samedi 25 avril 2009

L'homme est il condamné à désirer

Le désir est un élément essentiel de la sexualité. Voici un texte issu d’un devoir de philo d’un lycéen de terminale S, Henrax, 16 ans. Le sujet était simplement “l’homme est-il condamné à désirer”. J’ai trouvé le texte si pénétrant et le développement tellement bien fait pour un jeune de cet âge, que je lui ai demandé la permission de le mettre sur ce blog.. Une remarque: il faut interpréter “l’homme” comme “l’être humain”... J’aurais ensuite deux ou trois petites remarques que je publierai dans un autre billet sur ce blog..

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Le désir est un sujet qui, depuis l’aube de la philosophie, porte singulièrement à controverses. Bien que certains, tels Calliclès, opposés à Socrate dans le Gorgias de Platon, prônent le désir et le fait de « donner à chaque désir qui pourra lui venir la plénitude des satisfactions », le désir, généralement considéré comme l’expression d’un manque, est couramment critiqué et combattu par les sagesses et philosophies de l’Histoire. Ainsi, Schopenhauer affirmait dans son ouvrage Le Monde comme volonté et comme représentation : « Tant que nous sommes sujet du vouloir, il n’y a pour nous ni bonheur durable ni repos ».
Nous allons voir ici si ce combat a raison d’être et s’il peut être remporté, c’est-à-dire si l’homme peut s’échapper du désir ou s’il est condamné à désirer, et dans ce dernier cas, quelles sont les modalités de cette condamnation et en quoi ce terme est à nuancer. Nous verrons dans un premier temps en quoi l’anéantissement du désir est un objectif raisonnable, puis en quoi le désir est fondamental chez l’homme. Enfin, nous verrons dans quelle mesure il est possible de le maîtriser et le dépasser pour agir selon le bien et accéder au bonheur.

Avant toute chose, il convient de définir le désir, et de le séparer de termes que le langage courant a tendance à lier. Dans une lettre adressée à Ménécée, Epicure écrivit : « Il faut se rendre compte que parmi nos désirs les uns sont naturels, les autres vains, et que, parmi les désirs naturels les uns sont nécessaires et les autres sont naturels seulement. » La distinction se fait donc dans le rapport à la nature, à l’être en-soi constitutif de l’homme. Les désirs naturels sont ceux de ce dernier, c’est-à-dire les besoins. Ceux-là nous sont salutaires et les nier n’aboutirait qu’à notre mort. De plus, ils sont limités par leur propre réalisation, ils n’ont comme seule fonction que de provoquer le rétablissement de l’équilibre du corps.
A eux s’opposent les désirs, ou désirs vains selon Epicure, qui sont quand à eux motivés par nos émotions, notre raison, en d’autres termes notre conscience. C’est celle-là, intentionnelle comme le montre Husserl dans ses méditations, qui nous pousse à désirer. On retrouve cette idée dans l’idée de « cristallisation » expliquée par Stendhal dans son roman De l’Amour : ce sont les projections de notre esprit qui confèrent aux objets la capacité de nous satisfaire. L’exemple qu’utilise Sartre dans l’Être et le Néant est très parlant : « C’est parce que je m’attends à trouver quinze cents francs que je n’en trouve que treize cents ». Encore une fois c’est l’intentionnalité de la conscience qui provoque en moi des attentes desquelles découlent des déceptions.C’est donc sur cet aspect du désir, spécifique à l’être humain, que notre réflexion va se porter.

Il est possible de considérer ce type de désir comme un obstacle vers le bonheur. En effet, Pascal dans sa pensée 172 écrit : « Ainsi, nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais ». En effet, le désir est continuellement tourné vers l’avenir, et par là même passe à côté du bonheur, qui lui ne peut être vécu que dans le présent. En créant une distorsion temporelle avec la réalité, le désir m’éloigne de moi-même et me projette, d’où une tristesse quand je me rends compte que les choses ne se passent pas comme je l’avais imaginé.
Epicure prône également le rejet pur et simple du désir (tel que nous l’entendons). En effet, selon lui, le malheur de l’Homme est la conséquence des deux fléaux que sont le désir et la peur. Il lui suffit de se rendre compte que ces troubles sont des productions imaginaires pour être guéri. C’est la fonction de la philosophie selon Epicure, et donc un esprit philosophe est heureux, épanoui, dénué de tout désir. En ne satisfaisant que les besoins naturels nécessaires, le sujet est en aponie, c’est-à-dire la plénitude totale d’un corps satisfait : « toute l’agitation de l’âme tombe, l’être vivant n’ayant plus à s’acheminer vers quelque chose qui lui manque, ni à chercher autre chose pour parfaire le bien-être de l’âme et celui du corps ». Il suffit donc pour lui de se rendre compte et d’être convaincu que les désirs sont vains (vides de sens) pour en être détaché, et pouvoir atteindre la plénitude.

Le bouddhisme est nettement plus radical à propos du désir puisqu’il recommande le non-désir, c’est-à-dire le détachement total vis-à-vis du monde. Le désir, ou Samudaya, est une des « Quatre nobles vérités » qui constituent l’enseignement de Bouddha. Or, elle à l’origine de la Dukkha, ou souffrance. Cette dernière représente l’impermanence du monde, à laquelle le désir s’attache et qui implique nécessairement des déceptions puisque rien ne reste dans ce qui est. Walpola Rahula, dans son ouvrage L’enseignement du Bouddha fait la description suivante du bouddhiste réalisé : « Un vrai bouddhiste est le plus heureux des êtres. Il n’a ni crainte ni anxiété. Il est toujours calme et serein. Ni les bouleversements, ni les calamités ne peuvent le troubler. » La vision bouddhiste s’approche de celle de Pascal puisque la Samudaya naît de la projection de nos désirs dans le futur qui se font aux dépends de la vie présente, que le bouddhisme tente de retrouver.

Le désir peut donc être considéré comme un obstacle à supprimer ou à dépasser pour atteindre le bonheur, la sérenité, le Bien. Cependant, cela peut s’avérer compliqué voire impossible car le désir est fondamental chez l’Homme, et ce dernier ne peut s’en détacher. Nous allons voir dans quelle mesure le désir est consubstantiel à l’être humain.
Le principal défenseur du désir en tant que essence de l’Homme est Spinoza. En effet, selon lui, toute existence tend à persévérer, c’est-à-dire à se maintenir dans son être. A l’origine de cela est le conatus, dont le désir est une détermination particulière (puisqu’il est conscient de lui-même). C’est donc une pulsion de vie, essentielle dans la vision déterministe de Spinoza. Or selon lui le conatus de chaque chose est ce qui fait son essence, il écrit ainsi dans Ethique III : « L’effort par lequel toute chose tente de persévérer dans son être n’est rien de plus que l’essence actuelle de cette chose. » De fait, le désir étant une détermination de cet « effort de persévérer dans son être » propre à l’homme, on peut lire dans le même ouvrage : « Le désir est l’essence même de l’homme, en tant qu’elle est conçue comme déterminée, par une quelconque affection d’elle-même, à faire quelque chose. » Le désir est donc ce qui définit l’homme en tant que tel. Nous retrouvons cette pensée chez le spinoziste André Compte-Sponville, qui écrit dans son Dictionnaire philosophique : « Le désir n’est pas un accident, ni une faculté parmi d’autres. C’est notre être même, considéré dans « sa puissance d’agir et sa force d’exister ». C’est dire qu’il serait absurde ou mortifère de vouloir supprimer le désir. »

Cependant, cette vision du désir n’est pas uniquement déterministe puisqu’on la retrouve chez Sartre, qui lui aussi la considère comme partie intégrante de la condition humaine. En effet, nous avons déjà dit que le désir est la conséquence de l’intentionnalité de la conscience. Or celle-ci est tendue vers l’en-soi, qui manque à l’être-pour-soi. Il est dit dans l’Être et le Néant : « Le pour-soi est l’être qui est à soi-même son propre manque d’être. Et l’être dont manque le pour-soi, c’est l’en-soi. » la conscience désire avoir la réalité effective de l’en-soi tout en restant libre et consciente. En d’autres termes, elle vise l’en-soi-pour-soi. Sartre écrit dans le même ouvrage : « C’est pourquoi le possible est pro-jeté en général comme ce qui manque au pour-soi pour devenir en-soi-pour-soi, c’est-à-dire l’idéal d’une conscience qui serait fondement de son propre être-en-soi par la pure conscience qu’elle prendrait d’elle-même ». Or cet idéal est ce que l’on appelle Dieu : « L’homme est fondamentalement désir d’être Dieu ». Le désir est donc fondamental chez le pour-soi, donc chez l’humain, car indissociable de la conscience qui tend vers la perfection, à la recherche de son complément, à savoir l’en-soi. Cette vision d’un désir comme marque de ma nature imparfaite visant la perfection du divin peut se rapprocher de celle de Descartes, qui écrit dans ses Méditations métaphysiques : « Comment serait-il possible que je doute et je désire, c’est-à-dire qu’il me manque quelque chose, si je n’avais en moi l’idée d’un être plus parfait que le mien, par la comparaison duquel je connaîtrais le défaut de ma nature. » à laquelle Sartre ajoute l’intentionnalité de la conscience husserlienne.

Enfin, on peut constater l’idée du désir comme essence de l’Homme dans la psychologie. En effet, Freud écrit dans son ouvrage L’interprétation des rêves que « seul le désir peut pousser au travail notre appareil psychique ». Il décrit donc lui aussi le désir comme étant le moteur qui nous permet d’agir et qui donc définit l’être-pour-soi. Cependant, selon lui, le désir est un désir de retour à l’inanimé, à la mort, et c’est ce qu’il désigne sous le terme de pulsion. Ce désir de mort est irréductible à la vie psychique, et donc à l’humanité. Leibniz défend lui aussi la thèse du désir comme moteur de l’activité humaine et donc de sa dissociation du reste du vivant. Il écrit dans Nouveaux essais sur l’entendement humain « L’inquiétude qu’un homme ressent en lui-même par l’absence d’une chose qui lui donnerait du plaisir si elle étant présente, c’est ce qu’on nomme désir. L’inquiétude est le principal pour ne pas dire le seul aiguillon qui excite l’industrie et l’activité des hommes ». La publicité par exemple, sollicite notre désir dans le dessein de nous faire agir afin d’acquérir tel objet. Sans désir, sans effort de combler le manque créé par l’esprit, il n’y a pas d’action : « il ne sent pour cette action qu’une pure velléité ».

Nous avons donc vu que le désir est fondamental chez l’homme car il est le moteur de son activité, et donc constituant de la condition humaine. L’homme est donc fondamentalement désirant. Cependant, le terme « condamné à désirer » impliquerait qu’il n’a pas de contrôle, qu’il doit se plier à ce désir qui le dépasse, qu’il n’y a pas de liberté et de bonheur possible. Or nous allons voir dans quelle mesure il est possible et important de maîtriser ce désir, ou comme le dit Compte-Sponville dans son Dictionnaire philosophique « le transformer, l’orienter, le sublimer parfois ».
Nous avons vu que le désir est fondamental dans son sens de « poussée », de moteur de l’humanité. Or les désirs ne portent pas nécessairement sur des objets qui dépendent de nous, c’est-à-dire qui nous permettent d’influer sur la satisfaction ou non de ce désir. Désirer un objet qui ne m’est pas accessible, c’est se livrer à la souffrance et constitue un obstacle au bonheur. C’est ce contre quoi lutte le Stoïcisme et Epictète écrit dans ses Pensées « si tu désires quelqu’une des choses qui ne sont pas en notre pouvoir, tu seras nécessairement malheureux ». C’est également ce que préconise Descartes dans son Discours de la méthode en écrivant « Tâcher plutôt à me vaincre que la fortune et changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde ». La souffrance inhérente au désir n’est donc pas une fatalité puisque si j’accepte les faits en estimant avoir fait ce dont j’étais capable, je ne serais plus déçu car je ne m’en remets plus au sort mais à moi-même, et ainsi je suis tributaire de mon propre bonheur. Le désir, ainsi maîtrisé, peut mener au bonheur.
Ensuite, il est possible d’orienter son désir. Platon distingue deux aspirations chez l’Homme dans son ouvrage Phèdre : l’une vers le plaisir (innée et déraisonnable) et l’autre vers le meilleur (acquise et rationnelle). Or il faut équilibrer ces deux aspirations, afin de ne pas oublier le plaisir (qui, selon Epicure, correspond au bonheur) sans lequel la vie perd nettement de sa saveur et de ne pas non plus y céder. La raison est d’ailleurs le maître mot lorsqu’il s’agit de tempérer le désir. Kant notamment écrit dans Conjectures sur les débuts de l’histoire humaine « Le fait de rendre une inclination plus forte et plus durable, en retirant son objet aux sens, dénote déjà une suprématie consciente de la raison sur les inclinations ». La raison est donc ce qui permet de dominer le désir, et de le sublimer puisqu’il écrit par la suite « le refus fut l’habile artifice qui conduisit l’homme des excitations purement sensuelles vers les excitations idéales, et peu à peu du désir animal à l’amour. » Le désir, s’il est sujet à la raison, est donc un témoin de la supériorité humaine, par tous les procédés qu’il implique. Enfin, pour Spinoza, seul le désir issu de la raison est valable, puisqu’il est toujours désir du bien. En effet il écrit dans Ethique III « sous la conduite de la Raison, nous recherchons de deux biens le plus grands, et de deux mots le moindre » et « Par le Désir qui nait de la Raison, nous poursuivons le bien directement et nous fuyons le mal indirectement ». Sous l’éclairage de la raison, l’homme n’est plus tant dans les plaisirs que dans la joie et la béatitude, celle du sage, de l’homme adéquat de Spinoza.

