mardi 6 novembre 2007

Atman Project and Mind

Lu dans une présentation de Integral Spiritual Center, à propos d'une méditation guidée de Mahamudra.. il s'agit d'un lien entre méditation et le Atman Project (dont j'ai parlé ici)

As human beings, most of us take up an identity or selfing project—what Ken Wilber calls "The Atman Project"—which, unfortunately, obscures the gentle, subtle, delicate quality of knowing. The first step into the Mandala of Awakening is to go to the root of the whole situation, and look deeply at how we are related to our minds. Are we grasping onto the contents of our minds, and then turning them into the basis of self-identity? Or are we able to be freely with what is arising? Are we glued to samsara, wedded to the perception of being inside a human body and looking out at the world? Are we reacting against what is happening in this moment, or opening to it? Are we contracting along some story line internally, and externally, latching onto only one set of sense perceptions?

L'élément essentiel est ici, comme dans toutes les méditations portant sur la clarté de l'esprit (mindfullness) de se rendre compte profondément du fait que lorsque nous sommes "dans nos pensées" nous sommes comme séparés de nous mêmes et de la vie.. Lorsqu'on arrive à distinguer le "je" réflexif, le "je" auquel nous nous identifions d'habitude lorsque nous disons "je suis ceci", "je fais cela", "j'ai décidé de", ou "moi, je suis comme ça", de la Conscience claire qui est simplement ce qui vit et qui est témoin de toutes ces activités extérieures et intérieures (le fonctionnement du mental), alors un réel sentiment de liberté apparaît..

samedi 3 novembre 2007

Schéma général de développement spirituel

Voici une synthèse et une réflexion concernant le développement spirituel intégral, à partir évidemment de Wilber + quelques apports et expressions personnelles... (ce message aurait pu tout aussi bien être posté sur mon autre blog (Visions Intégrales), mais j'ai hésité..

En voici, brossé à grands traits le schéma général:

  1. Le développement spirituel est fondé sur deux piliers : conscience et amour (ou compassion ou relation)
  2. Au niveau le plus haut, au niveau absolu, la conscience correspond à une
    vision non duale, dans laquelle on constate :
    1. Que l’on appartient à une évolution qui nous dépasse : on est seulement une petite « cellule » dans le grand tout.
    2. Cette évolution est liée à deux mécanismes : différenciation et intégration.
    3. L’amour est la partie qui relie (eros et agape dans la terminologie de Wilber) les êtres à différents niveaux.
    4. Chacun est porteur de lumière (conscience et amour), avec pour « mission » d’avancer dans cette voie et de participer à cette évolution Kosmique (cf. Hegel: L’Esprit qui se reconnaît lui-même), que l’on pourrait appeler le projet Kosmique, sauf qu’il ne s’agit pas d’un projet au sens classique du terme (il n'y a pas d'intention, au sens classique du terme, ce qui ferait revenir à un Dieu mythique
      fondée à l'image de l'homme).
    5. Au niveau le plus haut, il y a donc à la fois totalement perte de la notion de l’individu comme être séparé, et en même temps union de Soi à Dieu dans un sentiment de liberté fondamental : la vraie liberté c’est d’être le porteur conscient, et engagé du projet de la Vie (je ne suis pas sûr que ce soit le niveau le plus haut: l'idée d'union de soi à Dieu me semble appartenir au niveau subtil, mais bon, les niveaux supérieurs: Dieu et moi sont un ne me sont pas encore directement perceptibles..
  3. Il est possible de percevoir le Kosmos à son niveau le plus haut (Conscience et amour au niveau non dual) et pas seulement de l'appréhender intellectuellement.
  4. La prise de conscience de tout cela est relativement simple à faire intellectuellement. Finalement on a pratiquement tout ce qu’il faut dans le domaine scientifique (physique, biologie, anthropologie, histoire, sociologie, psychologie, philosophie) pour comprendre cela. Mais il ne s’agit pas de le comprendre intellectuellement, mais de le percevoir directement.
  5. La prise de conscience perceptive (conscience) s’effectue par un ensemble de strates de mise à distance, de décentrations, qui nous font réaliser de plus en plus ce que nous sommes. Réaliser signifie en fait « percevoir », voir au même titre
    qu’on voit des choses habituellement.. La spiritualité est un mouvement
    de développement en général (différences entre étapes (stages) et états (states) à la Wilber)

