde.
Mais l’idée d’un dépassement du désir ne se trouve pas simplement dans les sagesses orientales, puisqu’on la retrouve chez Hegel. Ce dernier montre que tout désir est fondamentalement désir de reconnaissance. Parce que seul l’autre, en me reconnaissant comme conscience, et assurant de ce fait le pour-soi dans l’en-soi, peut subvenir à mon désir comme nous l’avons vu avec Sartre. Dans la dialectique du maître et de l’esclave, décrite dans son ouvrage Phénoménologie de l’esprit, Hegel montre que le jeu du désir est une lutte à mort, car chacun, dans sa quête de reconnaissance, tente de nier l’autre pour être le seul à exister, pour pouvoir être pleinement. Cette lutte aboutit à un esclave, celui qui a préféré être asservi que de mourir, et qui donc est dominé par des instincts primaires, et le maître, qui lui a risqué sa vie jusqu’au bout et qui gagne la reconnaissance de l’autre. Cependant, cette reconnaissance n’a plus de valeur puisqu’elle provient d’un être qui lui-même n’est plus reconnu, qui n’est plus « désirable ». Comme l’écrit Alexandre Kojève dans Introduction à la lecture d’Hegel, « Désirer un désir c’est vouloir se substituer soi-même à la valeur désirée par ce désir ». Le maître n’a donc plus de désir envers l’esclave, puisque il ne veut pas se substituer à lui. Conséquemment, personne ne trouve son compte et les deux partis restent foncièrement insatisfait. Au final, c’est même le maître qui devient dépendant de l’esclave, qui lui apporte un confort matériel qu’il n’est pas à même de s’offrir. A contrario, par le travail, l’esclave va prendre conscience de son humanité. Il faut donc sortir de la lutte et la domination pour se retrouver soi-même et trouver le véritable objectif du désir : sa propre humanité. Le désir n’est donc pas à nier mais il faut le dépasser pour être réellement heureux (dans le sens hégélien du terme Aufhebung, ce qui dépasse et conserve à la fois).

Nous pouvons donc dire que le désir est un attribut inhérent à l’homme, et il est donc « condamné » à désirer. Cependant cette condamnation n’est pas à prendre de façon négative puisque, bien que le désir soit, comme nous l’avons vu, un obstacle de taille contre le bonheur de par son aspect hors du présent, il est possible de l’orienter vers le Bien. En effet, le désir est avant tout un moteur, une pulsion, et il n’en tient qu’à nous de la maîtriser de telle manière que nous agissions selon le bien. De plus, il est possible de dépasser ce désir et de sortir de son étau. Ainsi, nous pouvons nous retrouver dans le présent et prendre conscience de notre humanité. Se recentrage dans la réalité dans toute sa splendeur, cette compréhension de la beauté du monde nous amène naturellement au bonheur, car nous sommes détachés des craintes et des plaisirs. Le désir ne constitue plus un «trouble de l’âme» selon Epicure et nous permet d’avancer dans la béatitude.

Henrax

vendredi 10 avril 2009

Catherine Solano: Une sexologue fun et sans tabous


Lors de l'émission Bien-être, animée par la délicieuse Charlotte Savreux, qui passera le mercredi 15 avril sur Direct8, j'ai rencontré Catherine Solano. Médecin, sexologue, elle a écrit de nombreux livres pour aider chacun à avoir une sexualité plus épanouie. Je vous conseille en particulier son site: http://www.pannes-sexuelles.com/ qui porte, comme son nom l'indique, sur tous les petits problèmes sexuels que l'on peut rencontrer : panne d'érection, éjaculation précoce, frigidité, etc..
Je vous conseille aussi ses livres, car son approche de la sexualité est faite de légèreté et de profondeur, d'humour et de simplicité.. Elle prône une sexualité, vivante, débridée, chaleureuse, créative, simple et sans tabous. Je suis tout à fait en accord avec ce qu'elle dit et écrit..