Nous voyons donc que, non content de dénuer le désir de toute la souffrance qu’il tend à infliger, il est également possible de l’assujettir et de l’orienter vers le Bien, collectif ou individuel, et vers le bonheur. Il est même possible de dépasser ce désir et de se libérer de son emprise, non pas en tant que telle, mais en prenant conscience de sa nature illusoire. C’est notamment le cas de Swâmi prajnânpad, un sage Indien du 20ème siècle, qui s’inscrit dans les sagesses traditionnelles tout en prenant en compte les travaux de Freud. Il ne nie donc pas la nature essentielle du désir, mais selon lui, il faut aller jusqu’au bout de la satisfaction, le satisfaire complètement et en conscience, afin d’en être libéré. Son élève Daniel Roumanoff écrit dans Svâmi Pajnândad, un maître contemporain : « Essayez de satisfaire le désir le plus que vous pouvez. Si vous pouviez vous donner entièrement, fût-ce une fois, vous seriez libre immédiatement ». La satisfaction d’un seul désir nous permet de nous rendre compte de sa nature illusoire et de s’en détacher. Cela permet de retrouver un lien avec le présent, de sortir de ce que critiquait Pascal, de vivre perpétuellement dans le futur ou en regrettant le passé. C’est ainsi que nait la sagesse, en dépassant le désir, en perçant sa nature illusoire. Bien entendu, le désir sommeille toujours en nous et nous pousse à agir comme nous l’avons déjà vu, la pulsion de vie reste présente, mais le sage est comme quelqu’un qui serait toujours agréablement surpris, qui n’attend rien de la vie mais qui tend vers, en étant détaché vis-à-vis du monde.
Mais l’idée d’un dépassement du désir ne se trouve pas simplement dans les sagesses orientales, puisqu’on la retrouve chez Hegel. Ce dernier montre que tout désir est fondamentalement désir de reconnaissance. Parce que seul l’autre, en me reconnaissant comme conscience, et assurant de ce fait le pour-soi dans l’en-soi, peut subvenir à mon désir comme nous l’avons vu avec Sartre. Dans la dialectique du maître et de l’esclave, décrite dans son ouvrage Phénoménologie de l’esprit, Hegel montre que le jeu du désir est une lutte à mort, car chacun, dans sa quête de reconnaissance, tente de nier l’autre pour être le seul à exister, pour pouvoir être pleinement. Cette lutte aboutit à un esclave, celui qui a préféré être asservi que de mourir, et qui donc est dominé par des instincts primaires, et le maître, qui lui a risqué sa vie jusqu’au bout et qui gagne la reconnaissance de l’autre. Cependant, cette reconnaissance n’a plus de valeur puisqu’elle provient d’un être qui lui-même n’est plus reconnu, qui n’est plus « désirable ». Comme l’écrit Alexandre Kojève dans Introduction à la lecture d’Hegel, « Désirer un désir c’est vouloir se substituer soi-même à la valeur désirée par ce désir ». Le maître n’a donc plus de désir envers l’esclave, puisque il ne veut pas se substituer à lui. Conséquemment, personne ne trouve son compte et les deux partis restent foncièrement insatisfait. Au final, c’est même le maître qui devient dépendant de l’esclave, qui lui apporte un confort matériel qu’il n’est pas à même de s’offrir. A contrario, par le travail, l’esclave va prendre conscience de son humanité. Il faut donc sortir de la lutte et la domination pour se retrouver soi-même et trouver le véritable objectif du désir : sa propre humanité. Le désir n’est donc pas à nier mais il faut le dépasser pour être réellement heureux (dans le sens hégélien du terme Aufhebung, ce qui dépasse et conserve à la fois).

Nous pouvons donc dire que le désir est un attribut inhérent à l’homme, et il est donc « condamné » à désirer. Cependant cette condamnation n’est pas à prendre de façon négative puisque, bien que le désir soit, comme nous l’avons vu, un obstacle de taille contre le bonheur de par son aspect hors du présent, il est possible de l’orienter vers le Bien. En effet, le désir est avant tout un moteur, une pulsion, et il n’en tient qu’à nous de la maîtriser de telle manière que nous agissions selon le bien. De plus, il est possible de dépasser ce désir et de sortir de son étau. Ainsi, nous pouvons nous retrouver dans le présent et prendre conscience de notre humanité. Se recentrage dans la réalité dans toute sa splendeur, cette compréhension de la beauté du monde nous amène naturellement au bonheur, car nous sommes détachés des craintes et des plaisirs. Le désir ne constitue plus un «trouble de l’âme» selon Epicure et nous permet d’avancer dans la béatitude.

Henrax

vendredi 10 avril 2009

Catherine Solano: Une sexologue fun et sans tabous


Lors de l'émission Bien-être, animée par la délicieuse Charlotte Savreux, qui passera le mercredi 15 avril sur Direct8, j'ai rencontré Catherine Solano. Médecin, sexologue, elle a écrit de nombreux livres pour aider chacun à avoir une sexualité plus épanouie. Je vous conseille en particulier son site: http://www.pannes-sexuelles.com/ qui porte, comme son nom l'indique, sur tous les petits problèmes sexuels que l'on peut rencontrer : panne d'érection, éjaculation précoce, frigidité, etc..
Je vous conseille aussi ses livres, car son approche de la sexualité est faite de légèreté et de profondeur, d'humour et de simplicité.. Elle prône une sexualité, vivante, débridée, chaleureuse, créative, simple et sans tabous. Je suis tout à fait en accord avec ce qu'elle dit et écrit..

En effet, la sexualité, ce n'est pas seulement un plaisir, ou une décharge hygiénique, c'est, comme je le dit souvent sur ce blog, l'un des moyens les plus simples pour entrer dans des espaces d'union avec l'autre, avec la nature, avec la Vie, et donc l'une des activités les plus transformatrices de l'être. Mais tout cela peut se faire avec légèreté et humour.. Le sexe c'est fun!

jeudi 29 janvier 2009

La voie d'Eros


Qu’est ce qui est le plus près de l’élan spirituel, qui nous fait oublier nous mêmes pour nous pousser à nous tourner vers quelque chose qui est au delà de nous mêmes? Qu’est ce qui nous fait peur, nous attire, nous inspire et nous impulse dans une grande part (pour ne pas dire la totalité) des activités de notre vie? l’élan sexuel tout simplement.

Le sexe est une pulsion de vie qui a besoin de la relation pour exister. Cela n’est pas vrai pour la faim ou la soif par exemple que l’on peut épancher seul. Mais le sexe n’existe pas sans la relation à autrui. Même la masturbation met en jeu l’autre dans le fantasme ou la vision d’images érotiques. Le sexe n’est pas non plus un besoin: on n’a pas besoin d’avoir de relations sexuelles pour vivre. Même si une sexualité épanouie transforme n’importe quel être triste et gris en une personne joyeuse et colorée, elle n’est pas nécessaire à notre survie. Sans le sexe, les moines et les nonnes vivent. Et pourtant, sans la sexualité de nos ancêtres, sans toutes les relations complexes qui ont existé – certaines dures, d’autres tendres – entre nos parents, nos grands-parents, nos arrières-grands-parents, nous n’existerions pas. Sans le désir sexuel qui a amené nos aïeuls les uns vers les autres, nous ne serions pas de ce monde. Nous sommes le fruit du désir entre un homme et une femme.

Cette attirance est complexe, car elle est à la fois le résultat d’une différenciation, un homme est attiré par une une femme et réciproquement (je me consacrerai ici à la sexualité hétérosexuelle), et d’une union. De ce fait, la sexualité procède d’un double mouvement, un mouvement de distinction suivi d’une union.
Le sexe est d’abord affaire de séparation et de différenciation... La sexualité ne met pas en jeu deux individus, mais un homme et une femme, c’est à dire des personnes typées dans leur genre sexuel (le gender anglais). Dans le tantra, cette séparation est poussée jusqu’à son extrême puisque l’homme devient Shiva et la femme Shakti, c’est à dire le Dieu et la Déesse. Evidemment personne ne vient à penser que l’on devient réellement des dieux ou des déesses, mais cela permet d’aller dans les profondeurs de la psyché, là où nous rencontrons les puissances de l’inconscient collectif. En fait, c’est l’archétype du dieu, ou celui de la déesse, qui vient nous habiter lors d’une rencontre tantrique sacrée. Cette reconnaissance du divin à l’intérieur de nous a deux fonctions: d’une part cela nous fait sortir de nos petites habitudes quotidiennes en nous plongeant dans un espace sacré, et d’autre part cela nous aide à transcender notre identité égotique et nous faire accéder à une perception plus fine de l’autre, de soi et du Kosmos. On peut dire que la sexualité nous polarise dans notre genre, qu’elle nous rend encore plus homme ou femme que nous ne le sommes dans la vie de tous les jours. Si au travail et dans grand nombre d’activités de la vie civile nous pouvons faire en sorte de nous côtoyer en mettant à l’écart notre genre, en laissant croire que nous sommes “unisexe”, provenant d’une sorte de genre “gris” ni homme ni femme, cela n’est pas vrai dans la sexualité où la rencontre repose justement sur cette différence.

Mais la sexualité ne s’arrête pas à la distinction et à la polarisation sexuée, car elle est suivie d’un mouvement contraire qui pousse à l’union: dans l’acte d’amour, l’homme et la femme s’unissent et se fondent l’un dans l’autre pour ne faire plus qu’un. Ils étaient deux, ils ne sont plus qu’un. Mais dans cette rencontre, les deux partenaires ne sont pas le symétrique l’un de l’autre: la femme n’est pas un homme inversé. Ils ne jouent pas le même rôle, ils ne tiennent pas la même place dans cette danse de la vie. En effet, l’étreinte charnelle, le coït, ne s’effectue pas à mi chemin entre l’homme et la femme, mais dans la femme. La femme accueille l’homme en elle et, dans sa polarité yin, s’ouvre à la puissance de l’homme. Son sexe est la coupe, le Graal des chevaliers, celle qui appelle et reçoit l’autre en elle. Le sexe de l’homme est un bâton qui vit à l’extérieur, et en tant que tel constitue le trait d’union entre les deux. La coupe appelle le bâton, le bâton a besoin de la coupe. Lorsque l’union s’accomplit la femme reçoit et l’homme donne par son sexe.
On croit souvent que l’homme “prend” la femme, et c’est souvent ce qui se passe. Mais lorsque l’union est véritable, lorsque l’acte d’amour constitue la rencontre totale des corps, des coeurs et des âmes, l’homme ne prend plus la femme: il lui fait don de sa puissance. Et son sexe est alors l’émetteur de cette énergie sexuelle, qui passe dans le sexe de la femme et qui allume la poudre du désir chez la femme.

Inversement, quand l’union est vraiment réalisée, le coeur de l’homme, qui est de polarité yin, peut recevoir l’amour de la femme qui donne naturellement son amour à l’homme, et l’énergie relationnelle de la femme passe de son coeur à celui de l’homme qui est ainsi rempli de l’amour de la femme, comme celle-ci l’est de l’énergie sexuelle de l’homme. Il s’ensuit une boucle énergétique qui unit les deux êtres, ouvre leur âme et leur fait accéder à la transcendance.
Pendant un moment, parfois long, souvent trop court :- ), deux êtres vont alors au delà de leur personne, de leur individualité pour aller justement dans leur être profond, et s’unir en revivant et recréant les origines. L’acte d’amour est un acte de création, car il est potentiellement à l’origine d’une autre vie, et de re-création car il accomplit ce que tous nos ancêtres ont toujours fait depuis des millénaires.. C’est en cela que l’acte sexuel est sacré: il rejoue la création du monde (lire Mircea Eliade à ce sujet), il rejoue la Vie qui se cherche dans cette différenciation/union.
Faire l’amour intensément, ce n’est pas jouer les jeux olympiques du sexe en contrôlant ce que l’on fait pour être plus “performant”, mais s’unir au niveau des énergies du corps, du coeur et de l’esprit. Lorsque l’union est intense, les gestes ne sont plus contrôlés. Le rythme est variable, parfois frénétique, parfois aussi lent et léger qu’une plume. Tout se passe comme si les corps n’étaient plus contrôlés, comme s’il n’y avait plus de “moi” pour maitriser et comme si les corps étaient “agi” de l’intérieur par cette pulsion de vie liée au mouvement énergétique qui relie l’homme et la femme en une danse cosmique. Les mots alors ne peuvent plus décrire ce qui se passe. On entre dans le domaine de l’ineffable, ce qu’on traduit par les qualificatifs de “magique” ou “cosmique” tout simplement parce que les mots n’arrivent plus à rendre compte de l’expérience vécue. Dans cette union, c’est la pénétration qui transforme si on sait accueillir l’énergie pénétrante de l’autre, si la femme sait accueillir la puissance sexuelle de l’homme et l’homme la puissance d’amour de la femme. A ce moment là, le circuit énergétique se met en place, le sexe de la femme appelle et le coeur de l’homme s’ouvre, les plongeant l’un et l’autre dans l’extase...
La rencontre amoureuse, si elle est ainsi faite en conscience, dans le sacré et l’ouverture à l’autre est alors l’une des voie les plus puissantes d’éveil... C’est la voie d’Eros...