    Etapes importantes dans la vie spirituelle :
    1. Il existe un « autre monde » constitué d’énergies, que l’on peut percevoir éventuellement sous forme d’êtres, d’esprits (entités, divinités, anges, etc..). Ce
      monde est en grande partie le fruit d'une projection de notre propre intériorité, mais n'est pas vécu initialement comme tel (on croit qu'il est "vrai").
    2. Prise de conscience que nous ne sommes pas le tout : existence d’une transcendence qui nous dépasse et qu’on vit comme un tout autre (Dieu, la Déesse)
    3. Dépassement de l’ego et prise de conscience de l’aspect divin qui existe à l’intérieur de nous.. Malheureusement très facilement repris par l’ego, ce niveau est très « dangereux » s’il n’a pas été nourri par le niveau précédent, s’il n’y a pas une prise de conscience fondamentale que Dieu est aussi totalement le « tout autre ». Débouche sur le vide (et non pas sur « l’autre monde » énérgétique du niveau a, sinon c’est qu’on a récupéré tout cela par l’ego qui est très, très fort..)
  6. La notion de soi séparé est liée, entre autre, à un mécanisme neuronal qui tend en permanence à nous faire croire qu'il existe une distinction entre soi et l'environnement. En d'autres termes, l'idée d'un soi séparé est un construit qui dépend très profondément de certains systèmes neuronaux. Ce n'est donc pas un donné..
  7. Au niveau subtile : l’amour divin est vécu comme une gratitude, gratitude envers la Vie, gratitude envers tout ce qui nous entoure..
  8. La mort fait partie du Plan, fait partie de la Vie.. Pour la Vie, la mort n’est rien, qu’un élément du Processus général.. et plus exactement, la mort fait partie de l’aspect regénération et dissolution de la Vie. (La vie comporte deux aspects : un aspect Eros qui est croissance, foisonnement, exubérance,..) et un aspect Thanatos qui est dissolution, régénération par mort et recombinaison. Mais pour le « moi », c’est la peur totale. Comme l’exprime Wilber, une grande partie de notre culture consiste à vouloir jouir de la partie Eros en refusant Thanatos.. Mais en refusant Thanatos, on refuse l’accès aux niveaux transcendants (et en particulier les niveaux subtils et causals).
  9. L’importance de « tout se passe comme si ». Différenciation entre intérieur et extérieur. Analyse des choses de l’extérieur et de l’intérieur..
  10. La voie de la Conscience passe par la décentration, l’appréhension (awareness), la réalisation (au sens cognitif, « je réalise que ») et donc la méditation et la compréhension; la voie de l’Amour passe par l’absorption, la relation, le contact, l’immersion, l’intégration, et donc le mouvement, le corps, les sensations, le vécu immédiat, le rapport à l’autre (empathie, etc..). Les deux sont effectivement reliés à un certain niveau : il y a conscience de l’amour, et réalisation que l’amour entraîne la conscience. L’amour de l’autre est lié à l’empathie qui suppose une certaine appréhension de l’autre (même si au début cette appréhension est inconsciente, comme dans la fusion émotionnelle) et la conscience entraîne la compassion..

jeudi 1 novembre 2007

Interview de Psychologie Magazine

Psychologie magazine m'avait posé quelques questions à l'occasion de la sortie de leur numéro de Juillet 2007.
Voilà les questions qui m'ont été posées et les réponses in-extenso. C'est à partir de ces réponses que le journaliste a écrit une quinzaine de lignes dans le magazine.. Donc ici, il est complet!

1 Qu’est ce que la présence
Ce qu’on appelle présence, c’est cette attitude intérieure qui fait que l’on est totalement à ce que l’on fait, que l’on est totalement investi dans son action, sans qu’il y ait de réflexions ou de jugements qui viennent interférer ou se mettre entre soi et son acte. Cela nous met dans l’instant présent, car le mental, au travers des réflexions et des jugements nous place toujours dans le passé ou l’avenir. Vouloir quelque chose de précis c’est se mettre dans une attente d’un moment futur à venir. Etre présent à soi et à l’autre, c’est au contraire ne rien « vouloir », en se laissant guider par son ressenti profond, par ce qui vient naturellement du fond de l’être..

Pour un homme, être dans la présence passe par deux composantes fondamentales : se sentir bien dans sa virilité, dans sa masculinité d’une part, et être en relation avec l’autre. En couple, cela signifie être à la fois très centré dans son bassin, être « dans ses couilles » comme on dit, et en même temps savoir accueillir ce qui vient, savoir ressentir l’état de son partenaire dans ses mains et son corps. Il n’y a rien qui coupe plus une femme de l’amour que de sentir que l’homme n’est pas là, pas présent à elle. Même si beaucoup de femmes en ont pris leur parti, ce manque de présence de l’homme, malheureusement si courant à cause des peurs et des projections qui l’habitent, est ce qui les fane, les terni, leur enlève leur accès à l’amour et à la Vie dans son caractère lumineux.