En effet, la sexualité, ce n'est pas seulement un plaisir, ou une décharge hygiénique, c'est, comme je le dit souvent sur ce blog, l'un des moyens les plus simples pour entrer dans des espaces d'union avec l'autre, avec la nature, avec la Vie, et donc l'une des activités les plus transformatrices de l'être. Mais tout cela peut se faire avec légèreté et humour.. Le sexe c'est fun!

jeudi 29 janvier 2009

La voie d'Eros


Qu’est ce qui est le plus près de l’élan spirituel, qui nous fait oublier nous mêmes pour nous pousser à nous tourner vers quelque chose qui est au delà de nous mêmes? Qu’est ce qui nous fait peur, nous attire, nous inspire et nous impulse dans une grande part (pour ne pas dire la totalité) des activités de notre vie? l’élan sexuel tout simplement.

Le sexe est une pulsion de vie qui a besoin de la relation pour exister. Cela n’est pas vrai pour la faim ou la soif par exemple que l’on peut épancher seul. Mais le sexe n’existe pas sans la relation à autrui. Même la masturbation met en jeu l’autre dans le fantasme ou la vision d’images érotiques. Le sexe n’est pas non plus un besoin: on n’a pas besoin d’avoir de relations sexuelles pour vivre. Même si une sexualité épanouie transforme n’importe quel être triste et gris en une personne joyeuse et colorée, elle n’est pas nécessaire à notre survie. Sans le sexe, les moines et les nonnes vivent. Et pourtant, sans la sexualité de nos ancêtres, sans toutes les relations complexes qui ont existé – certaines dures, d’autres tendres – entre nos parents, nos grands-parents, nos arrières-grands-parents, nous n’existerions pas. Sans le désir sexuel qui a amené nos aïeuls les uns vers les autres, nous ne serions pas de ce monde. Nous sommes le fruit du désir entre un homme et une femme.

Cette attirance est complexe, car elle est à la fois le résultat d’une différenciation, un homme est attiré par une une femme et réciproquement (je me consacrerai ici à la sexualité hétérosexuelle), et d’une union. De ce fait, la sexualité procède d’un double mouvement, un mouvement de distinction suivi d’une union.
Le sexe est d’abord affaire de séparation et de différenciation... La sexualité ne met pas en jeu deux individus, mais un homme et une femme, c’est à dire des personnes typées dans leur genre sexuel (le gender anglais). Dans le tantra, cette séparation est poussée jusqu’à son extrême puisque l’homme devient Shiva et la femme Shakti, c’est à dire le Dieu et la Déesse. Evidemment personne ne vient à penser que l’on devient réellement des dieux ou des déesses, mais cela permet d’aller dans les profondeurs de la psyché, là où nous rencontrons les puissances de l’inconscient collectif. En fait, c’est l’archétype du dieu, ou celui de la déesse, qui vient nous habiter lors d’une rencontre tantrique sacrée. Cette reconnaissance du divin à l’intérieur de nous a deux fonctions: d’une part cela nous fait sortir de nos petites habitudes quotidiennes en nous plongeant dans un espace sacré, et d’autre part cela nous aide à transcender notre identité égotique et nous faire accéder à une perception plus fine de l’autre, de soi et du Kosmos. On peut dire que la sexualité nous polarise dans notre genre, qu’elle nous rend encore plus homme ou femme que nous ne le sommes dans la vie de tous les jours. Si au travail et dans grand nombre d’activités de la vie civile nous pouvons faire en sorte de nous côtoyer en mettant à l’écart notre genre, en laissant croire que nous sommes “unisexe”, provenant d’une sorte de genre “gris” ni homme ni femme, cela n’est pas vrai dans la sexualité où la rencontre repose justement sur cette différence.