Crédit: Le dessin illustrant ce billet est de Marco: marco2.0.free.fr

dimanche 25 janvier 2009

L'extase divine: une voie féminine vers l'éveil

Deux événements me poussent à écrire cet article: d’une part le dernier exemplaire du monde des religions, qui porte sur “la femme dans les religions”, et le dernier commentaire de Dominique D. à mon post “La tragédie de l’homme”, avec lequel je suis tout à fait d’accord. Il écrit:
J'ai lu en diagonale un article de Andrew Cohen, que certains considèrent comme un enseignant spirituel, que les femmes avaient un égo plus fort que les hommes.
En effet, Andrew Cohen dit, dans le magazine What is Enlightment sur le développement spirituel des femmes que les femmes ont une plus grande réticence que les hommes à aller au delà de l’ego... En fait, c’est surtout dû au fait qu’Andrew Cohen ne comprend rien à l’essence du féminin, et qu’il ne connait que la manière yang du dépassement, la voie de l’action et de l’héroïsme, avec le risque, comme je l’ai dit dans un autre post “Andrew Cohen à 50%” (sur un autre blog “visionsintegrales”) d’avoir oublié le féminin :
Il [Andrew Cohen] manque à son système de développement spirituel la moitié de l’histoire, à savoir le féminin dans toutes ses dimensions d’extase, d’amour, et de compassion, féminin qui apparaît comme totalement absent de son enseignement, voire explicitement rejeté.
En fait il se coupe d’une dimension fondamentale qui est celle de l’accueil de l’autre en soi, la réception du divin dans son coeur et son corps. D’ailleurs l’article de la conversation entre A. Cohen et K. Wilber (The Pandit and the Guru) sur les femmes serait à pleurer de rire si ce n’étaient pas des enseignants spirituels aussi chevronnés. (note: j’adore profondément le travail de Ken Wilber, mais lui aussi, la seule faille dans son système concerne la relation et le féminin, même si c’est moins fort que pour A. Cohen.. Au moins K. Wilber a pour lui le fait qu’il adore les femmes, et que, lorsque ces femmes sont vraiment authentiques, avancées et féminines, il est capable d’être bougé et interpellé par ce féminin. Cf. son livre “Grace and Grit” qui m’a profondément ému).

Dans l’article Les grandes mystiques, paru dans le numéro 33 du “Monde des religions”, Ysé Tardan-Masquelier, rappelle que Thérèse d’Avila affirmait ”Il y a beaucoup plus que femmes que d’hommes favorisés par ce genre de grâce” et elle parlait là d’extase mystique. D’autres personnes sont citées à l’appui pour montrer que les femmes dans le domaine de la spiritualité sont au moins aussi capables que les hommes (voire sinon plus) d’avancer dans le domaine spirituel, à condition d’employer bien évidemment le chemin qui leur convient. Thérèse d’Avila, en tant que femme et mystique a exploré la voie féminine de l’extase mystique, celle qui passe par la réception du divin en soi.. Voie tellement évidente pour nombre de femmes.. J’ai en effet rencontré plusieurs femmes qui par la pratique tantrique mettant en jeu la réception de l’autre en soi (combinaison de pratiques sensuelles, énergétiques et spirituelles), peuvent atteindre des niveaux très profond d’extase mystique, de dissolution et de fusion avec le divin, des états situés très nettement au-delà de l’ego.. Le nombre de femmes se connectant au divin par la voie de l’extase semble bien supérieur aux hommes. Et d’ailleurs, comme je l’ai dit dans mon post précédent, c’est en développant leur part féminine, de réception et d’accueil du divin en soi, que les hommes atteignent ces niveaux, en devenant des “hommes creux” comme peuvent l’être les chamanes amérindiens (comme le rappelle Dominique D. dans son commentaire), ou être un bambou creux comme le rappelle Tilopa (voir le livre d’Osho : “Tantra Suprême sagesse” dont un résumé et extrait se trouve sur ce site et dont l’importance pour le développement spirituel est rappelé par Sudheer). Tilopa dit en effet:
Devenez comme un bambou creux, sans rien à l’intérieur alors les lèvres du Divin sont sur vous, le bambou creux devient flûte et le chant s’élève, c’est le chant du Mahamudra.
Devenez totalement réceptif, ouvert, sans rien dedans, c’est à dire sans ego et sans mental, et naturellement le divin joue en vous comme un musicien joue de la flûte et cet état correspond à un Grand Orgasme avec l’Univers.

Pour un homme, parvenir à cet état de réceptivité, est souvent précédé d’une lutte initiale avec le mental, et résulte d’un grand travail pour aller au delà de l’ego.. Pour la femme, c’est beaucoup plus simple. Elle connaît intuitivement (si elle a une sexualité épanouie) l’attitude à adopter pour s’ouvrir intérieurement et accueillir l’autre en soi. Il s’agit simplement de se connecter à son centre, son « utérus » (mauvaise traduction de “womb” mais je n’ai pas mieux) et sa yoni (son sexe), et d’aller au plus profond d’elle-même, en s’ouvrant dans un relâchement total.... c’est à dire en se dissolvant et en s’unissant à l’autre.. Cela peut se faire dans l’acte amoureux, ou bien comme pour Thérèse d’Avila, ou d’autres mystiques femmes, dans l’acte d’union avec le divin, considéré ici comme une composante masculine venant la pénétrer..

L’extase de Thérèse d’Avila est très caractéristique de ce type d’extase divine au féminin. Voici la description de l’une de ses extases sur ce site:
Quelque chose d'insinuant et doux; elle se demandait si ce songe étrange n'était point un avertissement; elle n'a qu'à descendre en elle-même, qu'a creuser son âme et la certitude vient; ce n'est pas le sentiment d'une présence individuelle, c'est une sorte d'enveloppement aussi vague et informe que celui d'une eau la baignant ou d'une lumière diffuse matériellement sentie; pourtant il est rare, incertain, trompe son espoir; mais l'espoir suffit qu'il puisse revenir encore et elle vit jour après jour, le cherchant au fond de son âme; frémissant déjà de pressentir que viendra son impalpable et sereine invasion.
Ce fut d'abord à peine comme un allégement, une sensation fuyante de légèreté; puis tout d'un coup, une suavité dilata sa poitrine; c'était comme une inondation si soudaine que le coeur semblait prêt à se rompre; ses yeux ne voyaient plus; alors la joie l'enveloppe, étreignit ses sens; puis tout s'éfface; mais quelque chose d'inconnu lui demeurait : une sensation d'allégresse, une dilatation d'amour.
L'innéfable la pénétrait, ne faisait plus qu'un avec elle; parfois, elle chancelait sous sa violence; cet amour l'envahissait à flot égal comme une mer qui sans cesse gagne du rivage, ne lui laissait plus rien d'elle-même; quelque chose en elle se dissolvait délicieusement jusque dans sa propre matière; elle sentait une profection toute puissante l'enserrer à jamais sans pouvoir s'y soustraire; l'impulsion de la volonté divine chassait sa propre volonté; elle ne pouvait que lui offrir sa soumission et sa passivité radieuse; il lui arrivait de connaître un tel délice, et une telle crainte que ce délice cessât, qu'elle versait malgré elle des larmes et que la gorge étranglait, elle ne savait plus si elle souffrait ou si elle défaillait de joie.
Ayant vécu l’une de ces extases un jour, alors que j'étais plein d'une grande gratitude envers le divin pour m’avoir accordé le privilège d'avoir connu ce que c'est d'exister, et même si mon extase n’a pas été jusqu’à la pénétration et la fusion avec lui, je connais cette dilatation d’amour profonde, qui s’exprime comme un flux délicieux qui emplit et dilate la poitrine en déversant des flots d’amour.. Je la vécus pendant quelques heures, et de temps en temps cette expérience se reproduit.. Dans ces moments, l’ego disparaît comme s’il n’était plus nécessaire, l’amour prenant toute la place.. Dans cet amour, il n’y a plus de peurs, ni plus de désirs autres que de s’unir au divin... Malheureusement, ces “peak experience” ne durent pas, et bien qu’elles me montrent le chemin de la sagesse et de la compassion, je ne suis toujours pas réellement sage, et je ne vis pas cet amour inconditionnel et sans objet dans la vie de tous les jours... En gros, je ne suis pas candidat à la béatification :- )

Ce que je veux dire ici c’est que l’extase divine est un mouvement féminin. C’est quand je suis dans la gratitude, le coeur ouvert que ces extases apparaissent, pas en cherchant à déboulonner l’ego par des techniques d’humiliation, comme le prônent certains maîtres spirituels, qui d’ailleurs n’ont jamais reçu l’illumination de cette manière... (A lire la description faite par une femme des “tortures mentales” infligées par A. Cohen pour qu’elles dépassent leur ego..).

En fait, les femmes, si elles ne se laissent pas aller à des “préoccupations futiles” pour employer les mots de Thérèse d’Avila, peuvent atteindre rapidement et plus facilement que les hommes des états d’éveil importants. Mais à condition de respecter leur polarité féminine et pas de leur demander d’appliquer des techniques de commando contre l’ego, qui alors réagit naturellement en se durcissant, ou, comme c’est le plus souvent le cas pour les femmes, en se transformant en dépression, voire en maladie somatique.

En fait, comme le dit Dominique D. dans son commentaire:
C'est comme si les femmes étaient plus "souples", et que, ce faisant, comme elles avaient déjà faits 90% du chemin, elles avaient peut être moins d'appétit pour les 10% restants. En d'autres termes, les femmes me semblent beaucoup mieux nanties à la base que les hommes.
Mais comme il y a beaucoup plus de maîtres spirituels que de “maitresses” spirituelles, plus exactement plus d’hommes qui enseignent, parlent et écrivent que de femmes, cette expérience du divin au féminin est peu transmis. Mais cela évolue, et comme de plus en plus de femmes voient leur conscience s’éveiller, par des voies “masculine” parfois, mais aussi de toutes autres manières, elle font profiter le monde de leurs découvertes..

Personnellement, j’aime beaucoup la méditation assise, que je pratique parfois formellement (sur un coussin, etc..) et parfois informellement (rester là, juste là comme dans un arrêt sur image en s’ouvrant à l’instant présent). Ma compagne, Véronique, aime moins que moi la méditation assise qu’elle pratique pourtant très souvent mais qui 1) lui semble difficile, 2) ne comble pas totalement son être.. Elle préfère la méditation au quotidien dans les activités de tous les jours, ou bien dans la danse et bien évidemment dans la pratique tantrique en couple.. Et de nos échanges, il nous est venu comme une évidence qu’il y avait une autre démarche de méditation que celle qui passe par l’immobilité en lotus (il y a aussi les méditations dynamiques d’Osho, mais Osho disait lui-même que ces méditations étaient en fait des techniques de préparation pour les occidentaux qui ne savent pas méditer assis..). Si l’immobilité et le fait de rester témoin de soi-même, comme dans Vipassana, est la voie de la conscience, la voie du coeur peut passer par d’autres formes, comme en témoigne les danses et les mouvements des dervices.
Il s’agit alors, je la cite, de “tenter de mieux percevoir ce qui est spécifique à nos expériences "féminines" de méditation : entre l'assise et le mouvement, entre la conscience et l'ivresse des sens, entre le vide et le délié. ” La plénitude et le vide, l'union divine, mais en reconnaissant Shakti derrière toutes les femmes, c'est à dire la danse de la vie dans toutes ses manifestations..
On est ici bien loin des affirmations à l’emporte pièce d’Andrew Cohen concernant les femmes...

Merci à tous ceux qui écrivent des commentaires.. c’est très nourrissant..

vendredi 2 janvier 2009

La tragédie de l'homme: ne pas connaître le féminin

Je voudrais commencer cette année par une réflexion sur ce qui constitue à la fois la richesse de la différence, mais aussi l’incompréhension entre hommes et femmes. Tout le monde le vit: il existe une incompréhension fondamentale, presque ontologique, entre l’homme et la femme. Cette différence, d’après moi, vient en fait du vécu de l’expérience du yang et du yin, du principe masculin et féminin. L’homme très naturellement, et au plus profond de son être, incarne le principe masculin, et inversement la femme incarne le principe féminin. Chacun est bien entendu un mixte de masculin et de féminin, mais de manière générale, la base de chaque être se situe dans sa propre polarité.
Globalement, le yang, le masculin, se caractérise par l’affirmation, la permanence et la stabilité, la raison qui décompose et délimite, l’objétisation et l’objectivité, la construction par assemblage, la capacité à définir des buts et à s’y maintenir, la puissance, etc.. inversement, le yin est caractérisé par l’accueil, la relation, l’impermanence, la subjectivité et l’intuition, l’engendrement par émanation sans rien faire, le changement et la transformation, la sensualité etc. Pour simplifier, le yang est peut être caractérisé par la puissance projective hors de soi, mouvement allant de l’intérieur vers l’extérieur et le yin est inversement ouverture et incorporation, accueil de l’autre en soi, mouvement allant de l’extérieur vers l’intérieur,
Cette différence est particulièrement vécue dans l’acte sexuel, et tout particulièrement dans la position où l’homme est sur la femme en mouvement, et la femme en accueil de la puissance de l’homme. Cette position, même s’il en existe de nombreuses variantes, est à la fois à la base des polarités de chacun, l’homme est yang et actif, la femme yin et réceptive, mais en même temps une métaphore de deux tragédies ontologiques que vivent l’homme et la femme, chacun dans sa polarité: 1) la tragédie de l’homme c’est de ne pas connaître l’extase féminine, et 2) la tragédie de la femme c’est de croire que le bonheur extatique qu’elle vit, qu’il soit du coeur ou du sexe, dépend de l’homme.

Dans ce post, je ne parlerai que du premier point, et je parlerai du second dans un prochain post..

Ne pas connaître l’extase du féminin.
Le plaisir le plus intense n’est pas le plaisir sexuel, issu uniquement de l’orgasme des parties génitales. Pour l’homme comme pour la femme, le plaisir lié à l’orgasme du frottement (pénis ou clitoris), même s’il procure un certain plaisir, est limité en intensité et en temps. Dès que c’est fini, on revient dans l’état dans lequel on était auparavant. L’orgasme dans ce cas ne transforme pas: il permet juste de connaitre quelques instants fugaces de plaisir. C’est un peu la “bande annonce” du divin: une petite page de publicité pleine de promesse, mais réduite à quelques secondes. Et pourtant que de déchaînements pour ce plaisir, que de furies, de viols et de meutres ont été causés pour ces si courts et si limités instants. Seuls les amoureux, pendant quelques semaines voire quelques mois, connaissent un autre plaisir, proche de l’union divine dont je parle plus loin. Mais cela ne dure qu’un temps, le temps de la passion... pour retomber rapidement ensuite, avec parfois d’autres emportements, jalousie ou haines.