2 La présence dans l’amour
Le gros écueil quand on fait l’amour, c’est de partir sur des rails alimentés par le mental. On se retrouve à penser « je vais faire ça parce qu’elle va aimer, si je lui caresse cette zone, alors elle va jouir ». On se comporte alors en tant que « grand machiniste », on essaye de contrôler la « machine femme » en appuyant sur les bons boutons, en essayant que nos caresses produisent un certain effet.
D’autre part, on peut être aussi perturbé par des pensées liées à nos performances : « est ce que je serais à la hauteur, est ce que je vais partir trop vite, est ce que je vais avoir une belle érection ».
Tout cela nous éloigne de la femme. Cet enfermement dans nos objectifs et nos pensées nous coupe d’elle, et nous coupe de notre ressenti. Nous ne sommes plus présent à elle. La femme le sent : elle ne s’ouvre plus, elle ne rayonne plus, comme une fleur qui se referme sur elle-même. On essaye encore plus d’appuyer sur les bons boutons, mais la magie n’opère plus. On entre dans un cercle vicieux qui nous coupe de la Vie, et du réel Désir.

3 Comment développer cette présence
D’abord bien comprendre qu’un bon amant n’est pas un homme performant, mais un homme présent à soi et à l’autre, ancré dans le sol, bien dans son sexe et à l’écoute de sa compagne. Pour développer cette présence, le plus facile (en tout cas, ce qui a été décisif pour moi), c’est d’être présent dans la caresse. Etre présent dans une caresse, c’est être tout entier dans ses doigts, comme si les doigts étaient animés d’une vie propre. Notre esprit se place dans les doigts, dans le ressenti des doigts, comme si nous n’étions plus que nos mains. Puis en se connectant à son cœur ou à son sexe (il s’agit de deux énergies différentes), on laisse les mains vivre leur vie propre, aller où elles se sentent bien. Elles trouvent alors naturellement le chemin de la relation.

Il en est de même quand on danse un slow ou une danse de proximité (valse, tango, etc.) avec une femme. Il suffit parfois de poser ses mains sur les hanches de la femmes ou sur ses reins, tout en étant bien ancré dans sa puissance, pour trouver immédiatement la connexion. Et cette connexion est elle-même la preuve de cette présence de l’homme.

4 Présence et femme
Pour la femme, le problème de la présence se pose différemment, car il s'agit ici d'abandon. Si elle est bien avec sa sexualité, si elle n’est pas coupée de son corps, si elle n'a pas peur (et donc s'il n'y a pas de traumatisme liés à un abus quelconque), elle peut entrer naturellement dans cette présence à elle-même qui est un mouvement d’abandon et de rayonnement. Plus la femme s’ouvre et s’abandonne aux caresses de son partenaire, plus elle rayonne, et plus elle touche l’homme qui voit la beauté de cette femme, qui appréhende la déesse dans sa partenaire. Son cœur s’ouvre alors au divin et tous les deux entrent dans la danse de l’amour, union des corps et des âmes, incandescence des désirs, célébration de la Vie.
Néanmoins, on voit que le problème réside avant tout pour la femme à pouvoir s'abandonner en confiance. Mais s'abandonner n'est pas se laisser faire: c'est un mouvement d'accueil en conscience qui n'a rien de passif..

Questions posées par Sexologie Magazine #2

3 En quoi la pratique du Tantra a-t-elle modifié votre perception de la sexualité?

Vaste question!! Initialement, je vivais la sexualité à la fois comme une satisfaction d'un désir, comme la recherche d'un plaisir immédiat.. Je cherchais aussi la pénétration et l'éjaculation…J'ai toujours beaucoup aimé le sexe. Quand j'avais 16 ans, et que je n'avais pas encore eu de réel rapport sexuel, je pensais que c'était la chose la plus importante au monde.. Mais en même temps, dans le rapport sexuel, il y avait quelque chose d'insatisfait au plus profond de moi, une quête profonde de l'être que je n'associais pas a priori au sexe.. Le tantra m'a permis d'aborder la sexualité autrement, en intégrant l'aspect spirituel à la sexualité. Sur le plan physique cela m'a permis d'intégrer ma sexualité yang (pénétrer et prendre, dans la puissance et l'ardeur) à une sexualité plus yin (caresses, effleurements, rencontre par le souffle et regard, dans la douceur et la présence), sexualité dont j'avais une certaine intuition, mais que je n'osais utiliser, car je pensais qu'un homme ce n'était pas ça.. (rires).