Mais la sexualité ne s’arrête pas à la distinction et à la polarisation sexuée, car elle est suivie d’un mouvement contraire qui pousse à l’union: dans l’acte d’amour, l’homme et la femme s’unissent et se fondent l’un dans l’autre pour ne faire plus qu’un. Ils étaient deux, ils ne sont plus qu’un. Mais dans cette rencontre, les deux partenaires ne sont pas le symétrique l’un de l’autre: la femme n’est pas un homme inversé. Ils ne jouent pas le même rôle, ils ne tiennent pas la même place dans cette danse de la vie. En effet, l’étreinte charnelle, le coït, ne s’effectue pas à mi chemin entre l’homme et la femme, mais dans la femme. La femme accueille l’homme en elle et, dans sa polarité yin, s’ouvre à la puissance de l’homme. Son sexe est la coupe, le Graal des chevaliers, celle qui appelle et reçoit l’autre en elle. Le sexe de l’homme est un bâton qui vit à l’extérieur, et en tant que tel constitue le trait d’union entre les deux. La coupe appelle le bâton, le bâton a besoin de la coupe. Lorsque l’union s’accomplit la femme reçoit et l’homme donne par son sexe.
On croit souvent que l’homme “prend” la femme, et c’est souvent ce qui se passe. Mais lorsque l’union est véritable, lorsque l’acte d’amour constitue la rencontre totale des corps, des coeurs et des âmes, l’homme ne prend plus la femme: il lui fait don de sa puissance. Et son sexe est alors l’émetteur de cette énergie sexuelle, qui passe dans le sexe de la femme et qui allume la poudre du désir chez la femme.

Inversement, quand l’union est vraiment réalisée, le coeur de l’homme, qui est de polarité yin, peut recevoir l’amour de la femme qui donne naturellement son amour à l’homme, et l’énergie relationnelle de la femme passe de son coeur à celui de l’homme qui est ainsi rempli de l’amour de la femme, comme celle-ci l’est de l’énergie sexuelle de l’homme. Il s’ensuit une boucle énergétique qui unit les deux êtres, ouvre leur âme et leur fait accéder à la transcendance.
Pendant un moment, parfois long, souvent trop court :- ), deux êtres vont alors au delà de leur personne, de leur individualité pour aller justement dans leur être profond, et s’unir en revivant et recréant les origines. L’acte d’amour est un acte de création, car il est potentiellement à l’origine d’une autre vie, et de re-création car il accomplit ce que tous nos ancêtres ont toujours fait depuis des millénaires.. C’est en cela que l’acte sexuel est sacré: il rejoue la création du monde (lire Mircea Eliade à ce sujet), il rejoue la Vie qui se cherche dans cette différenciation/union.
Faire l’amour intensément, ce n’est pas jouer les jeux olympiques du sexe en contrôlant ce que l’on fait pour être plus “performant”, mais s’unir au niveau des énergies du corps, du coeur et de l’esprit. Lorsque l’union est intense, les gestes ne sont plus contrôlés. Le rythme est variable, parfois frénétique, parfois aussi lent et léger qu’une plume. Tout se passe comme si les corps n’étaient plus contrôlés, comme s’il n’y avait plus de “moi” pour maitriser et comme si les corps étaient “agi” de l’intérieur par cette pulsion de vie liée au mouvement énergétique qui relie l’homme et la femme en une danse cosmique. Les mots alors ne peuvent plus décrire ce qui se passe. On entre dans le domaine de l’ineffable, ce qu’on traduit par les qualificatifs de “magique” ou “cosmique” tout simplement parce que les mots n’arrivent plus à rendre compte de l’expérience vécue. Dans cette union, c’est la pénétration qui transforme si on sait accueillir l’énergie pénétrante de l’autre, si la femme sait accueillir la puissance sexuelle de l’homme et l’homme la puissance d’amour de la femme. A ce moment là, le circuit énergétique se met en place, le sexe de la femme appelle et le coeur de l’homme s’ouvre, les plongeant l’un et l’autre dans l’extase...
La rencontre amoureuse, si elle est ainsi faite en conscience, dans le sacré et l’ouverture à l’autre est alors l’une des voie les plus puissantes d’éveil... C’est la voie d’Eros...