Mais à côté de ce plaisir sexuel limité, des mystiques ont découvert qu’il y avait un autre plaisir, plus profond, plus intense, plus nourrissant, proche et différent de la sexualité. Ce plaisir “extatique” qui emporte l’être, fait perdre les limites du corps, ouvre le coeur et unité au cosmos provient du divin, de l’union à Dieu. Il s’exprime comme une perte du moi, un sentiment de dissolution “océanique” lié à un amour profond envers tous les êtres. Les mystiques en parlent parfois avec des mots d’amour, souvent d’ailleurs, et on y reviendra, en se mettant en position féminine vis à vis du divin, comme une amoureuse recevant son bien aimé.

C’est pour cela que les religions monothéistes, patriarcales, ont limité l’importance du sexe en en faisant un péché lorsqu’il n’était pas destiné à la reproduction et en contraignant les règles de constitution des couples. Il est préférable de contraindre le plaisir du corps, pour n’autoriser que le plaisir mystique de l’union à Dieu

Beaucoup de chercheurs mystiques (seekers) hommes sont en quête de cette union là, au travers de la perte d’individualité pour atteindre à l’extase et à l’oubli de soi. Nombreux sont ceux qui l’obtiennent par la méditation, notamment les méditations Jhana, fondées sur l’absoption. D’autre l’obtiennent par d’autres voies: prière, dévotion, service aux autres, etc.. Dans tous les cas, il y est question d’un dépassement de l’ego, d’une perte d’individualité, d’un oubli de soi lié à une union avec les autres (“aime les autres comme toi-même”) ou avec Dieu.

Bizarrement, j’ai remarqué qu’assez peu de femmes recherchent cet état avec la rage et la passion que mettent les hommes dans leur quête.. Et comme la littérature spirituelle est surtout masculine, tout ce qu’on peut lire parle du dépassement de l’ego, a surtout été écrit par des hommes pour des humains, en croyant que nous étions fait pareils, hommes ou femmes. Et parfois, les maîtres spirituels se sont plaint du peu de capacité des femmes à entrer dans cette voie de dépassement de l’ego. Mais je pense que cela vient surtout de leur très faible capacité à comprendre réellement la psychologie féminine.
En discutant et vivant avec des femmes tantriques, je me suis rendu compte qu’au contraire, cet état d'union cosmique leur est beaucoup plus naturel qu’à nous. Si elles sont assez bien avec leur corps et leur sexualité, et s’il elle sont avec un compagnon à la fois puissant et en relation, elles connaissent dans la sexualité des états qui utilisent les mêmes mots et qui donnent l’impression (même s'il est toujours difficile de comparer des ressentis et expériences subjectives de l’extérieur) d’être très proches des expériences mystiques. Cela ne signifie pas qu’elle atteignent des extases aussi profondes chaque fois qu’elles font l’amour, mais qu’il leur arrive relativement fréquemment, dans une union sexuelle épanouie, d’atteindre de tels niveaux. En d’autres termes, les femmes peuvent connaître par la sexualité des expériences de même nature que les mystiques, sans recourir à des pratiques très complexes ni très difficiles... Je ne dis pas que toutes les femmes connaissent de telles extases, mais qu’il y en a beaucoup plus qui atteignent de telles extases que d’homme par l’ascèse et la méditation.

Comment cela est il possible? En fait d’après moi, la raison est toute simple: l’union extatique provient simplement de la polarité yin de l’extase divine. C’est en allant profondément dans l’accueil, la réception, le relâchement, que l’effet extatique d’union cosmique se produit. Comme le disent les mystiques: “il n’y a rien à faire” et même “faire” devient un obstacle à cette expérience. Dès que l’on cherche à faire, l’extase disparaît, le sentiment de reliance avec les autres et l’univers disparaît, le coeur se ferme. C’est uniquement dans l’accueil, dans la dissolution du moi que s’effectue cette transformation dont on n’est pas maître. C’est donc en allant profondément dans son féminin que la femme vit “naturellement” l’expérience du divin. Plus elle à confiance en son compagnon et plus elle le sent présent à elle, plus elle peut aller profondément en elle, vers son être profond, plus elle se connecte avec son intériorité physique (sa “grotte sacrée” ou “womb”) et psychique, son âme, plus elle peut recevoir la puissance de son partenaire, plus elle peut faire l’expérience de cette union qui s'exprime à la fois vis à vis de l'univers, mais aussi vis à vis de son compagnon. C'est alors la réelle Union Cosmique, où l'homme et la femme ne font plus qu'un, et eux-mêmes ne font qu'un avec l'univers.

Mais la tragédie de l’homme, c’est de ne pas savoir ce que cela signifie de “être pris”, de s’ouvrir à l’autre, de faire l’expérience de la très grande fragilité liée à l’accueil de l’autre en soi, voire même d'être totalement possédé par une force plus grande que nous. Souvent, il ne sait même pas que c’est possible. Et ce plaisir n’est pas qu’un plaisir, c’est aussi une porte de transcendance: il emplit l’être, il transforme l’âme, il ouvre aux autres et à l’univers, il amène à un changement de conscience et de perception du monde...
Je ne dis pas qu’aucun homme ne connaît cette expérience extatique, mais que le manque d’ouverture au yin est ce qui constitue un obstacle vers cette transcendance, et qu’il n’est pas nécessaire de passer par des années d’ascèse pour l’atteindre et que les pratiques tantriques, en mettant l’accent sur l’union du masculin et du féminin, permettent d’atteindre des expériences extatiques aussi fortes sinon plus que les mystiques. Mais s’il fait l’amour “normalement”, c’est à dire uniquement avec sa vigueur yang, il ne pourra pas connaître cet état. (Note: cela ne signifie pas qu'il ne soit pas bon de faire l'amour de manière yang.. Bien au contraire. L'énergie yang est une merveille si elle s'exprime en relation avec le yin de la femme et il n'y a surtout pas lieu de s'en empêcher. Eh, les mecs, on reste des mecs, et aller dans son yang c'est un vrai délice... Mais en tant que telle cette énergie est moins transformatrice, moins “spirituelle” que l'énergie yin).
C’est donc la tragédie de l’homme: naturellement, il ne connaît pas le féminin, et il doit donc faire un chemin considérable pour rencontrer le divin. Tel un preux chevalier, il se met en quête. Il devient voyageur, disciple, ascète, moine.. il pratique des exercices religieux pendant des heures, cherchant, de manière yang, à s’abandonner au yin.. C’est à la fois une perte de temps et un chemin très long pour aller au fond de lui-même. Il doit aller au bout du monde, comme le personnage de l’Alchimiste de Paulo Coelho pour découvrir le trésor qui est en lui, pour s’abandonner à la Vie. L’homme qui ne connaît pas l’extase du féminin est comme le Bodhidharma de la légende, obligé de passer des années devant un mur avant de s’éveiller à sa nature ultime de Bouddha. La voie des arts martiaux, de la méditation zen, de l’ascèse monacale pour dépasser le moi et le mental sont des approches yang.

Le tantra, voie rapide, met au contraire l’accent sur l’accueil, sur le fait d’être un “bambon creux” pour reprendre l’expression de Milarepa, sur l’accueil de l’autre en soi.
Les pratiques tantriques de premier niveau mettent beaucoup l’accent sur la polarité “normale” de l’homme et de la femme. L’homme doit aller dans son yang, dans sa puissance d’abord, avant de s’ouvrir au féminin. Autrement il ne s’ouvre pas au féminin, mais il s’affadi et s’efféminise ce qui n’est pas du tout du même ressort (et en plus il ne permettra pas à sa partenaire d’atteindre les états extatiques mentionnés plus haut qui réclament pour la femme, une puissance virile en relation). D’autre part, dans cette première étape, ce qui prend au moins une formation complète avec des formateurs qualifiés, il apprend à gérer son énergie, à la diffuser dans le corps, à entrer dans un premier niveau d’extase par le biais de pratiques énergétiques. Cela est bien décrit dans de nombreux ouvrages et notamment dans L’amant tantrique (que je vous recommande bien évidemment :-) )

Mais une fois la puissance contactée, l’homme peut trouver le chemin de l’abandon, le chemin du yin, le chemin de l’accueil de l’autre. Ce n’est pas facile pour un homme bien yang: la peur de l’homosexualité et de la féminité sont encore très présent dans notre société, même si ces peurs tendent à disparaître. Ensuite, avec sa partenaire, l’homme peut découvrir l’extase du féminin en s’ouvrant à l’énergie de la femme qui deivent alors yang pour l’occasion. La femme chevauche l’homme et lui s’abandonne, ne fait rien, reçoit, diffuse l’énergie et s’ouvre à la femme comme s’il était possédé par elle, comme s’il était pénétré par son sexe. A ce moment il peut avoir l’impression que son pénis ne lui appartient plus, que c’est le phallus de la femme qui le possède et qu’il sent son pénis le pénétrer comme s’il s’était retourné. Il sent alors la femme dans son ventre et s’abandonne à la puissance de sa partenaire... En s’ouvrant il peut alors découvrir un nouvel état, plus profond, dans lequel il fait à la fois l’expérience de la fragilité et de l’union, un état qui donne l’impression que cela ne dépend plus de lui mais de l’énergie de sa partenaire.. S’il s’abandonne profondément à sa partenaire, s’il ne cherche plus à contrôler quoi que ce soit, il peut alors contacter des sensations d’ouverture du coeur, d’union cosmique et de perte de limitation nouvelles... Cette expérience est initiatique: elle est transformatrice de l’individu qui peut alors comprendre effectivement et profondément le féminin et, ce faisant, s’ouvrir naturellement au divin.. de manière plutôt agréable n’est ce pas?

L’ouverture au féminin n’est pas uniquement sexuelle: elle s’exprime chaque fois que l’on accueille l’autre profondément en soi. Par exemple dans une discussions, l’attitude yang consiste à essayer de convaincre, de transformer l’autre dans ses représentations. L’attitude yin consiste au contraire à écouter, à mettre son attention sur l’autre en étant prêt à modifier ses propres croyances. Percevoir les signes que nous envoient la vie, écouter son intuition, sa boussole intérieure, sont d’autres manières de se brancher sur son yin, son accueil de l’autre.

Ce qui vient d’être dit ici doit bien évidemment être modulé en fonction des personnes. Certains hommes sont naturellement plus yin que d’autres (mais parfois au risque d’avoir perdu leur puissance ce qui pose d’autres problèmes, car la puissance passe alors dans l’ombre. J’en parle un peu dans mon livre et j’y reviendrai dans un prochain post), et certaines femmes peuvent être très yang: si les peurs individuelles et les expériences traumatisantes constituent évidemment un obstacle à l’abandon, au-delà, sur un plan collectif, ni le féminisme ni le mode compétitif du travail moderne ne pousse pas les femmes à aller dans leur féminin. De ce fait, le féminin n’est pas encore pour une large part de la population une valeur fondamentale au même titre que le masculin.

Et donc, pour revenir à mon propos initial, la tragédie de l’homme c’est non seulement de ne pas connaître le féminin, mais aussi de ne pas avoir même l’idée que ce féminin existe et est possible. C’est la raison pour laquelle les hommes s’abandonnent a priori moins au plaisir yin de l’accueil, de l’ouverture à l’autre. Etant donné qu’il passe par une phase de fragilité (s’ouvrir à l’autre, c’est nécessairement dangereux), ils ne contactent pas naturellement leur féminin et restent là, dans une attitude pour le moins suspect vis à vis de ce yin qui impose de se laisser conduire par l’autre. Le plaisir est au rendez vous, mais il est tellement loin de la pensée yang, que la plupart des hommes ont bien du mal à aller contacter cet autre aspect d’eux-mêmes. De ce fait, les hommes très yang projettent leur yin sur les femmes et sont souvent attirés par des femmes très féminines qui, par la relation, les nourrissent un peu de ce féminin dont ils ont tant besoin, même s’ils ne se l’avouent pas. Je dis souvent que c’est très beau un homme yang qui pleure, car c’est toujours le début d’une aventure, du chemin d’individuation où les deux aspects de chaque être, le yang et le yin se combinent harmonieusement.

Note: dans un prochain post, je vous parlerai de la tragédie de la femme: croire que son plaisir et son bonheur dépend de l’homme et de sa présence.

lundi 21 juillet 2008

Pannes d'érection et éjaculation précoce (2ème partie)

Dans un précédent article sur ce blog (pannes d'érection et éjaculation précoce 1ère partie), j’avais parlé des problèmes de pannes d’érection et d’éjaculation précoce. On avait vu que dans les deux cas, c'est toujours pour la même raison: on "veut" quelque chose et on voit la relation sexuelle comme une sorte d'épreuve dont il faudrait sortir le héros... On a vu que tout tient dans un seul mot: "relaxation", car effectivement quand le système sympathique se met en marche (ce qui est le cas quand on doit passer une épreuve dans la vie courante, quand on doit agir vite, etc..) cela inhibe totalement toute érection... Et dans ce cas, on peut faire tout ce qu'on veut, rien n'y fera, on ne bandera pas.. d'autant plus qu'à ce moment il y a le mental qui se met en marche et qui ne fait qu'empirer les choses, en créant une spirale infernale d’inhibition... En gros, plus le temps passe moins on se sent bien. Dans ce cas, même avec la plus belle et la plus sensuelle femme du monde, il y a un moment où l'on voudrait être ailleurs.. Autant dire qu'on est mal..