La différence, c'est que maintenant, dans mon couple, faire l'amour c'est une célébration, c'est un rituel, une union, joyeuse, puissante et sensuelle...
C'est un mode d'être en présence par le corps, le cœur et l'esprit l'un avec l'autre.. d'être à la fois totalement ailleurs (au 7ème ciel évidemment, (rires)), et totalement ici et maintenant..

L'autre différence, c'est que maintenant j'ai souvent l'impression de faire l'amour même sans rapport sexuel: en marchant dans la nature, en allant au supermarché, en mangeant un fruit (la sensualité de la pêche, wow!!), en contemplant les nuages, en méditant assis, en vivant tout simplement… La femme est là partout: dans les arbres, l'eau qui coule, le vent qui fait frémir la peau.. Dans ces moments là, je ressens de la gratitude envers la Vie pour tous ses bienfaits et de m'avoir fait goûter à la vie, d'avoir connu la vie.. Je la remercie d'être tout simplement..

4 Quel conseil donneriez-vous à un jeune pour bien débuter dans sa vie sexuelle?
Je donnerai un conseil différent pour un homme et une femme.. Pour la femme, je lui dirai essentiellement: prend confiance en toi! Saches que tu as les pouvoirs de la Déesse, de créer le monde et d'en épouser la forme. N'aie pas peur, sors de ta coquille.. La deuxième chose, je lui dirai à la fois de savoir se rendre belle, et en même temps de totalement dépasser le cadre de l'apparence. Car la beauté d'une femme est d'abord un rayonnement et ce rayonnement s'exprime essentiellement lorsque la femme est heureuse et épanouie.. Et cet épanouissement est généralement présent lorsqu'elle se laisse guider par son ressenti, qu'elle ose agir conformément à son intuition. Une femme coupée de son intuition, de son intériorité est comme une fleur fanée. Cela ne signifie pas qu'elle doit écarter la raison, surtout pas, mais qu'elle doit faire confiance à ce qui la guide intérieurement et naturellement. Les femmes qui ont été aimées tendrement par leur père dans leur enfance et qui a eu confiance en elles sont des femmes bien préparées à affronter le monde, et à vivre en épousant sa nature féminine. Je lui dis: "aie confiance en toi, et sache t'ouvrir à la vie. Sache guider un homme s'il est un peu trop empressé sans te fermer, mais sache aussi le guider vers ce que tu aimes. Arrange l'espace pour que la rencontre sexuelle soit une rencontre de fête, une rencontre magique comme seule tu sais le faire… Car c'est toi qui a cela à l'intérieur de toi.. ose guider en rendant ton homme encore plus puissant."

Pour l'homme, il faut surtout qu'il arrête de croire qu'un vrai mec c'est une bête de sexe comme Rocco, un tarzan comme Arnold Schwarzeneger, ou un combattant comme Jet Li (spécialiste de Kung Fu). Ça ce sont des projections de super-mâles, des fantasmes de mecs, mais qui ne correspondent à rien de concret surtout pas aux femmes. Un homme c'est avant un être courageux, puissant, mais dont le cœur ouvert sait à la fois guider et se laisser guider.. Je lui dis "Trouve ton socle, trouve ta puissance, ose être ce que tu es.. Affronte mille dangers, crée, sois fou et joyeux, affronte les autres mecs en compétition réglée, sauve la planète... Sois un chevalier qui va pourfendre le dragon pour sa belle..

Mais en même temps, sache honorer cette femme qui te donne son cœur, cette divine beauté qui se donne à toi toute entière, qui ouvre les portes de son temple secret et sacré. Ne profane pas la demeure des Dieux, sois attentif tout en étant bien centré dans ta puissance. Ne cherche pas à la prendre, car tu aurais envie de la jeter, et tu te retrouverais coupé de la vie. Car c'est elle qui possède les clefs de la Vie, les clefs de la magie du monde, c'est elle qui, en ouvrant ton coeur, peut te donner accès à ta créativité et à ton être profond, qui t'ouvre à une puissance bien plus grande encore… Elle est la vie, l'incarnation de la Déesse, ne l'oublie pas.."