Crédit: Le dessin illustrant ce billet est de Marco: marco2.0.free.fr

dimanche 25 janvier 2009

L'extase divine: une voie féminine vers l'éveil

Deux événements me poussent à écrire cet article: d’une part le dernier exemplaire du monde des religions, qui porte sur “la femme dans les religions”, et le dernier commentaire de Dominique D. à mon post “La tragédie de l’homme”, avec lequel je suis tout à fait d’accord. Il écrit:
J'ai lu en diagonale un article de Andrew Cohen, que certains considèrent comme un enseignant spirituel, que les femmes avaient un égo plus fort que les hommes.
En effet, Andrew Cohen dit, dans le magazine What is Enlightment sur le développement spirituel des femmes que les femmes ont une plus grande réticence que les hommes à aller au delà de l’ego... En fait, c’est surtout dû au fait qu’Andrew Cohen ne comprend rien à l’essence du féminin, et qu’il ne connait que la manière yang du dépassement, la voie de l’action et de l’héroïsme, avec le risque, comme je l’ai dit dans un autre post “Andrew Cohen à 50%” (sur un autre blog “visionsintegrales”) d’avoir oublié le féminin :
Il [Andrew Cohen] manque à son système de développement spirituel la moitié de l’histoire, à savoir le féminin dans toutes ses dimensions d’extase, d’amour, et de compassion, féminin qui apparaît comme totalement absent de son enseignement, voire explicitement rejeté.
En fait il se coupe d’une dimension fondamentale qui est celle de l’accueil de l’autre en soi, la réception du divin dans son coeur et son corps. D’ailleurs l’article de la conversation entre A. Cohen et K. Wilber (The Pandit and the Guru) sur les femmes serait à pleurer de rire si ce n’étaient pas des enseignants spirituels aussi chevronnés. (note: j’adore profondément le travail de Ken Wilber, mais lui aussi, la seule faille dans son système concerne la relation et le féminin, même si c’est moins fort que pour A. Cohen.. Au moins K. Wilber a pour lui le fait qu’il adore les femmes, et que, lorsque ces femmes sont vraiment authentiques, avancées et féminines, il est capable d’être bougé et interpellé par ce féminin. Cf. son livre “Grace and Grit” qui m’a profondément ému).

Dans l’article Les grandes mystiques, paru dans le numéro 33 du “Monde des religions”, Ysé Tardan-Masquelier, rappelle que Thérèse d’Avila affirmait ”Il y a beaucoup plus que femmes que d’hommes favorisés par ce genre de grâce” et elle parlait là d’extase mystique. D’autres personnes sont citées à l’appui pour montrer que les femmes dans le domaine de la spiritualité sont au moins aussi capables que les hommes (voire sinon plus) d’avancer dans le domaine spirituel, à condition d’employer bien évidemment le chemin qui leur convient. Thérèse d’Avila, en tant que femme et mystique a exploré la voie féminine de l’extase mystique, celle qui passe par la réception du divin en soi.. Voie tellement évidente pour nombre de femmes.. J’ai en effet rencontré plusieurs femmes qui par la pratique tantrique mettant en jeu la réception de l’autre en soi (combinaison de pratiques sensuelles, énergétiques et spirituelles), peuvent atteindre des niveaux très profond d’extase mystique, de dissolution et de fusion avec le divin, des états situés très nettement au-delà de l’ego.. Le nombre de femmes se connectant au divin par la voie de l’extase semble bien supérieur aux hommes. Et d’ailleurs, comme je l’ai dit dans mon post précédent, c’est en développant leur part féminine, de réception et d’accueil du divin en soi, que les hommes atteignent ces niveaux, en devenant des “hommes creux” comme peuvent l’être les chamanes amérindiens (comme le rappelle Dominique D. dans son commentaire), ou être un bambou creux comme le rappelle Tilopa (voir le livre d’Osho : “Tantra Suprême sagesse” dont un résumé et extrait se trouve sur ce site et dont l’importance pour le développement spirituel est rappelé par Sudheer). Tilopa dit en effet:
Devenez comme un bambou creux, sans rien à l’intérieur alors les lèvres du Divin sont sur vous, le bambou creux devient flûte et le chant s’élève, c’est le chant du Mahamudra.
Devenez totalement réceptif, ouvert, sans rien dedans, c’est à dire sans ego et sans mental, et naturellement le divin joue en vous comme un musicien joue de la flûte et cet état correspond à un Grand Orgasme avec l’Univers.