Alors comment sortir de cette spirale infernale? Globalement, il faut sortir de l'épreuve et du mental. Pour cela il s'agit d'abord de sortir du "il faudrait absolument que je bande!" qui enferme et donc sortir de l'obligation de résultat qu'on s'est donné. Cela conduit à changer totalement de décors et d'atmosphère.. Arrêter de vouloir "faire l'amour", entrez dans un autre espace d'intimité. Quand on a des difficultés cela commence souvent lorsqu’on commence à s’embrasser sur un lit par exemple. Parfois cela peut être merveilleux, mais parfois cela déclenche le réflexe mental du “il va falloir que j’assure” ce qui démarre la spirale infernale. A ce moment là on commence à être pétrifié, on n’ose pas changer de disque, on continue sur la même lancée et surtout on commet l’erreur fondamentale: croire que plus de stimulus permettra de sortir de la spirale! C’est une grave erreur, car, si l’augmentation de stimuli (baisers, caresses précises, etc..) peut être pratiquée quand les deux sont déjà très excités, elle ne fait que faire empirer la situation si l’on est inhibé. Parce qu’en essayant d’obtenir un effet en “forçant”, on augmente l’activation du système sympathique ce qui a pour résultat d’inhiber encore plus l’érection (et parallèlement trop d’excitation fera venir une éjaculation précoce). Au contraire, pour faire revenir l’érection, il faut diminuer les stimuli: faire des baisers plus doux, des caresses plus subtiles, retrouver le contact avec l’autre..

Pour ce faire, il y a une technique miracle à pratiquer sans aucune limitation: le massage sensuel.. En effet le massage sensuel a toutes les vertus: il crée un espace d’intimité, il permet les caresses subtiles, il ne crée pas le phénomène d’épreuve et il détend le corps en activant le parasympathique (le système, inverse du sympathique, qui crée la détente).

Développons un peu..

1) Le massage permet d'entrer en relation avec sa partenaire de manière sensuelle sans obligation de résultat.. En gros si vous ne bandez pas c'est normal car quand on masse on bande parfois et parfois non... Cela crée un espace d'intimité propice à la rencontre.. En plus les femmes adorent le massage car cela leur permet d'avoir du temps pour s'ouvrir à leur sensualité qui se situe sur tout le corps.. C'est un peu comme si la femme avait plus de capteurs sensoriels sur tout le corps que l'homme..

2) Il fait sortir du mental quand on donne le massage si l'on met son attention dans ses doigts, si on laisse ses doigts jouer avec le corps de sa partenaire, si on les laisse aller là où ils ont envie d'aller (et pas là où l'on croit qu'il faut masser!!). Laisser faire le corps, en se détendant, et en prenant plaisir à sentir le corps de sa partenaire.. N'hésitez pas à masser avec les avant-bras, votre buste et même votre sexe que vous pouvez utiliser comme un "pinceau d'artiste". S'il est mou, il est très doux pour les massages, s'il est dur il devient comme une sorte de "sex toy" que vous pouvez utiliser pour masser le dos, les fesses, le ventre, les seins, etc.. comme si c'était une autre membre (pour une fois il mérite bien son nom..)
N'oubliez pas de passer sur son sexe mais sans trop vous arrêter, sans chercher trop à l'exciter.. Les femmes raffolent. Cela les fait monter très rapidement... Caressez doucement l'intérieur des cuisses en remontant vers le sexe mais sans le toucher et redescendez avec une pression plus appuyée sur l'extérieur des cuisses.. Vous verrez le sexe de votre partenaire s'ouvrir comme des pétales de rose.. Effet garanti.. C'est elle ensuite qui voudra que vous touchiez plus directement son sexe..

Quelques conseils:
a) Avant le massage créer un espace d'intimité.. Mettez des bougies, une musique douce et massez vous uniquement à la lueur des bougies. La lumière des bougies est particulièrement belle et donne juste assez de lumière pour que le lien soit fort.

a) lorsque vous recevrez le massage, détendez vous, laissez faire votre partenaire, dites lui ce que vous aimez.. En général les grands mouvements qui passent sur l'ensemble du corps et qui relient l'ensemble du corps au sexe sont très bons et permettent à la fois de détendre l'ensemble et d'exciter un peu le sexe mais pas trop.. Cela permet un démarrage d'érection assez facile (puisqu'on n'a pas besoin de prouver qu'on bande) et cela évite les éjaculations précoces si votre partenaire diffuse bien l'énergie sexuelle de votre sexe vers l'ensemble du corps.. Demandez lui de vous masser avec ses seins, avec ses fesses. Raaahhh, lovely... c'est trop bon.. Cela crée une réelle intimité et produit naturellement

c) échangez des petits mots pendant le massage, pour rester en contact et diminuer le fonctionnement du mental en solitaire. Quand on reste silencieux trop longtemps, le mental part en roue libre. Si au contraire on parle un peu on évite de partir “dans le mental” et on reste présent à sa partenaire. N'hésitez pas à dire ce que vous ressentez, même les peurs, à votre partenaire et demandez lui de faire de même, comme si c'était un jeu. Parce que si vous vous sentez mal à l'aise, il y a des chances qu'elle se sente mal aussi! Et dites des choses simples sur votre ressenti: "je sens la chaleur de tes mains et c'est bon", ou "que ta peau est fine" ou "je suis un peu tendu, j'ai besoin de douceur".. Emettez des gémissements de plaisir si vous aimez, et n'hésitez pas dire ce que vous aimez. Utilisez toujours des phrases positives et renforcez les gestes que vous aimez.. Evitez les phrases négatives (sauf si vous avez mal) car cela peut mettre l'autre mal à l'aise. Par exemple, dites "j'aime bien les caresses douces" plutôt que "tu me caresses trop fort"..

d) Ne vous donnez aucune obligation de résultat autre que le massage, mais si le massage dérive vers autre chose (cunnilingus, fellation, pénétration), laissez advenir ce qui vient.. Sachez que la femme est encore plus sensible que vous à l’atmosphère et au ressenti, et elle sent votre énergie. Si vous êtes coincé, elle sera mal elle aussi. En fait, on peut le voir comme une sorte d’entrée en résonance entre vous. Si vous vous lâchez, et si vous êtes présent à votre partenaire, vos deux ressentis vont décoller en quelques secondes. Si vous êtes dans le mental et que vous vous dites “putain, faut que j’assure” (faut que je bande ou faut que je n’éjacule pas trop vite) vous obtiendrez exactement l’effet que vous voulez éviter (c’est paradoxal mais c’est comme ça). Donc, soyez bien dans votre énergie de mec tout en étant en relation avec votre partenaire. Ne cherchez pas à bien faire, mais mettez vous à l'écoute de votre corps et du sien. Les corps savent mieux que votre mental.
Je reviens dessus, mais c’est important: le problème essentiel réside dans le mental qui part en roue libre et notamment dans les jugements que vous avez sur vous. Le “punaise, je suis nul de ne pas arriver à bander” c’est comme si vous vous mettiez un coup de couteau dans les parties. Autre erreur, la projection: croire que l’autre pense à quelque chose de négatif sur vous “elle va me trouver trop nul si j’assure pas, elle va me quitter, etc..”. En fait, sachez qu’il y a de bonnes chances pour que votre partenaire pense “je suis nulle je n’arrive pas à le faire bander”, c’est à dire qu’elle aussi se juge négativement et se culpabilise. Evidemment, tous ces jugements ne font que faire empirer la situation...

Acceptez tout ce qui est là, sans juger.. Votre corps sait naturellement faire l'amour, mais on le rigidifie par nos croyances sur ce qu'on pense qu'on doit faire, et c'est le mental qui nous met dans la situation de l'épreuve, qui nous empêche de bander et qui vous gratifiera d'une éjaculation précoce.. Si nous nous connectons bien à notre corps (ce qui est en fait le vrai travail de tout timide: sortir du mental et se connecter au corps), à nos sensations corporelles, à notre toucher, à nos lèvres, etc.. c’est la nature qui fait tout et cela devient magique...

J’espère que cet article vous a plus. N’hésitez pas à commenter et à poser des questions. Sachez que pratiquement tous les hommes ont eu un jour ou l’autre des problèmes de ce genre et quand ça nous tombe dessus on se sent bien démuni, car la nature nous a gratifié d’un organe qu’on ne contrôle pas...

Jako

vendredi 18 juillet 2008

Incompréhension homme-femme

En lisant sur le blog de Janebella (un blog que j’aime beaucoup car il a la particularité de parler vrai et direct) une description acide d’un homme marié maladroit qui veut avoir une relation avec elle, et qui a “tout faux” d’après elle, et en parcourant aussi certains des commentaires de ce blog, il est clair que l’incompréhension homme-femme a encore de beaux jours devant elle..

J’aurais envie de dire à Janebella, ainsi qu’à toutes les femmes, comprenez ce qui se passe dans la tête d’un homme. Effectivement nous désirons les femmes et souvent nous les objétisons. Et plus nous sommes dans notre énergie yang, de puissance mâle, virile, plus nous avons tendance à objétiser l’autre. Cela est dû à notre système cognitif qui est toujours centré sur l’objet et non sur la relation. Quand des hommes discutent entre eux, le plus souvent c’est pour parler d’un objet: voiture, ordinateur, gadget, bourse, etc.. quand des femmes discutent entre elles c’est pour parler de relations humaines, de ce qu’elles vivent. Bon c’est un peu schématique, mais c’est la tendance générale.

Dans le domaine sexuel, la relation n’est pas toujours un problème. Quand cette objétisation s’effectue au plus fort de la rencontre amoureuse, lorsque les corps se rencontrent avec énergie, quand la femme désire la puissance de l’homme au plus profond de sa grotte intime, la femme aime être objétisée, être prise, dominée, presque violée.. Surtout si elle peut le faire en confiance, si elle sait que l’homme n’ira pas trop loin, que le débordement d’énergie sera canalisé par la conscience, en gros si elle sent que l’homme a un peu d’affection, voire d’amour, pour elle.
Pour s’en convaincre, il suffit d’entendre les mots de la femme: “prend moi”, “je suis à toi”, etc.. et je passe les aspects orduriers...

Pour un homme ce n’est pas facile de comprendre que pendant la “parade amoureuse” la femme désire être respectée, honorée, qu’elle soit pratiquement placée sur un piédestal, qu’il lui donne l’impression d’être l’Unique, la femme déesse (qu’elle est d’ailleurs en partie, mais ça c’est une autre histoire). Puis que au lit, au fur et à mesure de son excitation, il doive exprimer de plus en plus la bête qui est en lui et qu’il se devait de savamment cacher pendant la phase de séduction. Après être devenu l’étalon au plus fort de l’acte sexuel, il lui est demandé de redevenir amoureux, présent, câlin envers la femme qu’il a sauvagement bousculé quelques instants auparavant.

La femme, elle trouve cela normal. Elle ne comprend pas que les hommes ne se comportent pas ainsi. C’est exactement ce que
dit un homme sur le blog de Janebella, qui résume un peu la position de pas d’homme aujourd’hui:
Ce n'est pas un manque de courage de la part des hommes de ne pas s'engager, mais de la lucidité. Nous savons plus que jamais à quoi nous en tenir à votre propos : double discours, double, triple, quadruple et +... d'attentes auxquelles nous devons répondre. Être viril sans l'être, gentil mais quand même, accepter la donne qui est la votre au non d'une égalité que vous êtes seules (pour le moment) à définir... Y'EN A MARRE !
Un peu d'auto-critique vous ferait le plus grand bien. Mais quand on a le sentiment de n'avoir rien à "retoucher " de soi... ( les femmes étant proches de la perfection - dithyrambe médiatique et auto-proclamations - ) on ne peut attendre qu'une chose : que les hommes s'élèvent.


En effet, les demandes des femmes sont, pour un homme pratiquement incompréhensible alors qu’elles semblent “évidentes” pour les femmes.. Le mec normal ne sait plus quoi faire. Soit il est l’homme “puissant au lit”, celui qui fait vibrer la femme par sa puissance lorsqu’elle est suffisamment excitée, mais au risque d’être caractérisé de “macho” du fait de son manque de relation avec elle avant et après l’amour (souvent aussi ce type d’homme n’est pas très habile dans les “préliminaires”, et il aime en venir directement à la pénétration), soit il est très attentif à elle, mais peine à faire rugir la bête lorsqu’il se retrouvera au lit. Au il sera le type de l’homme “prévenant”, très habile dans les préliminaires, toujours attentif à faire plaisir à sa compagne. Mais dans ce cas, elle aura parfois l’impression qu’il manque de puissance, qu’il n’est qu’un miroir de son désir à elle, et qu’elle ne sait pas où est le propre désir de cette homme. En gros, elle a l’impression de ne trouver personne en face d’elle. Et si la femme le fait sentir, l’homme aura bien évidemment tendance à se retirer, à rester chez lui pour ne pas se trouver en face d’une femme qui, s’il fait tout ce qu’elle désire l’envoie chier.. Elle a l’impression d’avoir un mec frileux et dégonflé, et l’homme se dit qu’on ne le reprendra plus à faire plaisir..

Donc, effectivement, les femmes veulent tout! Et plus une femme est puissante et affirmée dans sa féminité plus elle désire un homme qui est à la fois attentionné “quand il faut” et puissant “quand il faut”. Elles demandent la Lune...

Donc, nous les hommes on a tendance à les trouver chiantes, trop dans leur ressenti, manquant de logique et de rigueur dans ce domaine. Mais bon, il y a là quelque chose de tout à fait normal. Dites moi, les mecs, est ce que vous vous êtes demandé un jour ce que cela faisait d’accueillir dans son ventre un sexe en érection, pointu et désirant aller au plus profond de soi? Est ce que vous vous êtes demandé ce que c’est de faire l’amour avec une partie de soi que l’on ne connaît pas (car la plupart des femmes n’ont jamais vu l’intérieur de leur sexe), d’être une coupe, d’être en creux (alors que l’homme est en bosse)? c’est à dire de recevoir un autre être en soi? Mettez vous à la place de la femme: elle a besoin de savoir que son partenaire va la respecter, l’honorer, qu’il ne pas entrer en elle comme on entre dans un hall de gare, qu’elle ne va pas être juste le déversoir du surplus de testostérone du mec. C’est pourquoi elle a besoin d’attentions et qu’on lui montre qu’on tient à elle (et en particulier que l’on ne compte pas trop son argent lorsqu’on sort avec elle), qu’elle est vraiment quelqu’un et pas un objet. Si elle sait être en confiance, elle pourra s’ouvrir sans appréhension et “se donner” entièrement à la puissance virile de son amant.