Questions posées par Sexologie Magazine #1

Sexologie Magazine m'a interviewé en Avril 2007 sur mon livre l'Amant Tantrique.. On peut trouver l'interview à cette adresse.

En attendant, je place ici les questions qui m'ont été posées, ainsi que les réponses que j'ai donné..

1 Qu'est-ce qui manque le plus aux hommes sur le plan de la sexualité?
Globalement savoir unifier les pôles masculins et féminins. Mais le processus diffère en fonction de chaque homme. Dans mon livre je distingue les hommes yin des hommes yang. Les hommes yin sont plus dans la relation et les yang dans l'affirmation. La polarité fondamentale de pratiquement tout homme hétérosexuel, c'est la polarité yang. Si on ne peut pas la contacter, par inhibition souvent, par confusion entre violence et puissance surtout, on passe sa vie à essayer de survivre en justifiant et en contournant le fait de ne pas rencontrer sa puissance. Malheureusement, une fois qu'on a trouvé sa puissance yang, ou si l'on est naturellement un homme yang, on tend à en rester là, à oublier de s'ouvrir à l'autre, et tout particulièrement au féminin, à la femme.

2 Pensez-vous que l'organe sexuel le plus important pour les hommes comme pour les femmes est le cerveau?
C'est typiquement le genre de phrase qu'on voit écrit un peu partout et qui me fait hurler, car c'est issu d'une confusion totale entre les organes (que l'on possède et que l'on peut éventuellement changer) et le cerveau qui nous constitue.. Or, on est notre cerveau!! On ne peut pas dire qu'on possède un cerveau.. Le cerveau est l'organe le plus important pour toute les activités: tennis, pétanque, manger, et donc évidemment pour la sexualité.. Cela ne signifie rien: quand on a mal au pied, un influx nerveux part du pied et active une zone du cortex spécialisée dans la perception des pieds. Donc le cerveau est le lieu aussi de la douleur des pieds! En fait, il est tout pour nous car c'est la part matérielle de notre psyché, le "hardware" de notre psychisme.. Mais ce qu'on ressent c'est un vécu. C'est de l'ordre de la phénoménologie, pas du câblage neural.

Paul Ricoeur, très grand philosophe français, dans son dialogue avec Jean-Pierre Changeux, l'auteur de l'homme neuronal, nous met en garde d'utiliser une terminologie neurologique pour parler de ressenti et inversement. Il s'agit là de deux points de vue pour décrire un phénomène psychique. Cela est vrai aussi pour la sexualité: les sensations tactiles s'expriment sous la forme d'activation dans le cerveau, on les vit comme des sensations tactiles par comme des activations de paquets de neurones..
Justement, quand on passe dans le ressenti profond, on se rend compte que tout ce que nous vivons est situé dans notre corps: nos émotions sont situées dans le coeur ou le plexus solaire, notre puissance dans nos reins et notre bas ventre, notre ancrage dans le bas de notre pubis et dans nos jambes.. Evidemment tout cela correspond à des zones du cerveau, mais le vécu est corporel, comme la douleur.. C'est pourquoi, dans toute la littérature romantique on associe coeur et amour.. Le coeur est l'organe de l'amour du point de vue du ressenti, du point de vue phénoménologique (si l'on veut utiliser un terme savant).

Donc la question initiale n'a pas beaucoup de sens, même si elle est finalement assez intéressante dans ce qu'elle permet de dégager... Une question pourrait être: quel est l'organe le plus important dans la sexualité et la réponse tantrique serait: tout le corps, plus la rencontre des âmes et des esprits.. La sexualité tantrique c'est avant tout un alignement des énergies du sexe, du cœur et de l'âme.. Lorsqu'il y a union de ces trois aspects entre les deux partenaires, alors on entre dans un autre espace, hors du temps, ce que la bible appelle le Royaume de Dieu et que l'on décrit sous la forme d'extase cosmique dans le tantra..
Evidemment, un neurobiologiste vous dira que tout cela est le fruit d'une activité neuronale intense dopée par des neur de la dopamine, de la sérotonine et de la cytosine, et vous expliquera les centres du cerveau impliqués dans cette union. Mais cela ne vous dira rien sur ce que vous ressentirez vous!! Il ne pourra pas vous faire toucher du doigt cette impression d'orage interne qui s'exprime lors d'une montée extatique.. ça, il faut le vivre.. La bonne nouvelle c'est que tout le monde peut le vivre. Je peux le constater autour de moi..