Pour un homme, parvenir à cet état de réceptivité, est souvent précédé d’une lutte initiale avec le mental, et résulte d’un grand travail pour aller au delà de l’ego.. Pour la femme, c’est beaucoup plus simple. Elle connaît intuitivement (si elle a une sexualité épanouie) l’attitude à adopter pour s’ouvrir intérieurement et accueillir l’autre en soi. Il s’agit simplement de se connecter à son centre, son « utérus » (mauvaise traduction de “womb” mais je n’ai pas mieux) et sa yoni (son sexe), et d’aller au plus profond d’elle-même, en s’ouvrant dans un relâchement total.... c’est à dire en se dissolvant et en s’unissant à l’autre.. Cela peut se faire dans l’acte amoureux, ou bien comme pour Thérèse d’Avila, ou d’autres mystiques femmes, dans l’acte d’union avec le divin, considéré ici comme une composante masculine venant la pénétrer..

L’extase de Thérèse d’Avila est très caractéristique de ce type d’extase divine au féminin. Voici la description de l’une de ses extases sur ce site:
Quelque chose d'insinuant et doux; elle se demandait si ce songe étrange n'était point un avertissement; elle n'a qu'à descendre en elle-même, qu'a creuser son âme et la certitude vient; ce n'est pas le sentiment d'une présence individuelle, c'est une sorte d'enveloppement aussi vague et informe que celui d'une eau la baignant ou d'une lumière diffuse matériellement sentie; pourtant il est rare, incertain, trompe son espoir; mais l'espoir suffit qu'il puisse revenir encore et elle vit jour après jour, le cherchant au fond de son âme; frémissant déjà de pressentir que viendra son impalpable et sereine invasion.
Ce fut d'abord à peine comme un allégement, une sensation fuyante de légèreté; puis tout d'un coup, une suavité dilata sa poitrine; c'était comme une inondation si soudaine que le coeur semblait prêt à se rompre; ses yeux ne voyaient plus; alors la joie l'enveloppe, étreignit ses sens; puis tout s'éfface; mais quelque chose d'inconnu lui demeurait : une sensation d'allégresse, une dilatation d'amour.
L'innéfable la pénétrait, ne faisait plus qu'un avec elle; parfois, elle chancelait sous sa violence; cet amour l'envahissait à flot égal comme une mer qui sans cesse gagne du rivage, ne lui laissait plus rien d'elle-même; quelque chose en elle se dissolvait délicieusement jusque dans sa propre matière; elle sentait une profection toute puissante l'enserrer à jamais sans pouvoir s'y soustraire; l'impulsion de la volonté divine chassait sa propre volonté; elle ne pouvait que lui offrir sa soumission et sa passivité radieuse; il lui arrivait de connaître un tel délice, et une telle crainte que ce délice cessât, qu'elle versait malgré elle des larmes et que la gorge étranglait, elle ne savait plus si elle souffrait ou si elle défaillait de joie.
Ayant vécu l’une de ces extases un jour, alors que j'étais plein d'une grande gratitude envers le divin pour m’avoir accordé le privilège d'avoir connu ce que c'est d'exister, et même si mon extase n’a pas été jusqu’à la pénétration et la fusion avec lui, je connais cette dilatation d’amour profonde, qui s’exprime comme un flux délicieux qui emplit et dilate la poitrine en déversant des flots d’amour.. Je la vécus pendant quelques heures, et de temps en temps cette expérience se reproduit.. Dans ces moments, l’ego disparaît comme s’il n’était plus nécessaire, l’amour prenant toute la place.. Dans cet amour, il n’y a plus de peurs, ni plus de désirs autres que de s’unir au divin... Malheureusement, ces “peak experience” ne durent pas, et bien qu’elles me montrent le chemin de la sagesse et de la compassion, je ne suis toujours pas réellement sage, et je ne vis pas cet amour inconditionnel et sans objet dans la vie de tous les jours... En gros, je ne suis pas candidat à la béatification :- )