Mais attention, comprenez une chose, les mecs, il ne s’agit pas d’appliquer une méthode avec les femmes. Ce n’est pas un programme informatique du type : 1) je lui dis qu’elle est belle et je lui fais des cadeaux, 2) je lui fais un cunnilingus, 3) je passe en revue le kama-sutra 4) je lui dis qu’elle est belle après l’amour, car cela ne marche pas du tout, mais alors pas du tout!!
(je peux vous dire, j’ai essayé pendant des années...). En gros, il ne s’agit surtout pas de tout faire pour lui faire plaisir...!!

Et c’est là que toute la difficulté commence. En amour, il ne s’agit pas d’être quelqu’un d’autre, mais au contraire d’être totalement nous-mêmes, des êtres de désirs, brûlant de posséder , mais en “retenant les chevaux par la bride”, c’est à dire en étant présent à elle, en la respectant et en l’honorant pour ce qu’elle nous offre, en étant conscience qu’elle nous offre la partie la plus intime d’elle-même lorsqu’elle fait l’amour, et que l’union sexuelle est profondément un acte sacré... Ecoutez cela, et si la femme n’a pas été trop maltraitée dans sa féminité, si elle n’a pas été trop abusée, si elle a confiance dans la femme qu’elle est, vous verrez qu’elle vous offrira encore plus que ce dont vous avez pu rêver. C’est elle qui nous emmène alors dans les contrées de l’amour ou le sexe n’est plus une conquête mais une rencontre intime avec l’altérité, et cela nous comble beaucoup plus qu’un coït furtif.
J’ai tendance à avoir une image pour ça: dans un premier temps, nous sommes le premier étage de la fusée. Elle a besoin de nous, de notre présence pour décoller. Elle a besoin de sentir que nous sommes centrés, bien dans notre bassin, et en même temps en relation avec elle, célébrant sa beauté et son rayonnement, comme si elle était l’unique (ce qu’elle est d’ailleurs si notre coeur s’ouvre à elle, et si nous sommes sensible à ce qu’elle dégage). Cette présence sert alors d’étincelle pour allumer les autres étages de la fusée, qui sont les siens.. Et là elle monte, et en montant, elle nous tire, elle nous emmène dans son espace où il n’y a plus d’homme ni de femme, mais deux âmes qui ne font plus qu’une.. Il n’y a rien à faire, juste à être nous mêmes, présent et en relation.
Et c’est juste là qu’on est un peu bourrin, nous les hommes. C’est que, tant qu’on ne l’a pas vécu, on ne sait pas que c’est possible, alors que la femme a l’intuition de cet état d’union, car elle le sent à l’intérieur de son ventre.

Qu’est ce que vous en pensez?

Jako

Note: j’ai laissé ce texte en commentaire de l’article sur l’homme marié maladroit sur le site de Janebella.

jeudi 12 juin 2008

Orgasme et éjaculation

Voilà un dialogue que j’ai eu avec l’un des lecteurs de L’amant tantrique.. Je le recopie ici, car je le trouve très intéressant...

Après avoir lu votre livre "L'amant tantrique", j'aimerais entendre votre expérience sur l'orgasme sans éjaculation : par une forte contraction des muscles du périnée, vous 'bloquez'  l'éjaculation. Mais ressentez-vous toutefois les pulsations de la prostate ?
Je ne suis pas un grand spécialiste d'orgasme de la prostate, laquelle ne doit pas être très sensible chez moi :-/. C'est pour cela que je n'en parle pas.. J'ai déjà pratiqué pas mal de choses autour de la prostate, mais pour moi c'est juste "bien", rien d'extraordinaire.. Je connais donc bien la théorie, mais je m’en tiens à la règle fondamentale “ne parle que de ce dont tu as fais l’expérience”... On risque moins de dire des bêtises...

En revanche, je connais bien le phénomène de rétention d’éjaculation... La rétention par contraction des muscles du périnée est la "dernière chance", quand ça va déborder... Mais d'autres techniques sont possibles avant: relâchement des muscles du bassin, diffusion de la tension sexuelle et de l'excitation dans tout le corps par relaxation et respiration lente..
Plus on s'améliore dans la rétention d'éjaculation, plus on peut "flirter" avec le point de non-retour et arriver juste en haut de l'orgasme sans éjaculation et sans rien bloquer.. C'est là que toutes les pulsations, vibrations, langues de feu d'énergie et autres phénomènes et sensations orgastiques sont les plus fortes...

il semble qu'il soit possible - d'après le Dr Keesling (Faire l'amour toute la nuit) - de ressentir un orgasme complet en contractant les muscles du périnée à un moment précis, avant le point de non-retour. Ce qui offre les sensations de l'orgasme sans la période réfractaire.
Je ne connais pas bien le livre de Keesling, mais il semble que ce soit a priori la même chose que ce dont je parle dans mon livre: on ressent effectivement un orgasme complet.. Il est même d'ailleurs, avec un peu de pratique, plus intense, car plus long, que lorqu’il y a éjaculation... On s'aperçoit de ce fait qu'orgasme et éjaculation sont bien disjoints.. L'éjaculation n'est plus alors qu'une sensation de pompe (pas spécialement agréable) suivie très rapidement de la sensation de douleur de la période réfractaire. Ce qu'il n'y a pas dans le cas d'une rétention d'éjaculation. Une fois qu’on devient habile dans les techniques de rétention, l’orgasme “standard” devient vraiment un peu plat, et on se dit “Tout ce tintamarre pour ça???”
Par rapport au titre du livre de Keesling, le but du tantra n'est pas de faire l'amour toute la nuit, mais d'accéder, au travers (entre autre, mais pas uniquement) du sexe, à un état de plénitude, qu'il y ait d'ailleurs orgasme ou non... Je crois que c'est d'ailleurs là dessus que j'appuierai si j'écris une suite à l'amant tantrique...
En particulier le moment APRES l'orgasme devient absolument merveilleux.. Cela peut provoquer des états de méditation et d'élévation spirituelle fantastique, comme si l’on était "shooté" à une drogue spirituelle, et cela induit un état de "reliance" avec le monde qui ressort de ce qu'on appelle "l'amour inconditionnel".. C'est entre autre cela qu'on appelle "l'extase"..
On peut ainsi écrire :

Orgasme du corps avec rétention + techniques respiratoires + relaxation = orgasme tantrique,


l’orgasme tantrique étant de fait nettement plus puissant que l'orgasme ordinaire (qui en plus "pompe l'énergie").

Est-ce cette 'méthode' que vous pratiquez ou une approche radicalement différente : une rétention séminale et orgasmique pour qu'un  phénomène d'extase puisse se mettre en place ?
Comme je vous le dit, j’ai connu l’approche de Keesling après avoir écrit mon livre. En fait d'après ce que je comprend, la technique du Dr Keesling est seulement l'une des techniques possibles, et je l'emploie aussi (ou plutôt je l’ai beaucoup employé, et elle ne me sert maintenant qu’en cas d’urgence ^_^).. C'est la plus basique et d'ailleurs c'est la première que l'on m'a appris dans le tantra.. Elle consiste effectivement à contracter les muscles PC “à mort” et à crier (en fait pour libérer les muscles de l’anus tout en contractant les muscles PC, et comme je l’ai écrit dans mon livre, il n’est pas nécessaire de crier). Mais en fait si on l’applique à la lettre, elle ne donne souvent accès qu’aux aspects les plus élémentaires de l’orgasme, sans entrer réellement dans le domaine de l’extase. Je vous conseille donc de commencer par celle là, mais ensuite de dépasser cette technique pour vous ouvrir à quelque chose de plus extatique.
Avec des techniques du type de celle présentée par le Dr. Keesling, l'orgasme reste essentiellement dans le sexe.. Après un certain temps de pratique, vous vous ouvrirez à des dimensions de diffusion de l'orgasme dans tout le corps qui passent pas la respiration et la relaxation. Ces techniques provoquent des orgasmes moins focalisées dans le sexe mais plus globaux et plus puissants.. Il ne s'agit pas à proprement parler de "contrôle", mais plutôt de relaxation dans l'excitation et de diffusion de l'excitation dans tout le corps, ce qui permet de faire monter l'orgasme dans tout le corps (et notamment le crâne qui est la zone extatique par excellence: c'est comme si votre tête baignait dans la jouissance absolue...)

Vous vous ouvrirez aussi à la pratique du "surf sur la vague de feu (ou vague de l’orgasme)" qui consiste à rester longtemps dans un état extrêmement voisin de l'orgasme (en fait l'état de "juste avant l'orgasme" qui est profondément puissant et merveilleux.. C'est là qu'apparaissent d'autres expériences telles que les montées d'énergie dans le dos ou langues de feu, etc..).. Mais avant toute chose, il faut apprendre à bien connaître son propre système orgasmique pour bien différencier le point d'orgasme du point d'éjaculation.. La découverte de cette différence est fondamentale...
Il me semble avoir présenté non seulement la technique initiale, mais aussi les autres techniques dans mon livre et dans ces réponses.. Mais je me rend compte qu'il y a encore beaucoup à dire sur le sujet et que cela n'est pas assez bien développé dans mon bouquin... Il en faudrait un second .
Donc, pour simplifier, je défend comme pratique à la fois la rétention de Keesling + les techniques extatiques de relaxation, ouverture et diffusion.

Pour en savoir plus sur l'extase, j'ai écrit un petit article sur http://www.intimefeminin.com/L-extase-du-corps 
Je le posterai sur ce blog dans quelque temps... Mais pour l’instant il faut aller sur Intimefeminin...

un point de votre livre - sur ce sujet - m'est confus : cette rétention, est-elle une lutte difficile qui nécessite de tout contracter en hurlant ;) ou bien un relachement extrême, bref, l'exact opposé ?
En fait, comme je l'explique dans mon livre (en tout cas, il me semble l'avoir fait), il y a deux techniques différentes:
1) Quand on est au bord du débordement, ou qu'on "surf" sur la vague de l'extase et qu'on sent qu'on est un peu loin, alors il faut tout contracter en inspirant lentement (Keesling + l’inspiration)... Je ne préconise pas d'hurler, ce n'est pas nécessaire, et en plus cela peut indisposer la partenaire et les voisins .
2) technique du relâchement extrême dans l'excitation: permet de développer les bouffées extatiques et les orgasmes que certains appellent "énergétiques" et qui ont lieu dans le crâne et dans tout le corps... C’est vraiment là la technique la plus tantrique, car elle nous met sur la voie du spirituel (union avec le Cosmos notamment).

Et finalement, lors d'un orgasme sans éjaculation, la sensation de pompe est-elle toujours présente ?
Non, il n'y a plus de pompe!! C'est d'ailleurs un signe: s'il y a pompe et après une sensation douloureuse sur le gland si on continue à le frotter, c'est qu'on est allé trop loin. Sinon, s'il y a orgasme sans éjaculation, il n'y a pas la sensation de pompe, et pas de douleur après.. Par contre, il y a un sentiment de contentement (on peut s'arrêter ou continuer) et une légère détumescence.. Cela dépend après, avec un peu d'habitude, du moment où l'on s'est arrêté.. Un peu avant, il y a encore un désir fou, et un tout petit peu après, on est rassasié (tout en pouvant continuer tout de même, mais ce n'est pas l'enjeu non plus...)

Ce parcours vers l'extase, est-il le fruit d'une progression graduelle ou soumis à une brusque compréhension ?
Pour moi, cela a été (et est encore, car cela ne finit pas de progresser) graduel... avec des "peak experience", des expériences très fortes et ponctuelles... Après on revient là où en était.. Mais peu à peu, on revient de manière plus continue à l'état que l'on a connu avec ces expériences..
C'est ce que je vois aussi avec mes amis tantrika, c'est graduel.. Et en même temps, cela va assez vite.. En un an de stages de tantra (cela fait environ trois semaines de stages en tout), il y a déjà vraiment une grosse différence, surtout si l'on pratique entre les stages...
Donc, n’hésitez pas à me poser des questions sur tout ce qui concerne la sexualité et la spiritualité, en particulier dans le domaine tantrique, j’adore répondre aux questions... Mon adresse: jacques.ferber@free.fr

jeudi 29 mai 2008

La relation tantrique #1: les freins


Qu’est ce qu’une relation tantrique entre homme et femme? Qu’est ce qui la distingue d’une relation plus “classique”?

Comme toujours pour les notions avancées, le langage ordinaire n’est pas très précis, et les définitions ne sont pas essentielles car le tantra n’est pas une science, mais un chemin de vie. En gros, il faut le vivre, en faire l’expérience.. Néanmoins, essayons.. Je pourrais dire que la relation tantrique est une relation de contact intime profond, prenant en compte les dimensions physiques, émotionnelles et spirituelles et qui n’est pas fondée sur des manques ou des peurs. Une fois qu’on a dit cela on n’a rien dit, car chacun pense qu’il entretient des relations tantriques avec ses proches et les personnes qu’il ou elle aime, jusqu’à ce qu’on se rende compte de l’importance, des peurs, des manques et des projections dans notre vie.


En fait, la plupart des relations amoureuses sont mues par nos peurs, nos manques.. Nous vivons ainsi l’autre comme celui ou celle qui peut nous apporter le bonheur: “si je fais l’amour avec elle, alors je serais vraiment un mec”, “s’il tombe amoureux de moi alors je serais folle de joie”. Effectivement, pendant un temps, parfois très bref (quelques jours, quelques heures, voire simplement quelques minutes), on vit un bonheur très intense lié à la réalisation de ses désirs, ou plus exactement de ses envies (je reviendrai sur les termes désirs et envie).


Souvent, lorsqu’on dit que l’on cherche l’amour ou à entrer dans une relation avec quelqu’un d’autre, on cherche tout simplement à être aimés, à être désirés, à être l’objet du désir de l’autre pour parler comme les psychanalystes, c’est-à-dire à être sous le regard d’amour de l’autre, pour reconduire cette forme d’amour que nous avons connus lorsque nous étions enfants. S’il (elle) nous aime, alors c’est que nous valons quelque chose. Nous avons peur de nous voir, peur d’entrer en nous et donc nous désirons être rassurés dans notre identité, et surtout d’éviter de voir les béances qui nous habitent..


Les peurs sont légions et sont certainement les moteurs les plus importants de notre psychisme. Mais parmi l’ensemble de ces peurs, certaines reviennent plus souvent que d’autres et sont plus souvent liées à un genre (homme/femme) qu’à un autre.


Les femmes portent en elle une peur ancestrale du viol et de l’abus sexuel sous toutes ses formes. Certaines femmes l’ont vécues personnellement, et il est donc compréhensible que ce traumatisme gênent leur rapport avec les hommes. Mais mêmes celles qui n’ont vécues de telles situations sont soumises à ces peurs car elles transpirent l’humanité et les abus et les violences subies par les femmes depuis des millénaires se sont transmises de génération en génération. Ces peurs ont donc eu leur raison d’être, et souvent les comportements associés aux peurs permettent d’éviter le danger. Mais souvent le danger n’existe plus et les peurs demeurent. De ce fait certaines femmes développent une sorte d’armure et de carapace qui les empêchent d’entrer en contact avec les hommes de manière directe et simple.


Autre peur très courante chez les femmes comme chez les hommes, la peur d’abandon. Nous vivons encore comme lorsque tout petit nous étions si faible et fragile que nous avions besoin des adultes et plus particulièrement de nos parents, pour nous protéger. Peut être que, enfant, nous n’avons pas eu un environnement très sécure, peut être que nos parents n’ont pas eu un comportement très rassurant à notre égard alors que nous étions encore des bébés, peut être aussi que la culture familiale a conduit à retransmettre cette peur sur plusieurs générations. Quoi qu’il en soit, se retrouver seul, et le vivre comme un abondon, est l’une des angoisses les plus puissantes qui nous amènent à rechercher coûte que coûte un partenaire. Ici encore la relation vient combler un manque, vient atténuer nos peurs, éventuellement réparer une blessure.


Pour ces deux raisons, peur de l’agression et peur de l’abandon, nombre de femmes disent qu’elles cherchent des hommes “sérieux”, ce qui signifie pour elles, ce qui revient souvent à “des hommes qui s’engagent dans une relation”, des hommes dont elles puissent être sûres, à la fois protecteur, tendre et qui ne regardent pas les autres femmes. En d’autres termes, ces peurs engendrent un désir de sécurité, et l’homme devient celui qui rassure, qui protège. Au lieu que ce soit la femme elle-même qui prenne en charge, pour elle-même, ce besoin légitime de sécurité, en dépassant ces peurs et en prenant confiance dans ses propres possibilités de protections, elle projette sur l’homme ce besoin. Ce dernier devient alors le porteur d’une mission: “protéger la femme”, protection dont il s’acquitte d’ailleurs souvent assez bien car cela entre dans l’une des facettes du masculin. Mais si cette demande devient trop forte, il ne peut plus s’en acquitter, ce qui met la femme en colère contre les hommes qui “ne sont pas sérieux” qui ne “veulent pas s’engager”.. Allez sur Meetic ou sur n’importe quel site de rencontre et regardez les fiches de présentation des femmes. Près de la moitié recherchent de tels hommes. De ce fait, lorsque l’un de ces hommes regardent une autre femme, ils sont immédiatement jugés pour leur faiblesse d’engagement et pour leur “côté immature” (le “côté immature”, c’est aussi l’une des grandes critiques que les femmes font aux hommes, parfois à juste titre, mais souvent pour masquer leurs propres difficultés), alors que cela correspond en fait pour la femme à une peur: peur d’être quittée, d’être abandonnée, de ne plus être protégée..


Chez l’homme les peurs sont différentes. Elles portent moins sur un besoin de protection que sur un besoin de valorisation. L’homme a peur de “ne pas être à la hauteur”. Il porte cela depuis sa petite enfance, car le masculin tend toujours à se comparer, à entrer en compétition sur n’importe quel sujet, aussi dérisoire soit-il, comme savoir qui pisse le plus loin. Ce comportement de comparaison, de mise à l’épreuve vis à vis du monde, mais aussi vis à vis des autres fait partie de la construction psychique de l’homme. Nous nous construisons naturellement dans cette comparaison compétitive. C’est “qui a la plus grosse moto”, “qui a fait le solo de guitare le plus époustouflant”, et évidemment, “qui a la plus grosse bitte”.. Dans le cadre de son travail aussi l’homme doit assurer, montrer qu’il est performant, qu’il est fort, qu’il domine la situation...


Ce mode de fonctionnement a ses revers, surtout lorsqu’à la puberté, ou dans la vie de jeune adulte, l’homme pense qu’il “doit assurer”. Le rencontres sexuelles prennent parfois la forme d’épreuves où l’homme se doit de montrer combien il est viril, combien il est performant.. Le “alors heureuse?” du macho, c’est aussi un moyen de se rassurer sur sa propre virilité. Dans ce contexte, les pannes d’érection ou les éjaculations précoces touchent l’homme au plus profond de son identité de mâle. Donc il cherche naturellement à être rassuré.. Avec ses copains, où le fait de se sentir avec d’autres hommes avec lesquels il y a un peu moins de compétition ou de mise à l’épreuve, lui donne l’impression de faire une pause, ou avec les femmes en essayant que le rapport sexuel ne se transforme pas en fiasco. L’homme, s’il n’est pas un pur macho, cherche néanmoins à contrôler la situation, en cherchant les bons “boutons” qui vont faire jouir la femme. Il cherche ainsi à être le meilleur, entre le sportif du sexe, qui voit le lit comme l’arène des olympiades sexuelles, et le technicien qui a appris dans un manuel toutes les caresses qui vont se faire pâmer la belle. Il va alors chercher dans le sexe un moyen de se valoriser et de combler ses difficultés identitaires.


On voit alors que se joue un jeu complexe entre l’homme et la femme: “je te valorise et te promet d’être fidèle si tu me sécurises” dit la femme et “je te protège et te promet d’être fidèle si tu me valorises” dit l’homme, les deux disant “ne m’abandonne pas”, voire “je ne suis rien sans toi, si tu me quittes je meurs”. On appelle cela la passion, mais le tantra considère cela comme une forme d’immaturité relationnelle qui conduit naturellement au malheur (les passions sont éphémères et pleines de souffrances), en vivant dans ce le bouddhisme appelle le samsara, c’est-à-dire le lieu de toutes nos petites actions qui où chacun cherche à gagner un peu de l’autre pour vivre, mais ces petits gains se transforment finalement en une vie de frustration et de souffrance.. C’est la tragédie de l’humanité depuis des millénaires.


En d’autres termes, le tantra nous demande de nous inscrire relationnellement dans le mouvement évolutif, de quitter notre système archaïque de mode de relation à l’autre. Et c’est cela qui est en fait le plus difficile dans le tantra et pourquoi seuls des personnes “avancées” sur le plan psychiques (c’est-à-dire qui ont suffisamment travaillées sur elles pour voir le mouvement de l’ego, des projections et des demandes envers l’autre) peuvent entrer dans de telles relations. Ce n’est pas une vision “élitiste”, qui tendrait à croire que seuls certains sont capables de cela, mais simplement de constater que si, naturellement, très peu ont les qualités psychiques et émotionnelles pour parvenir à une telle relation, il est possible de travailler sur soi (avec des stages, des thérapeutes, des animateurs de tantra) et que, si on est honnête avec soi-même (c’est peut être malheureusement ce qui manque le plus..), il est possible de se libérer (sans les renier et en s’appuyant dessus) de nos déterminismes bio-psycho-sociaux et d’entrer dans une relation vraie avec l’autre.

lundi 28 avril 2008

Impulsion évolutive - sexe, coeur, esprit


L’amour et le désir sexuel sont ils deux forces différentes ? l’une qui est définie par l’autre ? ou des forces de vie distinctes ? Quelle est la différence qui existe entre amour et sexualité ? Si l’on appelle "forme relationnelles" ce qui relie deux personnes, alors l'amour et la sexualité induisent des formes relationnelles importantes.

Si l'on reprend les choses à la base, la relation à l'autre suit une évolution, et cette évolution se calque globalement sur l'évolution de l'individu, du bébé à l'âge adulte (et au delà), ou sur celle de l'humanité dans son ensemble (avec l'idée générale assez classique que l'ontogenèse récapitule dans ses grandes lignes la phylogenèse).
Même si on a de plus en plus tendance à l'oublier de nos jours, il faut garder à l'esprit que la sexualité et l’amour sont liés à la reproduction : si nos ancêtres ne s’étaient pas désirés, nous ne serions pas là pour en discuter. On peut même dire que les formes amoureuses sont les corrélats psychiques de cette nécessité pour l’espèce de se perpétuer, et en cela il s’agit d’un drive puissant, d’une impulsion évolutive fondamentale. Le désir sexuel et amoureux n’est pas un besoin individuel, au sens où l’on a besoin d’eau et de nourriture pour survivre individuellement. On peut très bien vivre sans sexualité (cf. les moines), on peut même vivre sans relation amoureuse. Il s’agit donc plus d’un besoin de l’espèce et du groupe pour se perpétuer. Mais bien qu'il ne s'agisse pas d'un besoin, individuellement, chacun vit cette impulsion évolutive comme une pulsion, sous la forme de désir et d'amour, alors qu’il s’agit de quelque chose qui nous dépasse, dont la nécessité est au delà de nous mêmes.
Mais cette impulsion qui nous dépasse n'est pas seulement celles du sexe et du cœur: il existe aussi un autre désir qui habite certains d'entre nous, et que l'on pourrait appeler le désir du spirituel, ce désir de donner un sens à sa vie, en s’interrogeant sur sa présence au monde et une transcendance possible. Cette impulsion, d'une manière ou une autre, notamment sous la forme de religions, a été au cœur du développement de notre humanité.

De ce fait, on peut dire qu'il existe trois pulsions liées à l'impulsion évolutive : celle du sexe, celle du cœur, et celle de l’esprit (ou du spirituel). La première est la plus forte car elle est à la base de notre survie, elle nous pousse les uns vers les autres avec une puissance extraordinaire. Il suffit de regarder l'Histoire ou de voir combien ceux qui renoncent à toute sexualité vivent finalement assez difficilement ce renoncement qui est inscrit au cœur de notre être, dans chacune de nos cellules.

Pour certains, le cœur, est une force puissante, qui relie les êtres par un amour qui va bien au delà des dépendances. Amour de la mère ou du père pour son enfant, amour fraternelle (philia), amour passionnelle entre amants, etc. J.-Y. LeLoup et Catherine Bensaïd ont proposé une échelle de l’amour qui intègre la sexualité dans leur livre "Qui aime quand je t’aime".
Cette échelle est très intéressante car elle permet de montrer qu’il existe des formes relationnelles différentes et que ces formes relationnelles s’expriment comme des formes d’amour. On le sait le langage amoureux est pauvre par rapport à l’ensemble des états que l’on vit, mais ces auteurs, en définissant cette échelle et en donnant un nom à chacun de ses niveaux, permettent d’avoir une vue plus claire de ce qu’est l’amour et la sexualité (même si certains aspects ne me semblent pas encore suffisants, ils proposent en tout cas une première piste féconde pour mieux comprendre les différentes formes d'amour, qui intègre le sexuel (porneia, eros) et le spirituel (agape)).

Enfin, le spirituel est aussi une pulsion qui nous met hors de nous mêmes, au delà de notre ego, elle nous pousse à aller vers la source, à nous élever vers l’Esprit, et pour cela elle se rattache aux autres pulsions.
Plus on monte dans ces impulsions (sexe, cœur, esprit), moins la pulsion d’espèce est présente, plus elle est transformée par une autre force plus élevée, une force qui vient d’en haut et qui tente de nous élever vers plus de conscience.
Ces trois pulsions relationnelles sont liées à deux formes d’élans. La première est la force de la Terre, du fondement, qui par les différentes formes d’exploration sélective fait émerger de nouvelles structures, de nouveaux mécanismes. C’est cette force ou ce mécanisme, qui est à l’origine de notre reproduction et donc de nos attirances sexuelles. Mais il y a aussi une autre force me semble-t-il, qui n’a pas de corrélat physique, et qui vient d’en haut. Cette force là, elle nous tire toujours vers le haut, vers la transcendance, vers un dépassement de notre propre biologie, tout en étant totalement plongé dans cette biologie. Cette force là, on peut l’appeler Dieu si l’on est croyant, ou on peut dire avec Hegel, que c’est l’Esprit qui tente de se rencontrer lui-même.. Et ces deux forces, ces deux tendances, ces deux aspects de la Vie dans sa totalité, se retrouvent individuellement dans le cœur et l’amour. De ce fait si le sexe est plutôt poussé par la sélection naturelle, par la Terre, et l’esprit par la transcendance, le cœur est lié aux deux et constitue le creuset de cette rencontre : l’endroit où Shakti rencontre Shiva, le lieu à partir duquel la totalité de l’être est unie.

Cela ne signifie pas que cette force ascentionnelle n'est pas présente physiquement: en fait elle est inscrite au cœur même des constantes physiques! Elle est seulement vécue comme quelque chose qui vient d'en haut, qui nous entraîne vers une plus grande transcendance. C'est finalement l'émergence de la conscience dans le vivant qui est responsable alors de cette élévation.

Finalement, c'est justement cette unité entre le sexe, le coeur et le spirituel, qui justifie la présence de ce blog...

lundi 21 janvier 2008

Faut-il éjaculer ou pas?

Je découvre en ce moment, alors que mon livre L’amant tantrique commence à vivre pleinement sa vie, qu’il y a un certain nombre de malentendus qui peuvent ciculer concernant ce que j’aurais dit ou pas dit dans ce livre. Je vais essayer de dissiper ces malentendus, et en premier lieu un qui porte sur la question de savoir «s’il faut ou non éjaculer dans un rapport sexuel ?»