Ce que je veux dire ici c’est que l’extase divine est un mouvement féminin. C’est quand je suis dans la gratitude, le coeur ouvert que ces extases apparaissent, pas en cherchant à déboulonner l’ego par des techniques d’humiliation, comme le prônent certains maîtres spirituels, qui d’ailleurs n’ont jamais reçu l’illumination de cette manière... (A lire la description faite par une femme des “tortures mentales” infligées par A. Cohen pour qu’elles dépassent leur ego..).

En fait, les femmes, si elles ne se laissent pas aller à des “préoccupations futiles” pour employer les mots de Thérèse d’Avila, peuvent atteindre rapidement et plus facilement que les hommes des états d’éveil importants. Mais à condition de respecter leur polarité féminine et pas de leur demander d’appliquer des techniques de commando contre l’ego, qui alors réagit naturellement en se durcissant, ou, comme c’est le plus souvent le cas pour les femmes, en se transformant en dépression, voire en maladie somatique.

En fait, comme le dit Dominique D. dans son commentaire:
C'est comme si les femmes étaient plus "souples", et que, ce faisant, comme elles avaient déjà faits 90% du chemin, elles avaient peut être moins d'appétit pour les 10% restants. En d'autres termes, les femmes me semblent beaucoup mieux nanties à la base que les hommes.
Mais comme il y a beaucoup plus de maîtres spirituels que de “maitresses” spirituelles, plus exactement plus d’hommes qui enseignent, parlent et écrivent que de femmes, cette expérience du divin au féminin est peu transmis. Mais cela évolue, et comme de plus en plus de femmes voient leur conscience s’éveiller, par des voies “masculine” parfois, mais aussi de toutes autres manières, elle font profiter le monde de leurs découvertes..

Personnellement, j’aime beaucoup la méditation assise, que je pratique parfois formellement (sur un coussin, etc..) et parfois informellement (rester là, juste là comme dans un arrêt sur image en s’ouvrant à l’instant présent). Ma compagne, Véronique, aime moins que moi la méditation assise qu’elle pratique pourtant très souvent mais qui 1) lui semble difficile, 2) ne comble pas totalement son être.. Elle préfère la méditation au quotidien dans les activités de tous les jours, ou bien dans la danse et bien évidemment dans la pratique tantrique en couple.. Et de nos échanges, il nous est venu comme une évidence qu’il y avait une autre démarche de méditation que celle qui passe par l’immobilité en lotus (il y a aussi les méditations dynamiques d’Osho, mais Osho disait lui-même que ces méditations étaient en fait des techniques de préparation pour les occidentaux qui ne savent pas méditer assis..). Si l’immobilité et le fait de rester témoin de soi-même, comme dans Vipassana, est la voie de la conscience, la voie du coeur peut passer par d’autres formes, comme en témoigne les danses et les mouvements des dervices.
Il s’agit alors, je la cite, de “tenter de mieux percevoir ce qui est spécifique à nos expériences "féminines" de méditation : entre l'assise et le mouvement, entre la conscience et l'ivresse des sens, entre le vide et le délié. ” La plénitude et le vide, l'union divine, mais en reconnaissant Shakti derrière toutes les femmes, c'est à dire la danse de la vie dans toutes ses manifestations..
On est ici bien loin des affirmations à l’emporte pièce d’Andrew Cohen concernant les femmes...

Merci à tous ceux qui écrivent des commentaires.. c’est très nourrissant..