J’ai entendu (ou on m’a rapporté) certains, en croyant me citer, dire «Ferber, dans son livre, dit qu’il ne faut pas éjaculer dans un rapport sexuel»… Bon, là il y a maldonne… Je ne pense pas avoir dit ça.. J’ai simplement essayé de montrer qu’on pouvait se libérer de la contrainte de l’éjaculation et qu’il était possible d’avoir des orgasmes multiples, et ainsi de vivre pleinement sa sexualité, d'être au diapason de sa partenaire, et d'être bien avec soi, dans une énergie sexuelle qu'il est alors possible de faire monter dans le long du corps et de le transformer en extase, en ressentant une union avec la nature, la Vie ou le divin, en élargissant notre être pour qu'il accède à la plénitude.. Mais tout cela ce sont des possibilités, des espaces qui s'ouvrent, pas des injonctions ni des obligation qui enferment et font rétrécir l'être !!

Le pire serait de prendre la possibilité qui nous est donnée d’avoir des orgasmes multiples comme une autre règle, comme un autre principe, avec tout son carcan de contraintes et de culpabilité quand on n’arrive pas à suivre cette norme. Que certains puissent maintenant culpabiliser s’ils éjaculent… Cela serait vraiment un comble !

Le fait de pouvoir ne pas éjaculer permet de se libérer de la peur de venir trop tôt (voir l’article sur l’impuissance et l’éjaculation précoce) et nous fait entrer dans un espace extatique où le problème de l’orgasme ne se pose plus vraiment. Il n’y a plus que cette énergie, que Reich appelait «orgastique» pour la différencier d’orgasmique, qui circule. Et ce que j’ai essayé de montrer dans mon livre, c’est qu’il existait un espace de liberté lorsqu’on s’abandonne simplement à la Vie, à l’énergie vitale qui nous traverse, et que cet abandon, lorsqu’en même temps nous sommes en relation authentique avec notre partenaire, nous fait accéder naturellement à un sentiment d’union et de plénitude extatique. Laquelle est une des portes de la spiritualité.

Dans ce cadre, ne pas éjaculer c’est super, éjaculer c’est parfait : fondamentalement, il n’y a pas de règles, juste des adaptations à ce que nous sommes, chacun individuellement, et au moment présent. Quand on est jeune, qu’on a beaucoup d’énergie vitale, et qu’on n’arrive pas à transmuter toute ce désir, le fait d’éjaculer permet de libérer ce trop plein d’énergie. Inversement, si l’on est plus âgé (je ne donne pas d’âge, cela dépend tellement de chacun), si l’on a moins d’énergie vitale, il est préférable de moins éjaculer pour conserver cette énergie et ne pas trop la dépenser. Mais ici encore, cela doit être adapté à soi, en se mettant à l'écoute de son être, sans transformer tout cela en une prescription de type « on doit », « il faut ». Dans ce domaine, il n’y a aucun principe qu’il s’agirait de suivre à la lettre…

J’ai eu beaucoup de retour concernant l’orgasme sans éjaculation, et j’ai pu constater que finalement, les hommes y arrivent relativement assez facilement, s’ils s’entraînent bien ☺.. Donc, il est normal que pendant un certain temps, quand on a découvert ce nouveau jouet qu’est l’orgasme multiple, on se mette à rejeter pendant un temps l’éjaculation. Mais surtout, surtout, ne pas mettre la non-éjaculation comme une règle !

vendredi 18 janvier 2008

Pannes d'érection et éjaculation précoce (1ère partie)

Aucun traité sur la sexualité masculine ne peut éviter les deux fléaux que pratiquement tous les hommes vivent à un degré ou à un autre : les pannes d’érection, que l’on appelle souvent «impuissance» et l’éjaculation précoce. Etre traité d’impuissant ou d’éjaculateur précoce est certainement l’une des injures les pires qu’un homme puisse recevoir, bien pire qu’être traité de «con» ou de toute autre appellation du même genre. Cela signifie que ce qui traite à notre puissance sexuelle nous touche beaucoup plus que ce qui est lié à nos caractéristiques cognitives… Il y a certainement là nature à réflexion : celui qui se prétend être un animal doué de raison est finalement plus touché par la remise en question de ses capacités animales que parce qu’il estime le différencier de l’animal !

J’ai tendance à dire qu’il y a trois types d’hommes «sains» : 1) les inconscients ou simples d’esprit (le royaume des cieux est à eux), 2) ceux qui souffrent de pannes d’érection et 3) ceux qui souffrent d’éjaculation précoce... ;-) Cela ne laisse pas beaucoup de choix.. Effectivement, il y a aussi ceux qui ont un intérêt sexuel focalisé, et qui ne peuvent avoir du plaisir que d’une manière très particulière : fétichisme, sadisme, masochisme, zoophilie, pedophilie, etc.. mais là c’est plus de l’ordre de la thérapie… Je ne m'attarderai pas sur la question... (attention, le côté pathologique ne concerne pas les jeux fétichistes et sado-masos "ordinaires" qui ne font que renforcer les liens dans un couple et mettre un peu de piment dans la vie. Il n'y a pathologie que lorsque le plaisir est lié à une pratique qui ne permet pas rencontrer l'autre.. Pas quand on joue avec l'autre!!)
En gros, si on n’est pas un gros bourrin, on vit un jour ou l’autre l’une de ces affections. Cela ne signifie pas pour autant que l’on soit un «impuissant» ou un «éjaculateur précoce», mais simplement que l’on a vécu des moments difficiles sur l’un ou l’autre point (et parfois aussi les deux.. arghh…).

Lorsqu’on étudie un peu la question du point de vue physiologique, on constate que l’érection et la capacité de durer dans un coït sont liés à la capacité au système sympathique d’être inhibé et au système parasympathique d’être activé. Or le système sympathique est celui de la vigilance et du stress. C’est le système qui déclenche tout un ensemble d’hormones, dont la noradrénaline, et qui nous prépare à l’action. Sur le plan sexuel, il a deux activités : il inhibe l’érection, il concentre le sang dans les régions centrales du corps et il stimule l’éjaculation. En gros, lorsque le système sympathique est activé, il empêche de bander, ou bien si l’on a réussi à avoir une érection il nous fait éjaculer. Inversement, le système parasympathique est le système qui calme le corps, diminue la fréquence cardiaque, encourage la diffusion du sang à la périphérie du corps. C’est le système que l’on stimule dans la relaxation et qui donne cette impression de chaleur dans tout le corps. Il stimule aussi le désir sexuel et favorise l’érection tout en diminuant la stimulation de l’éjaculation.

On le voit, la panne d’érection et l’éjaculation précoce sont donc dues à une sur-stimulation du système sympathique par rapport au système parasympathique. Plus le premier est activé, plus on souffre de ces affections viriles. En revanche, plus on est détendu, c’est-à-dire plus le système parasympathique est activé, plus on peut bander et moins on éjacule.. Or le système sympathique, qui nous prépare à l’action est stimulé par les peurs, les anxiétés, les mises à l’épreuves, par tout ce que l’on considère comme étant quelque chose de difficile à faire. Inversement le système parasympathique est activé par la détente, les pensées agréables, les massages, etc..

Cela signifie une chose et une seule : les problèmes de virilité sont dues pratiquement uniquement à des problèmes d’anxiété et de stress. Ce qui est paradoxal, c’est que cette anxiété et ce stress sont justement liés au rapport sexuel, au fait qu’il est anticiper comme une épreuve… Même si l’on est dans une situation de désir, même si l’on est avec une femme qu’a priori on désir (par exemple on s’est imaginé avec elle et cela nous a fait bander comme un cerf), on peut se trouver dans une situation paradoxale ou notre tête a de l’envie, mais pas notre corps.. Dans ces cas là, c’est assez caractéristique, on ne sent plus réellement de désir : on vit la sexualité comme quelque chose que l’on doit faire… Cela peut arriver notamment la première fois avec une nouvelle partenaire. Cette femme on la désire, mais au moment fatidigue, psshuiiit, il n’y a rien qui se passe.. On ne sent plus ce frémissement qui excite et anime notre être : la peau de cette femme devient presque du carton, les caresses n’éveillent aucun désir. Pendant ce temps le mental trotte allégrement dans la tête en se disant « il faut que je bande, il faut que je bande ».. On cherche à stimuler cette érection par la pensée, parfois en pensant à une autre femme en espérant que cela déclenche un peu de désir.. Mais cela n’a qu’un effet, celui de nous éloigner encore un peu plus de cette femme, et donc de diminuer notre désir et notre érection. On cherche tous les trucs possibles qui nous permettrait de revenir à nous, de diminuer cette anxiété qui se trouve de plus en plus accrue par le fait que l’on ne bande pas tout en se disant « il faut assurer ! ». On entre dans un cercle vicieux : plus on a peur de ne pas bander, plus le système sympathique se déclenche et moins on bande, et donc plus on a peur, etc.. C’est la merde !!

Là je parle surtout de ceux qui souffrent de pannes d’érection. Pour l’éjaculation précoce, cela se passe un peu après. On a toujours peur de ne pas assurer, donc on se presse, on va à toute vitesse, on brûle les étapes. On essaye de pénétrer notre partenaire rapidement pour profiter de notre belle érection, mais là notre stress active le stimulus de l’éjaculation et psshuiiit, ça part tout seul.. Ici encore la peur est à la base de cette éjaculation rapide.. Evidemment, cette éjaculation trop rapide va nous rendre encore mal : on va se sentir minable, pas à la hauteur, on a peur du jugement de notre partenaire, et notre estime de soi en prend un coup.. Ce qui ne facilitera pas le prochain rapport, puisqu’il sera encore plus vécu comme un enjeu.

Inversement, il existe un cercle vertueux qui est celui de la détente, de la confiance en soi et qui passe avant tout par la relaxation, le fait d’être à l’aise et surtout le fait DE NE PAS SE METTRE D’ENJEU !! Bon, je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire.. Mais essayons d’expliquer un peu ce qui se passe..

D’abord, je ne sais pas si vous avez remarqué dans le récit que j’en ai fait, mais aussi bien dans l’éjaculation précoce que dans la panne d’érection, la femme n’existe pas. Elle est juste le support de nos phantasmes d’assurer (« il faut que j’assure pour plaire à cette femme et lui prouver que je suis un vrai mec »), mais quelque part elle n’est pas là pour nous… On est totalement dans notre mental à penser à tous nos problèmes mais pas en relation avec cette femme, avec son regard, son souffle, ses désirs, son corps qui réagit à nos caresses.. Ce n’est plus réellement un partage ou une rencontre faite de découverte et de sensualité, mais juste un film intérieur que l’on vit tout seul…

Or c’est cette coupure qui est la cause de nos maux, le fait qu’on parte en roue libre dans nos pensées négatives et qu’on ne sente plus de désir, ou une surstimulation. En gros on s’occupe trop de notre sexe et pas assez d’elle, on n’entre pas assez en relation avec elle. Plus jeune (vers les 20 ans), quand j’avais des pannes d’érection (note : et oui, je suis plutôt de la catégorie « panne d’érection » que de la catégorie « éjaculation précoce »,..) j’étais surpris de la gentillesse de mes partenaires qui ne m’ont jamais fait sentir que j’étais un minable, ou un moins que rien, ou pas un mec, évidemment mes peurs… Comme j’avais déjà mon côté scientifique, je cherchais les trucs qui marchait : j’avais constaté que la pression et l’anxiété, et donc la difficulté à bander, était plus forte si je faisais l’amour en pleine lumière et sur le lit. En revanche avec une petite lumière et dans les draps, c’était plus facile…

Je me souviens d’une fois où j’étais avec une super-nana (wow, rien que d’y repenser) et on s’est retrouvé dans ma chambre alors qu’on venait juste de se rencontrer quelques heures auparavant.. J’avais 21 ans et j’étais tout feu tout flamme, mais en même temps j’étais super anxieux, et je me disais « il faut que j’assure devant cette super fille ».. Et bien entendu, panne de matériel.. Et là, j’ai eu l’intuition géniale, je ne sais pas ce qui m’a pris.. Je lui ai simplement dit que j’avais des problèmes parfois.. On s’est mis dans les draps (et pas sur le lit comme au début) et on a parlé de nous.. Et tout d’un coup j’ai senti sa présence, sa peau, je n’étais plus centré sur moi et sur mes désirs de paraître le super-mec. Je l’ai regardée différemment, et elle aussi son regard a changé.. Je dirais maintenant que le « circuit du désir » s’est mis en place.. Je la désirais intensément.. D’un seul coup j’ai senti mon sexe gonfler et en quelques secondes il est devenu très dur… J’étais maintenant plein de désir envers elle, mes peurs avaient disparues. Très lentement, nous nous sommes embrassés, puis caressés, et … nous avons passé une nuit merveilleuse (désolé il n’y aura pas de détails croustillants ☺ ).

A l’époque je n’avais pas bien compris ce qui s’était passé, mais aujourd’hui je dirais que j’étais passé de la spirale infernale de l’anxiété, de la volonté d’« être à la hauteur », de la panne d’érection et du manque d’estime de moi, c’est-à-dire d’un mode de pensée totalement centré sur moi, à la spirale du désir, qui passe par la relation avec ma partenaire, du contact par le regard, des caresses sans intentions, d’une attention à son corps et à ses mouvements, c’est-à-dire de la rencontre profonde et vraie avec elle, ce qui donna lieu à une érection, à un plus grande confiance en moi, et donc à encore plus de contact avec elle.

Bon, je me mets à votre place.. Vous vous dites : «C’est bien beau ton histoire, mais moi concrètement je fais comment pour assurer la prochaine fois ?» C’est vrai que dans tous les articles et livres sur les problèmes de virilité, il est dit qu’il faut se détendre.. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire.. Alors dans un prochain article sur ce blog, je vous parlerai des « techniques » pour aider à entrer dans la spirale du désir et de la Vie (et ensuite ignorer l’aspect technique) et surtout pour sortir de la spirale infernale de l’anxiété et du repli sur soi.